SCÈNE U
Coisioe du châteaa. Le jeane moine est assis soas le manteau de la haate cheminée ; il tient ane lettre a la main.
LE MOINE. — Querdec ! quels tristes adieux vous ni*avez laissés î Quand vous me disiez : « J'aime ! » quand je vous disais : « J'ai aimé! > nous parlions. de [a même femme ! et c'est en quittant cette cellule,, où je vous cachais, où votre amitié a ralenti pour moi )epas de la mort, que vous me révélez ce nom. Oh î' monDîen! l'amitié même a été empoisonnée pour moi. Et me voilà au milieu d'eux, épuisé, anéanti, quand îl me faudrait tant de courage et de force ! (Sa t€U> se renverse contre l'angle du chambranle. Madeleine entre.)
MADELEINE, à part en le regardant de loin. —
260 SCKKES DIAL06UEES.
Pauvre jeune homme ! il a l'air d'un mort comme cela. [S' approchant) Cela va-t-il un peu mieux, mon frère ? J* étais bien sûre que madame la comtesse ne s*opposerait pas à votre demande de passer la nuit ici.
LR MOINE. — Je la remercie, et vous aussi, ma brave femme.
MADELEINE. — Afais aussi quelle idée de vous mettre en route par un pareil temps et à une telle heure? Est-ce pour une affaire de votre couvent que vous faites un semblable voyage ?
LE MOINE. Non, c'est pour une affaire qui ne regarde que moi.
MADELEINE, tout en faisant quelques apprêts pour le souper. — Il faut que ce soit quelque chose de bien important.
LE MOINE. — Ne vous douucz pas tant de peine pour moi, ma digne femme ; je ne boirai qu'un verre d'eau.
MADELEINE. — Comment! vous ne prendrez rien? Oh ! si je vous sers ici, je vous en demande bien pardon ; mais c'est que tout le monde est couché.
LE MOINE. — Mais vous m'avez dit que vous veniez de voir la comtesse.
MADELEINE. — Oul, elle, c'cst différent. Je craignais de ne pouvoir lui parler ; j'ai été avec bien de la précaution à son appartement, je n'y &i trouvé que mademoiselle Hélène.
LE MOINE, d'une voix étouffée. — Hélène !
MADELEINE. — Oui, la fille de la maison ; elle était
tà^ qui avait plutôt Tair de s'habiller que de se préparer à se coucherf et elle m*a dit que madame la comtesse était dans Tappartement du chapelain.
LK MOINE. — Vous avez un chapelain ici?
UADELEiNB. — Nou, c'cst cclui de l'hôtel de Paris que Ton a fait venir depuis quelques heures seulement.
LE MOINE. — Il y a une chapelle au château ?
MADELEINE. — Oh! oui, elle est très-bien, avec de très-beaux ornements ; s'il faisait jour vous la verriez, là, à l'aile gauche.
LE MOINE. — Vous avoz du monde en ce moment ?
MADELEINE. — Nous avous le chevalier de Querdec et deux seigneurs de ses amis. {Le moine laisse totnber sa tête dans ses deux mains.) Vous êtes bien fatigué ! Au lieu de passer la nuit sur cette chaise, comme vous me l'avez demandé , pourquoi ne prenez-vous pas mon lit? Moi, je veillerai ici.
LE MOINE. — Ma chère dame, je suis plus habitué que vous à la fatigue ; je resterai.
MADELEINE. — AUous , cc u'cst pas raisoouable ; du moins, voilà du bois. Je laisse la table servie dans un coin... Vous remettrez-vous en route demain?
LK MOINE. — Dieu le sait !
MADELEINE. — Tâchez de vous reposer, et prononcez le nom de la vieille Madeleine dans vos prières.
LE MOINE. — Les malades prient avec plus d'ardeur , et je prierai pour vous. (Madeleine sort. Le moine reste quelque temps immobile et les mains jointes ; puis il se lève, et, malgré la peine qtiil
éprouve à marcher^ il se promène en se soutetiatUaux meubles.) Je ne puis rester en repos. . . Mon Dieu, j'ai obéi à rinstinct qui m'a poussé ici... Ce jour est-il vraiment celui que vous avez remarqué?.... Suis-je venu pour un crime?... Quelle est cette lumière qui brille à travers les vitraux? C'est la dû^ection de la chapelle! c*est aujourd'hui !... c'est aujom*d'hui!...- (II tombe à genoux.). Dieu puissant, ne m'abandonnez pas ! Dieu juste, inspirez moi !