CHAPITRE VIII
PRISR.
Vil métal !
Bl'RKK.
Pussibls !
Baiiac.
a Sacrebleu , le beau coup ! Vois doue , maîti*c Zëli... Le boulet est entré au-dessous du couronnement, et est sorti par lé troisième sabord de tribord. Mordieu, Mélie, tu fais merveille ! *
Ainsi disait Kernok, une longue-vue à la maiti, et caressant la coulevrine encore toute fumante qu^il venait de pointer lui-même sur le San-Pâblo, parce que ce navire n avait pas hissé assez vite son pavillon.
C'est ce boulet qui venait de tuer Carlos et sa femme.
K Ah ! c*est heureux , reprit Kernok en voyant le pavillon anglais se dérouler peu à peu au bout de la corne du trois-mâts. C'est heureux, il se nomme.... il dit de quel pays ? mais je ne me trompe pas... un Anglais ; c'est un Anglais, et le chien ose le signaler, et il n a pas un canon à son bord ! Zéli, Zéli, — criat-il d'une voix de tonnerre , — fais larguer toutes les voiles du brick , border les avirons ; dans une demi-
PRISE. m
heure nous nagerons dans ses eaiix. Vous , lieu tenantf faites faire le branle-bas de combat , envoyez les hommes à leurs pièces , et distribuez les sabres et les piques d'abordage, v
Puis, s*élançant sur une caronade : « Enfants ! si je ne me trorppe, ce trois-mâts arrive de la mer du Sud ; k cette guibre courte et camarde , à cette rentrée, je reconnais un bâtiment portugais ou espagnol qui se rend à Lisbonne sous pavillon anglais, ignorant peut-âtre que la guerre est déclarée à TAngleterre. Ga le regarde. Mais ce chien-là doit avoir des piastres dans le ventre. X'ous allons voir, cordieu ! Enfants, sa coque seule vaut vingt mille gourdes ! mais patience, l'Kpercier étend ses ailes et va bientôt montrer ses ongles. Allons, enfants ! nageons , nageons ferme ! n
Et il animait de la voix et du geste les matelots qui, courbés sous les longs avirons du brick, doublaient la vitesse que lui donnait la brise*.
D'autres' marins s'armaient précipitamment de sabres et de poignards, et maître Zéli faisait en tous cas disposer les grappins d'abordage.
Kcrnok, lui, après avoir fait toutes ses dispositions, descendit dans le faux-pont et enferma Aléiic, qui donnait dans son hamac.
On était prêt à bord de ÏEpevcier : le capitaine du malheureux San-Pabloy reconnaissant le brick do Kcrnok pour un bâtiment de guerre, tout en gémissant du malheur arrivé à son bord , avait hissé
iU PLIK ET PLOK.
le pavillon anglais, espérant se mettre sous sa protection.
Mais quand il vit la manœuvre de YEpercier, dont la marche était encore hâtée par de longs avirons, il n'eut plus de doute et comprit qu'il était tombé sous le vent d'un corsaire. •
Fuir était impossible. A la faible brise qui soufflait par rafales avait succédé un calme plat, et les avirons du pirate lui donnaient un avantage de marche positif. Il ne fallait plus songer à se défendre. Que pouvaient faire les deux mauvais canons du San-Pablo contre les vingt caronades de VEper^ vier^ qui ouvraient leurs gueules menaçantes ?
Le prudent capitaine mit donc en panne , attendit l'événement, ordonna à son équipage de se prosterner à genoux , et d'invoquer san Pablo, le patron du navire , qui ne pouvait manquer de manifester sa puissance dans une telle occasion.
Et , suivant l'exemple du capitaine, l'équipage dit
un Pater. •
Mais YEpervier avançait toujoui*s...
Deux Ave,
On attendait déjà le bruit de ses avirons, qui battaient les flots en cadence. . .
Cinq Credo.
