ACTE I, SCENE Vil
Les voyaiic sous mon toic abrites cous les deux. Je ne sais qu'admirer, tant la chose me passe, De leur impertinence ou bien de votre audace.
H EL È N H , confondue. '
Mon bon père!
CLITIPHON
Monsieur, nous n'avons accepté De secours que pressés par la nécessité. Sans nous laisser le temps d'y réfléchir, Madame Nous a sauvé la vie à tous deux. Sur mon âme, Quand elle nous guidait par la main jusqu'ici. Nous ne nous doutions pas qu'en agissant ainsi. Elle duc encourir les reproches d'un père. — Mais il suffit, monsieur. Vous excusez, j'espère. Une faute commise en besoin si pressant ; Et, nous laissant bénir cet ange bienfaisant. Vous pardonnez sans doute à sa pitié si tendre, A sa rare bonté. — Pour nous, sans plus attendre. Nous allons sur-le-champ de chez vous repartir
Il baise la main d'Hélène avec émotion.
11 se relève résolument.
Adieu, madame, adieu! — Par où faut-il sortir r
THEOPHILE, au juge.
Quoique vos yeux nous soient assez peu favorables. Nous vous sommes, monsieur, mille fois redevables D'avoir donné le jour à l'ange que voici.
50 THEOPHILE
■Et touc naïvement je vous en dis merci.
A Hélène.
Pour vous, madame, il n'est pas de parole au monde Qui vous puisse exprimer mon estime profonde Et l'admiration dont mon cœur est rempli.
11 baise la main d'Hélène.
— Venez-vous, Clitiphon?
SIDIAS^ grognant.
C'est être trop poli, Qu'ils partent donc!
HELENE, retenant du geste Théophile et Clitiphon. Au juge.
Mon père, un mot de votre bouche Du plus tendre respect me pénètre et me touche, Mais souffrez que j'insiste encore : — Tout danger Est-il passer* — Mon Dieu! je tremble d'y songer! Si ces gens de là-bas allaient les reconnaître. Mon père, sous vos yeux, ils les tueraient peut-être ; Et l'on serait en droit, pour cette iniquité. De dire qu'au mépris de l'hospitalité, \'ous les avez livrés, vous, homme de justice, A ceux qui, sans raison, réclamaient leur supplice. Quelle tache à l'honneur ! quelle souillure au nom, Si le sang innocent... Ah! mon père, non, non! Vous ne le ferez pas ; votre vertu passée Vaincra dans votre esprit une telle pensée; Et vous, le juge intègre et l'homme généreux,
ACTEI, SCENE VII. j
\ Oiis saurez protéger des hûces malhcureLix. Vous ne permettrez pas qu'une horde imbécile Fasse la loi chez vous, et de chez vous exile Ceux qui prenaient sans peur place à votre foyer !
LE JUGE, trèà-perplexe.
Hélène !
THHOPHILH, d'un .lir do connaisseur.
Elle dit bien !
HÉLÈNE
O Dieu ! les renvoyer.
Les condamner !
C LORIS, Joucereuse.
Madame, il est presque impossible A de si chauds accents de rester insensible. Pourtant il est un point où votre humanité Sur l'amour filial l'a peut-être emporté.
THÉOPHILE, de même.
Canaille !
Clitiphon se promène avec agitation.
CLORTS , de même.
Songez-vous au grave préjudice Qu'une telle action peut causer? Que l'indice Le plus faible ou le moins prévu vienne à trahir Ces messieurs, aussitôt nous verrons envahir La maison. Compromis auprès du populaire, Votre père encourra son aveugle colère, l:.t pour avoir tenté de secourir autrui.
32 THEOPHILE
Il paîra chèrement sa bonté d'aujourd'hui.
THEOPHILE, avec impatience.
Diantre ! que de façons pour nous mettre à la porte !
CLITIPHON, avec force.
Je le demande encor, par où faut-il qu'on sorte? Nous ne saurions rester deux minutes de plus.
HÉLÈNE , pleurant.
Ah ! mon père !
CLITIPHON , à Hélène.
Cessez des discours superflus.
Madame. Si la mort nous attend tout à l'heure. Nous saurons la braver, ou la subir.
HELENE jette à Clitiphon un regard suppliant comme pour lui dire de se taire, et revient au juge.
Je pleure Donc en vain devant vous? Rien ne vous peut toucher. Mon père ?
LE JUGE, de plus en plus embarrassé.
Mais, ma fille...
HELENE, avec feu, au juge.
Eh bien, s'il faut chercher Des arguments plus forts, des raisons plus palpables. Les furieux, pour qui ces messieurs sont coupables.