‹ Comédies sociales et scènes dialoguées (volume 2)Chapitre 61 sur 129 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

l'ne vaste chambre à coacber d'anci(>n château. Devant la cheiuioce , dans OD large et haut faateoil est assis le père Royer ; il sommeille. Madeleine entre et le chapelain s'éveille).

LK PÈRK ROYKR. — Je ne me trompe pas , c'est toi, ma vieille Madeleine?

H.^iDRLEixE. — Oui , monsieuF le chapelain ; depuis dix ans que j*ai quitté Fhôtel de Paris pour venir ici au fond de FAuvergne, vous m'avez reconnue encore.

LE PARS ROYER. -p Et avcc grand plaisir ; car tout le monde au souper m'a paru bien préoccupé , et tu pourras peut-être me dire pourquoi , au milieu de rhiver, on m'a fait quitter tout à coup Paris, l'hôtel, ma petite chambre et mes études.

M.4DELEINE. — Mais je n'en sais rien , et j'ai été tout étonnée de vous voir arriver ; vous devez être harassé d'une pareille course à travers nos montagnes?

LE PARE ROYER. — Malgré la curiosité avec laquelle j'espérais une explication , je n'ai pas été fâché qu on se retirât de bonne heure : et tu vois qu'en at-

tendant la visite de ma chambrière , j'avais cédé au sommeil; cependant, cette grande chambre où la lumière de mon flambeau se perd , et qu'éclairent irrégulièrement les reflets de mon feu , me fait un singulier effet. Dis-moi donc aussi pourquoi tout ce bruit au château ?

MADELEINE. — Mais au contraire ; tout est tranquille aujourd'hui de meilleure heure qu à Tordinaire.

LE pi^RE ROYER. — ËCOUtC CC tumultC , CCS VOIX ,

cette musique.

MADELEINE. — Oh ! OU voit bien que vous n'êtes pas fait à la campagne , à notre vent dans nos cheminées f à nos grandes chambres , à nos longs corridors. Les premières années , quand le temps était mauvais comme aujourd'hui , je croyais toujours qu'il allait arriver quelque malheur. ( Elle dispose le Ut du chapelain tout en parlant.)

LE PÈRE ROi'ER. — Je commçuce à concevoir la peur et les superstitions des campagnes.

MADELEINE. — Puis , VOUS VOUS doutez peut-être qu'il doit arriver quelque chose ?

LE PÈRE RO\'ER. — Eu aucunc manière ; que veuxtu dire?

MADELEINE. — Rien ; mais on a remarqué que M. le comte de Gavaros et madame la comtesse ont des airs de mystère ; le comte s*est enfermé plusieurs fois avec un jeune seigneur qui est ici depuis quelque temps ; il y a troî»s jours , il est arrivé deux amis du jeune seigneur et personne ne les connaît.

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Notre jeune demoiselle , mademoiselle Hélène , paraît aussi tonte occupée , toute singulière.

LE PÈRE ROYSR. — Tu me parles de tout le monde, et tu ne me dis rien du secrétaire du comte, du jeune Godefiroy.

MADELEINE. — M. Godefroy ? je ne le connais pas.

LE PÈRE ROVER. — Un jcune homme grand, blond, d'une figure charmante , fraîche et enjouée , qui est parti de Paris , il y a un an , avec toute sa famille.

MADELEINE. — Je me rappelle maintenant avoir entendu parler de lui , mais il n'est jamais venu ici.

LE PÈRE roVer. -^ Jamais venu ici ?. . . et il ne m'a pas écrit ! et dans le peu de lettres que j'ai reçues du château, pas un mot de lui... voilà une étrange disparition... Écoute donc, Madeleine, estce que tu n'as pas entendu comme le bruit d'une cloche ?

madeleine. — J'ai l'oreille un peu dure , à la vérité , mais il n'y a pas d'autre cloche qu'on puisse sonner maintenant que celle de la grille d'entrée, et par un temps pareil je plaindrais celui qui serait dans la campagne ; c'est encore le concert de votive cheminée qui vous a fait croire cela.

LE PÈRE royer. — C'est singulier;., est-ce que tu t'en vas ?

MADELEINE. — Oui , mousicur le chapelain, madame la comtesse m'a recommandé de ne pas causer, de vous laisser libre de bonne heure ; mais demain an matin je viendrai vous voir.

LE PÈRE roybr. — Adieu , ma bonne vieille con-

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LA couTBSSB. — Mais , chapelain , de quel monde venez-vous donc^ et quels sont les insolents ?...

LE PKRK ROYER. — Pardott, madame, personne ne m'a dit... Je n'ai parlé avec personne... (// sarrèU pour écouter.)

LA COMTESSE. — Poupquoi VOUS interrompcz-vous ainsi?