Vale me Dios! c'était la voix, la grosse et terrible voix de Kernok qui résonnait aux orieilles des Espagnols.
« Oh! oh! — disait le pirate, — il met en panne , il amène son pavillon, le gredin est souventé ; il est
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àootts; Zélif fais mettre en travers, armer la chaloupe et le grand canot; je vais aller flâner à bord. «
Et Kernok, passant des pistolets dans sa ceintare, s'armant d'an lai*ge coutelas , fut d'un bofld dans Tembarcation.
i Et si c'est une ruse , si le trois-mâts fait un seul mouvement, — cria-t-il au lieutenant, — faites force d'avirons et venez vous embosser à longueur de gaffe. «
Dix minutes après, Kernok sautait sur le
pont du Sati'PablOj ses pistolets à la main, son sabre entre ses dents.
Mais il poussa un tel éclat de rire que sa bonne lame tomba de sa bouche. S'il riait tant, c'était de voirie capitaine espagnol et son équipage agenouillés devant une statue grossière de saiut Paul, et se frappant la poitrine à coups réitérés. Le capitaine surtout baisait une relique avec une ferveur toujours croissante , en murmurant : a San Pablo, ora pro nobis.... V
San Pablo ne pria point , hélas !
ft Finis tes singeries, vieux corbeau, — dit Kernok, quand il eut assez ri , — et mène-moi à ton nid.
— Senor, noentiendo, — répondit en frissonnant le malheureux capitaine.
— Ah ! c'est vrai , — dit Kernok , — tu n'entends pas le français. « Or, comme Kernok possédait de toutes les langues
£16 PLlk KT PLOK.
vivantec jnsta ce qui était relatif et néceasaire à sa profesf ion , il reprit avec aménité :
» El dinero, compadre, — l'argent, compcre. .1
Kt l'Espagnol essaya de balbutier encore un no etUtendo.
Mais Kernok, qui était au bout de son iostmction, remplaçant le dialogue par la pantomime, lui mit sous le Des le canon de son pistolet
A cette invitation, le capitaine poussa un profond, un douloureux , un poignant soupir, et fit signe au pirate de le suivre.
Quant au reste de l'équipage du San^Pabloy les matelots du brick l'avaient garrotté pour nôtre pas distrait dans leurs opérations.
L'entrée de la soute, où était déposé l'argent de don Gai'los, se trouvait sous la natte qui couvrait le plancher. Aussi Kernok fut-il obligé de passer par la chambre où gisaient les restes sanglants des deux époux. Le pauvre capitaine détourna la vue, et passa la main sur ses yeux.
ft Tiens ! dit Kernok en poussant le cadavre du pied , voilà l'ouvrage de ]\Iélie. Mordieu , quelle besogne! Ah çà! mais el dinero,,.. el dinero, compère, c'est l'important. »
Ils ouvrirent la soute ; alors Kernok fut sur le point de se trouver mal à la vue d'une centaine de tonneaux cerclés en fer, sur chacun desquels on lisait 30,000 piastres (50,000 fr.)
a Est-il possible ! — s'écria-t-il. — Quatre, cinq... peut*étre dix millions ! «
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Et, dan» sa joie, il embrassait son second, il embrassait les matelots, il embrassait le capitaine espa^ gnol , il embrassait tout le monde, tout, jusqu'aux cadavres sanglants de Carlos et d'Anita! .....
Deux heures après, une embarcation conduisait à bord de XKpervUr les cinq dernièi'cs tonnes d'ai'gent, reste des dépouilles du Irois-mâts marchand, où Kernok avait laissé dix hommes de garnison, Féqui^ page espagnol garrotté sur le pont, et le capitaine attaché au graod mât.
ft Enfants, dit Kernok, je vous donne ce soir, comme on dit : nopce^ et festin» et puis une surprise, si vous êtes sages.
— Mordicu ! sacrebleu ! capitaine , nous serons sages, sages comme des vierges, répondit maître Zéli en faisant l'agréable. »