M. CRI NE T
que je pouvais sacrifier mes intérêts... à uue béte de faction! Mon Dieu, mon Dieu... quelle bêtise que la garde nationale ; c'est bien la peine de payer des soldats pour être encore enrégimenté, tourmenté, emprisonné; mais c'est un impôt odieux... ça vous prend votre argent, votre temps : enfin!... Il faut bien supporter ce qu'on ne peut empêcher... Ah! qu'est-ce que c'est que ça? quel vilain papier. (// décacheté une autre lettre.) Ah! miséricorde! une tête de mort avec deus poignards en croix... et tout cela écrit à l'encre rouge... (// lit : ) i Liberté, égalité ou la mort! Tu es juré dans l'affaire politique appelée le 30 de ce mois aux assises, tremble.' car .n tu oses condam?ier un patriote... tes jours sont romptés. " {Avec effroi.) Et pour signature uue guillotine!!! Mais c'est abominable; ces scélérats-là sont capables de le faire comme ils le disent... Payez donc une magistrature... pour avoir encore à vous mêler de leurs diables de procès politiques... Est-ce qu'ils ne peuvent pas les juger eux-mêmes leurs procès politiques. . . Qu'est-ce que ça me fait, à moi. . . la politique? la politique... c'est mes affaires... c'est ma maison... ilais enfin, c'est une infamie, cela; ou n'a pas un instant à soi : c'est la garde, c'est la revue, c'est la pai'ade, c'est le jurj-, et qu'est-ce que ça rapporte , je vous le demande , si ce n'est des désagréments, des horreurs?... Et puis au moins on paye un officier, on paye un magistrat... tandis que nous. . . il faut, au contraire, que nous payions. . . Pour faire ce métier-là, c'est à n'y plus tenir, c'est horrible,
i>2H S(Ji;XES DIALOGUE ES.
(■a ne peut pas durer; où marchons-nous! En vérité nous sommes sur la route d'un abîme. . . allons. . . encore une lettre . . . Ah ! c'est de mon ami Leclerc, qui m'a fait obtenir la fourniture de la maison du prince. {Il lit:) tt Vous êtes juré dans une affaire qui concerne les républicains ; f espère bien, mon cher ami, que vous n hésiterez ])as à condamner ces ennemis de l'ordre public, et que vous cotnprendrez les devoirs que vous imposent les boxtks du gouvernement... i> J'aime beaucoup ça, comme si je ne les avais pas payées, ces bontés-là. . . Enfin, continuons. (// relit : ) ù Bontés qui vous seront retirées si vous ne remplissiez j)as votre devoir de bon Français e7i condamnant les anarcliistes et en faisant un noble ■usage du plus j^récieux de vos droits politiques que vous avez conquis en juillet... en l'immortel juillet. Toid à vous, etc. •!> (crixet, froissant la lettre avec colère.) Mes droits politiques... mes droits politiques... quelle bctise! C'est encore du fameux... ça sert à grand'cliose... Voilà où ça me mène... égorgé par les républicains si je les condamne , ruiné par le gouvernement si je les absous... Car, encore une fois , ce que cet imbécile de Leclei'c appelle des bontés m'a bien coûté trente mille francs de pot de vin que j'ai donnés pour avoir cette fourniture ; mais Je vous demande un peu ce que cela signifie... Sous quelrégime vivons-nous?... dans quel temps sommesnous? C'est une tyrannie qui n'a pas de nom... ce n'est pas pire chez les Turcs... c'est vrai, ça; j'aimerais mieux être Algérien, ma parole d'honneur!