SCÈNE PREMIÈRE
Riche cabinet à Loodres. Le marqais de R... , émigré français , est assis «D face de la cheminée et lit le joamal ; une porte aa fond s'ouvre , et son fils Edouard s'avance doacement derrière lai.
Le marquis DE R..., EDOUARD.
LE MARQUIS , regardant dans la glace, — Je te vois, Ëdoaard.
EDOUARD , s avançant. — • Tu ne te mettras plus en face de la glace pour lire ton journal.
LK MARQUIS. — Pourquoi cela?
EDOUARD. — Cette glace m*a trahi.
LE MARQUIS. — Que voulais-tu donc ?
EDOUARD. — Te surprendre en t* embrassant pour te dire bonjour.
LE MARQUIS. — Est-ce que je ne t'attendais pas? Vois , neuf heures cinq minutes.
EDOUARD. — Ah ! je suis un peu en retard ce matin.
LE MARQUIS. — Assieds-toi î Qu as-tu fait hier soir?
EDOUARD. — J'ai été chez lady Delwill.
LE MARQUIS. — C'était la première fois?
KDOUARD. Oui.
LE MARQUIS. — As-tu réussi?
EDOUARD. — Je ne sais ; mais à la fin de la soirée j'ai été bien gai , bien fou.
LE MARQUIS. — C'est bon signe.
i^DOUARD. — Après l'opéra plusieurs visites sont arrivées , et alors j'ai fait une sottise.
LE MARQUIS. — Toi , mou pauvre garçon !
EDOUARD. — Eh ! mon Dieu , oui , moi ! on a joué et j'ai joué.
LE MARQUIS. — Ah ! j'en suis fâché.
EDOUARD. — J'ai perdu.
LE MARQUIS. — je suis fâché que tu aies joué , astu besoin d'argent?
EDOUARD. — Non ; mais j'ai regret d'avoir fait une chose que tu désapprouves.
LE M.4RQUIS. — Tu as raison , le jeu.. . (Un domestique entre.) Que voulez-vous ?
LE DOMESTIQUE. — On demande à parler à monsieur le marquis.
LE MARQUIS. — Vous savez bien que de neuf heures à dix je ne reçois personne. Qui est-ce ?
LE DOMESTIQUE. — Une femme que je ne connais pas; elle est très-simplement vôtue et paraît trèsémue.
LE MARQUIS. — Je regrette de faire attendre cette femme ; mais dites-lui que cette heure , tous les jours , est consacrée à mon fils , présentez mes excuses. (Le domestique sort. A Edouard.) Qui te fait sourire f mauvais sujet?
â^ SCKXES DlâLOGUEES.
KDOCUD. — Cette TÎsite... die intéresse Benoit.. Je sab sôr que cette femme est jolie.
LE KAKQUCL — Eh bien! monsienr! rons raOlez rotre père?
SDoriKD. — (Test pour te faire oublier la gronde* rie qœ ta commençais.
LE HAKOcis. — Par saint Geoi^es , c'est vrai ; et rons êtes rentré tard?
KDOUAUD. — Très-4ard.
LE lUEQTis. — Denx benres?
KDOUUD. — Quatre benres.
LE UAEQCis. — Alors pooiipioi t*es-ta levé si matin?
EDOUARD. — Fallait-il ajouter à ma iante de cette nnit le tort de te faire attendre ce matin mon bonjour?
LE u.'RQUis. — llécbant enfant ! tu me câlines comme une m^re.
EDOUARD. — Est-ce que tu n'as pas été mon père et ma mère en même temps?
LE MARQUIS. — Oui , j'ai besoin de penser qne ta mère est morte en te mettant au monde ; que dès lors tu as été tont pour moi dans cet exil où m'ont retenu des divisions de famille , loin de la France qui m passé à travers cette liberté que j'avais rêvée , mus qu'ensanglantèrent bientôt de déplorables excès , et qui , depuis , guidée par un puissant génie , s'est enrichie d'une gloire dont je gémis de n'avoir pas pris ma part ; j'ai besoin de me rappeler que je t'ai pleuré comme perdu quand tu fus enlevé par ces
CORNELIE DU HAUT-POKT. ill
comédiens ambulants qui t'avaient volé à ta nourrice ; j'ai besoin de tous mes souvenirs pour m'excuser de tant te gâter.
i^DouARD. — Est-ce que je suis bien mauvais ?
LE MARQUIS. — Oh ! uon ; tu as du cœur et de Tânie, et tu aimes ton père.
EDOUARD. — Je te le prouve en te laissant recevoir ta visiteuse ; j'entre là, dans ton cabinet ; je vais repasser notre duo. Sais-tu ta partie de basse ?
LK VARQuis. — Hais pas mal.
EDOUARD. — Je veux que ton ténor soit digne de toi. Adieu.
LE MARQUIS. — Adicu. (H soune. A Benoît qui se présente.) Faites entrer la personne qui attend.