‹ Comédies sociales et scènes dialoguéesChapitre 57 sur 86 · JUILLET · texte numérisé non relu

JUILLET

(tn entend gronder le canon. La scène représente la grande coui d'un magasin.

LXE KoiLH d'ouvriers. — M. CRIXET, mofift sur une caisse.

CRIXET, s' adressant au:c ouvriers. — Mes arai.s , le tocsin de la gloire a sonné, et de ce moment

2] 8 StiKNKS l)lAL()(iLKKS.

VOUS n'êtes plus des ouvriers... vous êtes Fraurais .'... Ainsi plus de distinctions entre nous; non, plus de ces aristocratiques distinctions de maîtres à ouvriers. .\on, mes amis, non, mes concitoyens, à dater d'aujourd'hui nous sommes égaux, puisqu'à dater d'aujourd hui je ne vous payerai plus vos journées. (]ar je suis moi-même trop bon Français pour vous donner de l'ouvrage quand les jésuites, par la voix des ordonnances, veulent vous ôter, vous ravir votre pain; maintenant, mes concitoyens, unissons tous nos efforts contre les vils satellites du pouvoir... mais, avant tout, convenons bien de ce que nous voulons obtenir...

i,K,> (iiip.iKRS. — Oui — oui, puisque les maîtres tious refusent de l'ouvrage, il faut que le gouvernement nous donne de l'ouvrage... A bas la calotte.

<:ri\kt. — Je me joins à vous du plus profond de ïiion cœur quant à la calotte , mes concitoyens. Mais il vous faut plus que de l'ouvrage, oui, mieux que de l'ouvrage ; on donne de l'ouvrage à de vils mercenaires, à des manœuvres, et non pas à des hommes

libres Ce qu'il nous faut — à tous! ce sont des

rh-oits politiques.

JAcrji K.^ i.di'ix , (tunirr. — Ça donne-t-il du pain?

«;ri\kt. — Si ça donne du pain 1 ça donne plus que du pain , Français ! ça donne toutes les aisances de la vie... puisque dès qu'on a les droits politiques, ou fait la loi soi-même. Alors faisant la loi soi-même, ou se fait une loi (jui \ous donne des douceurs infinies à vous-même \ oilà ce que c'est que les

.M. (JRI NE T. n:>

droits politiques, qui sont l'apanaye (le tous les hommes ciiiliscs par la liberté , comme nous devrions l'être, si les ultramontains ne nous asservissaieut pas comme les derniers des derniers !

i,KS orvRiERS. — Alors , si ça nous donne du pain, nos droits politiques ou la mort !

CRiXKT. — Ce n'est pas tout, mes concitoyens.'.., Xe souffrons pas que les vils satellites du pouvoir enchaînent notre liberté sous- le prétexte de la force armée... ^lontrons que nous sommes de vrais Français ; montrons-nous les dignes fils de la colonne ; demandons le rétablissement des offiders de la garde nationale, et surtout souvenons-nous du Cnnslilutionnel et du grand Xapoléon !

LKS OLiT.iKRS. — Oui. . . oui... la garde nationale ou la mort ! Vive l'Empereur î à bas les jésuites ! vive la Charte !

CRi.VET. — Je dis comme vous, à bas les jésuites, car c'est le cri de la nature... Mais ce n'est pas tout, à bas les courtisans, les hommes de la cama- I dla qui ont condamné les sergents de La Rochelle ! Jugeons-nous nous-mêmes, et demandons le jury en matière politique ou la mort !

I,ES OUVRIERS. Oui... Oui. . .

c RIVET. — \e souffrons pas non plus que les ennemis des lumières viennent étouffer... la civilisatioîi dans le bonnet de la Liberté , qui veut celle de la presse, et qu'on ne vienne pas vous empêcher de chanter la Colonne et les vieux grognards... qu'on

2iO SCKXES I»l A LOGl Ki:S.

vilipende dans l'honDCur national do lu Franco on incprisanl la Charlo et le (jrand \upoloon.

JicyiKs i.(»ri\. — Mais qucst-cc que la nous luK, à nous autres ouvriers, les droits politiques...

<;ki\kt. — Qu'est-ce que ça vous fait? Comment ce que ca vous fait? Mais tu n'es donc pas Kramais alors? tu nos donc pas bonaparlislo?

LOPIN, inili(jnr. — Moi, pas bonapartiste! au contraire, bonapartiste i\ mort... Le polit caporal, Dion do Dieu; moi, pas bonapartiste! Vivo IKniporeur!

«:rinkt. — Tu aimes donc les calolins? les jésuites? qui veulent avilir la Colonne on y mettant le Samt-Sacremont tout en baut !

in\'i\, fiirinu: — Oh! les scélérats... les ;{ucusards... Mais je les bais, les calotins. Je voudrais pouvoir les manijor tout vivants, quoi!

<;hi\ki. — Kb bien, alors... tu vois donc bien que tu veux les droits politiques! C'est ça qu'on appelle vouloir ses droits politiques!

l.KS (MiaiKti- — nui oitî. les droil.s politiques on U mort !

I.onv, roHiaiiini. — .Ali ! c'est dirTorenl. ( (!rînnt plus fort que Irx aiitrrs.) Nos droits |)oliliqnos ou la mort !

TOI .H. — Oui, oui.

rmvKT. — C'est bien , mes amis ; maintenant marchons à l'ennemi... et passez devant...

Tois. — Oui, oui, vive rKmpereur! vive la Lil»erté! à bas la calotte, vive la Charte! \Hs sorirnt en iumu/h . )

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CYa\¥.T ferme sa povte, se met derrière et regarde par un quirhet, en disant : — Les voilà lancés, ils vont aller tout seuls, et si nous avons le dessus , je serai officier de la fjarde nationale, et peut-être fournisseur de... Ah çà, de qui?... Ma foi, de l'autre...

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