LE PÈRE ROVER. — PouT la seconde fois j'ai cm entendre le bruit étouffé d'une cloche. Celle de la grille doit être couverte de neige... S'il y avait un voyageur, un malheureux...

LA coiiTESSB. — Ce u'cst guère probable ; en tout cas quelqu'un du château ouvrirait. Mais , je vous le demande encore , qui a pu vous faire croire que Godefroy ?. . .

LE PÈRE ROVER. — Mou Dieu ! je suis sans doute le seul coupable de cette erreur : tout le monde savait que ce jeune homme si bon, si naïf, aimait à l'adoration mademoiselle Hélène.

LA COMTESSE. — Personne de nous ne l'ignorait Après?

LE PÈRE ROVER. — J'avais entendu bien des fois M. le comte faire l'éloge de son esprit, de son cœur ; enfin , s'il faut vous l'avouer, j'avais cru remarquer de la part de mademoiselle Hélène une préférence qui me paraissait méritée.

LA COMTESSE. — Comment ! vous avec été dupe de cette comédie ?

LE PKRR ROVER. — Loc comédic ! madame la comtesse, une comédie! Je ne comprends pas?....

LA COMTESSE. — Qaoi ! VOUS n'avez pas va que nous nous moquions tous de cette extravagante passion, de ce dévoûment fanatique ; que cette prétendue préférence n'était qu'un jeu convenu pour obtenir quelques nouveaux actes de cette amusante folie ? LE PARE ROVER. — Uu jeu ! mais lui , madame , il était plein de sincérité et de bonne foi.

LA COMTESSE. — C'était justement là ce qui rendait cette plaisanterie plus divertissante.

LE PÈRE ROVER. — Quoi ! mademoiselle Hélène et vous, madame la comtesse, vous l'avez permis ? Mademoiselle Hélène s'est servie de sa beauté, de ses grâces, pour nourrir les illusions d'un malheureux, pour lui donner le vertige en le faisant monter, et le précipiter ensuite en le traitant de fou ! Oh ! que n'ai-je compris! je l'aurais éclairé, le pauvre enfant! quand, dans sa joie, il venait m'ouvrir son cœur et me dire tout ce qu'il y avait de grand, de généreux dans sa passion. Cette passion, c'était le plus pur de sa vie. Oh ! qu'est-il devenu, qu'est-il devenu ?

LA COMTESSE. — Je ne sais vraiment ; en province les convenances sont plus impérieuses , cela ne pouvait dorer ici ; il aurait peut-être fini par se croire des droits. A Poitiers , où nous avons séjourné quelque temps j M. le comte l'a congédié avec une bonne somme d'argent.

LE pèiiE ROVER. — Oh ! mon pauvre ami ! mon paavre Godefroy! comme il a dû souffrir!

Û&8 SCÈNES ]>lAL061]éES.

MADELEINE entre,

LA COMTESSE, étonuée. — Vous ici, Madeleine? Que voalez-votts?

MADELEINE. — Je VOUS demande pardon , madame la comtesse, mais M. le chii^elnin ne s'était pas trompé en croyant entendre sonner à la grille. On a sonné encore, j*y ai été, et j'ai ouvert à un jeune moine qui fait pitié tant il est maigre et pâle; le pauvre frère , ne voyant venir personne, s'était assis contre la grille, et certainement le froid en aurait tué en une heure de plus forts que lai.

LA COMTESSE. —^ Enfin, que voulez-vous, avec tout ce bavardage?

MADELEINE. — Il demande à passer la nuit prés du feu de la cuisine ; j'ai voulu d'abord, à cause des ordres que vous avez donnés , avoir la permission de madame la comtesse.

LA COMTESSE. — G'cst bien, qu'il reste, et retirezvous dans votre chambre ; je suis étonnée qu'il y ait encore du monde debout à cette heure ; j'avais fait dire que je ne le voulais pas.

MADELEINE. — Je vais rendre la réponse an jeune moine , et je remonte chez moi , madame la comtesse. (Madeleine sort.)

LA COMTESSE. — Vous voyez que j'ai écarté toos les gens de la maison. Dans quelques instants , on enfant du village que j'ai gardé chez moi viendra vous prendre et vous conduira à la sacristie de la chapelle, où vous trouverez tout ce qui vous sera

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nécessaire. Le comte et moi , le chevalier de Querdec, notre gendre, et ses témoinSf nous vous attendrons à Fautel. L'heure s'avance ; dans quelques minutes mon petit messager sera che2 vous. A tout à l'heure, mon.père. (Revenant sur ses pas.) Pas de brait en traversant les couloirs du château , Fenfant aura une lanterne sourde pour vous guider. A tout â l'heure. (La comtesse sort Le père Royer se laisse tomber dans son fauteuil en murmurant) : « Si jeune et si malheureux î >

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