CHASSE. 2S
Mélie devint tellement pâle , que vous TeuMiefe prise pour une statue d'albâtre. « Kemok,... laisset«> moi près de vous, > murnoura-t-elle, et elle jeta ses deux bras autour du cou du pirate , qui trcstailUt un instant et puis la repoussa.
ft Va-t'en , — lui cria-t-il , — va-t*en î
— Kernok,... que je veille sur tes jours! — ditelle en s'attachant à ses pieds.
— Zéli, délivre-moi de cette folle et descends-la à fond de cale , > reprit le pirate.
Et comme on allait se saisir de Mélie « elle se déga({ea violemment , et s*approcba de Kcrnok le teint anime , Tœil étiocelant :
tt Au moins, — lui dit-elle, — prends ce talisman, porte-le , il protégera tes jours pendant le combat : son effet est certain ; c'est ma vieille grand'mère qui me Fa donné. Ce charme magique est plus fort que la destinée. . . Crois-moi , porte-le. «
Et elle tendait à Kernok un petit sachet rouge suspendu à un cordon noir.
t Arrière cette folle , — dit Kernok en hantsant les épaules ; — ne m'as-tu pas entendu , Zéli ? à la cale.
— Si tu meurs , que ce soit donc par ta volonté ; mais au moins je partagerai ton sort. Rien, plus rien maintenant ne protège mes jours ; je redeviens femme comme tu es homme ! • — s'écria Mélie , qui jeta le
^sachet dans les flots.
— Bonne ûllel « dit Kernok en la suivant des yeux pendant que deux matelots la descendaient danck le
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faux-pont, au moyen d*one chaise fixée u une longue corde.
Et la corvette anglaise approchait, approchait tonjours...
Zéli s'avança près de Kemok.
a Capitaine, I* Anglais nous gagne.
— Je le vois sacrebleu bien, vieux sot ! nos avirons ne font rien, ils fatiguent inutilement nos hommes; fais-les déborder, charger les caronadcs à deux boulets, placer les grappins d'abordage, mettre les pierriers dans les hunes; car nous allons en découdre, et il n'y a pas à tergiverser. Fais aussi amener les perroquets et hâ!er bas les boncttes ; si la brise fraîchit , nous nous battrons sous nos huniers ; c'est la meilleure allure de VEpenier. »
Quand la manœuvre fut exécutée , Kemok harangua son équipage ainsi qu'il suit :
K Enfants , voici une corvette qui a les reins solides; elle serre de si près l'Épervier, que nous ne pouvons espérer de gagner au vent ; d'ailleurs il n'en fait pas. Si nous sommes pris , nous serons pendus ; si nous nous rendons , ce sera tout de même ; combattons donc en braves matelots , et peut-être qu'en faisant feu, comme dit le proverbe, des quatre pattes et de la queue nous nous en retirerons avec nos calottes. Mordieu! mes garçons, rÉpervier a bien coulé un grand trois-mâts sarde sur les côtes de Sicile, après deux heures de combat ; pourquoi craindraitil cette corvette à pavillon bleu ? Songez aussi que
CHASSF. m
nous avons dix mîltioos à conscin/or. Gordicu ! rii" fants,>dix millions ou la corde ! 9
L*effel de cette péroraison fut péremptoire, et tout ' d'une voix l'équipage cria : t Hourra! Mort aux Anglais! «
La corvette se trouvait alors si proche que l'on distinguait parfaitement ses amures et son grcement.
Tout à coup une légère fumée s'éleva à son bord, un éclair brilla, un bruit sourd retentit, et un boulet siffla en passant près du beaupré de l'Epercier.
a La corvette commence à parler, — dit Keruok, — c'est notre pavillon qu'elle veut voir, la curieuse.
— Que faut-il hisser? — demanda maître Zéli.
— Ceci, — dit Kernok, — car il faut être galant. » Et il poussa du pied une vieille souquenille de
matelot, toute tachée de goudron et de vin.
c C'est drôle, > dit le maître, et le haillon se guinda majestueusement en haut de la drisse.
On croit que la plaisanterie parut faible à bord de la corvette; car deux coups de canon en partirent presque au même instant , et les boulets hachèrent en quelques endroits le gréemcnt de l'Epercier.
a Oh ! oh ! nous nous fâchons , la belle ; tu fais la bégueule , — dit Kernok. — A moi , Mélic ! » et il s'allongea sur la coulevrine qu'il avait baptisée de ce nom, visa, pointa : c A toi, l'anglaise, « et il Gt jouer la batterie.
c Bravo ! — s'écria-t-il , quand la fumée de l'amorce fut dissipée et qu'il put voir l'eflet de son coup, — bravo! Vois donc, Zéli, déjà son perroquet
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de fouqae en pantène : ça promet , ça promet , garçons ; mais c'est quand l'Kpervier va lui chatouiller les flancs avec ses griffes d'abordage que ranglaisc va rire.
— Hourra ! hourra ! » cria l'équipage.
La corvette ne riposta pas an boulet de Kemok, répara son avarie au plus vite , et laissa porter en plein sur le corsaire.
Alors elle en était tellement près qu'on entendait la voix et le commandement des officiers anglais.
a Enfants, à vos pièces, — dit Kemok en se précipitant sur son banc de quart le porte^voix à la main ; — à vos pièces, et, sacrcdîeu ! ne faites pas feu avant le commandement. «