SCENE I
Pt)ur celle qui s'endorc ce s'éveille tranquille,
Ec sans souffrir d'un mot, sans rougir d'un baiser,
Pour celle enfin... qui n'a plus rien à refuser.
— Notre bonheur à nous doit garder son mystère :
Je le sais, je le veux. — J'ai regret à le taire
Pourtant, et je me sens une tentation
De laisser une fois toute précaution. —
J'en suis si loin, Harry, que je puis te le dire,
Car, mieux encor que moi, tu connais le délire
Du sacrifice offert à l'amour idéal.
Toi si bon, toi si doux, généreux et loyal.
C'est toi qui fais ma force et presque ma prudence.
HARRY, souriant tristement.
Pauvre ange !
FLORENCE
Et c"est à toi, si cher à ta Florence, Que je viens demander dans mon lâche tourment L'héroïque courage et son apaisement.
HARRY
Hélas! n'abuse pas. Sache être généreuse
A ton tour. Cette plaie en mon cœur, aussi creuse ;
Prends garde, en y touchant, de la faire saigner.
Pour être heureux, l'un l'autre il faut nous épargner,
Et craindre d'ajouter aux maux de notre vie
Le mal dont on ne peut jamais guérir : l'envie !
Florence, nous aimer, n'est-ce donc pas assez .^
N'y pensons plus. — Tu vois qu'à présent je suis gaie, Que je souris...
HARRY
Je vois que ta parole est vraie, Et qu'il n'est pas pour nous de bonheur ni de paix. Ah! j'ai senti souvent qu'en vain je te trompais. Que je te cachais mal la douleur qui me ronge, Et que l'heure viendrait, écartant tout mensonge. Qui forcerait nos cœurs à la sincérité. Aussi bien j"ai dégoût pour avoir trop lutté ; Si tu n'avais rien dit, quelle que fût ma peine, J'eusse forcé ma bouche à ta loi souveraine. Muet, je serais mort, plutôt que d'y manquer. Mais il est de ces mots qu'on ne peut révoquer. Et par qui le plus ferme a glissé sur la pente. — Ces ruses, ces détours, cette marche rampante, Ces rendez-vous furtifs toujours troublés d'effroi, Notre vie en un mot, j'en suis las comme toi. Et plus que toi honteux, puisque je me retire Quand tu souffres et meurs pour moi. C'est un martyre Qui ne doit pas durer ainsi.
11 se U-ve, v.i prendre son manteau et revient l'embrasser. FLORENCE, avec effroi.
C'est ton adieu.
Tu pars?
HARRY
Oui, pour longtemps.