‹ Comédies sociales et scènes dialoguées (volume 2)Chapitre 64 sur 129 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

I.a chapelle du cbàteaa. ( Hélène et le che? alier de Querdec sont âge- Douilles sur dens [aiéges près des marches de l'aotel. Le comte et la comtesse de Cavaros sont à gauche un peu en arrière de leur fille deux seigneurs qui servent de témoins sont a droite derrière le chevalier ; le moine est agenouillé sur la première marche. La chapelle n'est éclairée que par les cierges de l'autel et par deux autres cierges qui brillent devant les futurs époux. Le père Roy er officie et lit les formules de l'église. Il bénit l'anneau.)

LE CO.MTE , bas à la comtesse. — Quel est donc ce clerc qui assiste le père Royer?

LA COMTESSE. — Je Tignorc ; il ne devait y avoir près de lui qu'un enfant du village ; mais c'est sans nul doute un jeune frère dont il est sûr.

Moment de silence. Le père Royer bénil la pièce de monnaie.

LE COMTE , bas à la comtesse, — Est-ce faiblesse ou le drôle est-il gris? il ne peut se tenir sur les îjenoux. Voyez donc, il est obligé de temps en temps de s'appuyer sur ses mains.

Le père Rojer interfompt la cérémonie religieuse pour donner aux époux les exhortations accoutumées ; à ce moment le jeune moine se lève , monte à l'autel , et se tournant vers les assistants , il dit d'nue voix grave :

LE MOINE. — Ces derniers avis que le prêtre donne à la jeune fille, c'est moi qui vous les donnerai. LE COMTE. — Qui êtes-vous donc? LE MOINE. — Comte , un homme revêtu du carac-

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tère qui donne le droit de parler de cette place.

LE PÀRB ROYBR. — Mon frère, mon enfant, qu'allez-i'ous faire ?

LE MOINE. — Ce droit , mon père , je le paye de ma vie. (Tumulte de voix qui crient : c Nous ne le souffrirons pas ! •)

LE HonîE. — Ecoutez ! car je suis Godefroy , Hélène; chevalier de Querdec, je suis Ëusèbe. [Les femmes restent stupéfaites.)

LE CHBi'ALiER DE QUERnEC. — Vous, mon saoveor, mon ami!

LE iioiXE. — Ecoutez , comte et comtesse de Gavaros , car vous avez joué avec Tâme d'un malheureux jusqu'à y faire naître des pensées de meurtre et de vengeance. {Le comte et les témoins se pressent autour d* Hélène,) Mais il s'est réfugié vers Dieu et Dieu Ta récompensé en lui envoyant la maladie qui ruine et qui consume. Voyez. (// rejette en arrière son capuce; à la vue de ce visage décharné et d'où la vie se retire , Hélène cache sa tête dans ses mains; le père Royer verse des larmes.) Hélène, vous avez peur de votre ouvrage.

LE CHEVALIER DE QUERDEC. — Répoodcz , oh ! répondez , madame la comtesse , vous connaissez cet homme , il a vécu avec vous ; répondez, Hélène.

LE MOi.N'E. — Le nom que dans nos longues confidences je n avais pas prononcé, j'ai voulu vous rapprendre moi-même en venant remplir un dernier devoir. Hélène, il fallait vous réconcilier avec vousmême ; voilà pourquoi je suis venu , voilà pourquoi

la lièvre m'a soutenu pendant ma longue marche , et a protégé ma dernière nuit contre le froid et la neige. (// s'arrête un instant, épuisé par l'effort qu'il a fait, et s' appuie du coude sur l'autel,) Je ne sois venUf Hélène , que pour vous apporter de bonnes paroles... Pardon, la respiration me manque. (Au père Royer,) Mon père, dites les dernières prières que j'ai marquées... Hélène, vous ne saviez ce que vous faisiez en faisant tant de mal. (Le père Rayer lit d'une voix altérée les prières des agonisants. ) Dieu vous a pardonné, et il vous le témoigne en retirant de la terre la seule personne qui pût vous accuser , et en appelant à lui une âme de plus pour prier pour vous. Hélène , du haut de cet autel où je suis monté par vous et pour vous, je vous pardonne et je vous bénis.

II se relève pour étendre ses mains sar Hélène , mais la force le trahit, il tombe le visage en avant, et, dans le silence de tons, on entend comme on coup de tonnerre, le brait de son front qni se brise sar le marbre ; le corps roale josqa'anx pieds d'Hélène , qui se jette dans les bras de sa mère : le père Roycr cherche an reste de vie dans le cadavre da jeune moine.

LE CHEVALisa DE QUERDEC , sc plaçant devant Hélène. — C'est vrai ! tout cela est vrai î [Silence. . . Se retournant vers ses témoiîis.) Partons , messieurs !

FIN d'un jeu de grande DAME.

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