SCÈNE III
ÉPAMIXOIVDAS , PIERRE.
PIKRRK. — Monsieur , cette dame âgée. . .
KPAiiiNONDAS , saus Icver la tête. — Faites entrer. (Le domestique sort.)
KPAHixoNDAS. — Ah I quel ennui ! encore des supplications, des pleurs!... Voyons le nom. (// lit le dossier.) C'est à madame Germeuil, mère de l'accusée , madame Bonneval , que je vais avoir affaire.
KPAMiNOXDAS f apercevant madame Grasset, fait un bond sur son fauteuil. — Diable! je n'y suis pas ! je n'y suis pas !
MADAME GRASSET , entrant. — Je conçois que vous ne m'attendiez pas, monsieur. (Le domestique sort.)
ËPAMLXONDAS , à part. — Et moi qui suis assez bête pour dire à cet imbécile de Pierre une femme âgée ! sans penser qu'elle aussi est âgée et qu'il ne la connaît pas! (Haut.) Madame! ah! madame! quelle horrible imprudence !
MADAME GRASSET, avec amertume. — En vérité, monsieur, vous croyez...
ÉPAMixoNDAS. — Eulalic ! je vous en conjure, ne restez pas ici un moment de plus ; j'attends à cette heure une personne...
LE JUÛË. U
muAiiE GRASSET, éclcUant. — Une rivale! jeu étais sûre !
ÉpâifiNONDâS. — Je VOUS jure, Ëulalie, que c'est une personne que le ministre m*a recommandée.
MADAME GRASSET. — Vous mentez ! c'est une rivale. Ainsi , voilà le motif qui vous a fait m'écrire cette lettre , cette affreuse lettre !
KPAMiNONDAS. — Je VOUS juTC que ce n est pas une rivale f Eulalie. Je vous en supplie encore une fois, songez donc que j'attends quelqu'un.
MADAME GRASSET, s'osseyauL — Et moi, c'est justement pour cela que je reste.
épAMi.\0NDAS. — Mais vous vous perdez ; cette personne que le ministre m'a recommandée peut vous connaître... et mon caractère. . . et ma position...
MADAME GRASSET. — Ah ! c'cst maintenant que vous ][ songez. . . cela fait pitié. . . Encore une fois je reste. D'ailleurs , j'ai aussi à vous parler du ministre.
ÉPAMiNOXDAS, stupéfait — Que voulez-vous dire?
MADAME GRASSET. Jc Sais tOUt.
£PAMiN'o\DAS. — Quoi?... quc savcz-vous?
MADAME GRASSET. — Je sais tout, VOUS dis-je ; mais ce mariage ne se fera pas. Ah ! vous croyez , monsieur, VOUS servir des gens pour parvenir, et les sacrifier après, avec la plus noire ingratitude. Non, QOQ ; j'ai une tête , Dieu merci , et ce mariage ne se fera pas; et c'est moi qui vous le dis, entendezvous? il ne se fera pas.
KPAMi\0NDA8, ovec impotience, — Madame...
MADAME GRASSET. — Ohl ces airs-làne m'elGraient
76 COMKUIES SOCIALES.
pas y moi ! D*abord je reste ici ; je veux voir celle femme V car c'est une rivale, j'en suis sâre.
épAMiNONDAS. — Je VOUS jure...
MADAMK GRASSET. — Alors pourquoi larecevez-vous ici?
éPAMiNOND.is. — Parce qu'on répare mon salon ; vous pouvez vous en assurer , c'est la seule raison.
MADAMK GRASSKT, montrant un des cabinets de f alcôve. — Eh bien ! je vais me cacher dans un de ces cabinets-là , et je verrai bien si vous mentez.
KPAMiNONDAS. — Mais songez donc que mon domestique vous a vue entrer ; quand il introduira cette autre personne , ne vous voyant plus ici , que pcnsera-t-il ?
MADAME GRASSET. — Knvoyez votre domestique en commission; et vous ouvrirez vous-même à cette belle solliciteuse.
éPAMiNONDAS. — Mais je vous répète que cette belle solliciteuse est une femme âgée, qui vient m'intéresser à sa fille.
MADAME GRASSET. — Alors je la verrai , car je vous répète que je reste , je ne sors pas d'ici. . . J'ai d'ailleurs k vous parler ; je sais que vous ferez tout au monde pour m' éviter désormais : aussi , puisque j'ai risqué une imprudente démarche, j'en veux au moins recueillir le fruit , et vous dire tout ce que votre infâme conduite mérite...
ÉPAMiNONDAS. — Madame I... Eulalie ! je vous en supplie. . .
MADAME GRASSET. — Gela ne sert de rien ; je vous
ai dit qoe je resterais , et je resterai : vous me connaissez ?. . . Allez donc renvoyer votre domestique.
KPAHmoNOAS , furieux, — Il faut bien faire ce que voDs voulez ! (// sort et revient aussitôt)
MADAME GRASSET. — Voilà donc , mousicur , votre ({l'atitotle pour les services que je vous ai rendus !
KPAHiNONDAS. — Madame. ..
MADAME GRASSET. — Oscz dire quc ce n est pas à moi que vous devez votre position ?
KPAMiNONDAS. — Un bienfait reproché...
MADAME GRASSET. — Oui , je VOUS le rcproche , et j'en ai le droit ; car Vous vous conduisez envers moi comme le plus odieux des ingrats, vous rompez avec ane brutalité qui n'a pas de nom , vous. . . (On entend sonner. )
KPAMiNONDAS. — Je VOUS l'ai dit , c'est cette persoDoe... Pour Dieu ! cachez-vous là, et ne remuez
MADAME GRASSET. — Prcuez-y garde , on ne me trompe pas impunément ! (Elle entre dans le ea- Unet. )
épÀMLVOXDAS. — Au diable les sollicitations et les solliciteuses ! je suis d'une humeur !. . . [H va ouvrir. )