SCÈNE PREMIÈRE
Rirbc rabinrl » l.nndrr». Le niari|uii de R. .. , cmijjn* fr.iiK.n- , i^i .i^-i- •■o f4rr de !• rbemiiior ri lil Ir jnurnat ; uiir porlr *u fond s'oiixrc . ri «m fil* Kdooard t'ataorr duucempiil dcrTit-rr lut.
\.v. M^Koiis I)K H..., KI)()l\|{I).
LE >l\KOl IS , rrfffirdtinf ihiiis ht <iliiir. — - Je h iois , Kdouurd.
Kiioi \Ki», s'iinintdiit. — Tu iH" le incitras pins eu Face (le la «{lace pour lire ton journal.
i.K MARQi is. — Pourquoi cela'.'
Ki»oi AHi». — Olle «jlace ma trahi.
i.K iHR^^us. — Que vnniais-tu donc.'
KiHii *Ri>. — Te surprcii(lrr en t'rrnl)ra.«isant pointe (lire bonjour
IK ^nHnii>. — l'!>l-cc ipif jr nr l adeiiilais pa.s .' \ ois, neuf heures cinq rniniiles.
KiMH ARi». — Ah ! je suis un peu en relard ce malin.
I K M^Ryri.s. — .Assied.s-toi ! (^Mi'as-lu fail hier soir?
KiMM «Rii. — J'ai cU' chez iad^ Deluill.
i.K MARIAI is. — C'était la première foi.s?
CORNKLIE DU HALT-POXT i.-.9
KDOIARD. — Oui.
LE MARQi is. — As-tu réussi?
KDoL'ARi). — Je ne sais ; mais à la fm de la soirée j'ai été bien gai, bien fou.
i,K MARQUIS. — C'est bon signe.
KDOIARD. — Après l'opéra plusieurs visites sont arrivées , et alors j ai fait une sottise.
i,K MARQiis. — Toi, mon pauvre garçon!
KDOIARD. — p]liî mon Dieu, oui , moi! on a joué et j'ai joué.
LE MARQL is. — Ail ! j'en suis fâché.
KDOLARD. — J'ai perdu.
LK MARgri.»^. — je suis fâché que tu aies joué , astu besoin d'argent?
KDoi ARD. — \on ; mais j'ai regret d'avoir fait une chose que tu désapprouves.
i.K AiAROLKs. — ïu as raisou , le jeu .. ( Un dômesf/ifiw entre.) Que voulez-vous?
LR DOMKSTiQi K. — On demande à parler à monsieur le marquis.
LK AURQLLS. — Vous savcz bien que de neuf heu- «es à dix je ne reçois personne. Qui est-ce?
LK Df).MKSTmi K. — L uc femme que je ne connais pas; elle est très-simplement vêtue et parait trèsémue.
LK MARQUIS. — Je regrette de faire attendre cette femme; mais dites-lui que cette heure, tous les jours, est consacrée à mon fils, présentez mes excuses. iLc domesti<iue sort. A Edouard.) Qui te fait sourire, mauvais sujet?
270 SCENES DIALOGIEES.
KnouARi». — Cette visite... elle intéresse Benoît... Je suis sûr que cette femme est jolie.
LE MiRQiis. — Eh bien ! monsieur ! vous raillez lotre père?
EDOUARD. — C'est pour te faire oublier la gronderic que tu commençais.
LE MARQiis. — Par saint Georges, c'est vrai; et vous êtes rentré tard ?
EDOUARD. — Très-tard.
i.E MARQUIS. — Deux hcuros?
EDOUARD. — Quatre heures.
i.K MARQi is. — .^lors pourquoi t'es-tu levr- si matin?
KDoi ARD. — Fallait-il ajouter ù ma faute de cette nuit le tort de te faire attendre ce matin mon bonjour?
LE M"RQULs. — Méchant enfant ! tu me câlines comme une mère.
EDOUARD. — Fst-ce quc tu n'as pas été mon père et ma mère en même temps?
LE AiARQi is. — Oui , j'ai besoin de penser que ta mère est morte en te mettant au monde ; que dès lors tu as été tout pour moi flans cet exil où m'ont retenu des divisions de famille , loin de la France qtii a passé h travers cette liberté que j'avais rêvée , m.iis qu'ensan,rjlantèrent bientôt de déplorables excès, et qui, depuis, guidée par un puissant génie, s'est enrichie d'une gloire dont je gémis de n'avoir pas pris ma part ; j'ai besoin de me rappeler que je t'ai pleuré comme perdu quand tu fus enlevé par ces
CORNELIE DU HAUT-PONT. ill
comédiens ambulants qui t' avaient volé à ta nonrrice ; j'ai besoin de tous mes souvenirs pour m'excuser de tant te oàter.
ÉDOL ARD. — Est-ce que je suis bien mauvais /
LE MARQUIS. — Oh ! non ; tu as du cœur et de l'âme , et tu aimes ton père.
KDOUARD. — Je te le prouve en te laissant recevoir ta visiteuse ; j'entre là, dans ton cabinet ; je vais repasser notre duo. Sais-tu ta partie de basse?
LE MARQUIS. — Mais pas mal.
EDOUARD. — Je veuï que ton ténor soit digne de toi. Adieu.
LE MAP.QLIS. — Adieu, (fl soruie. A Benoît qui se présente.) Faites entrer la personne qui attend.