ACTE III, SCÈNE I
Dont ils brisent souvent les nefs dans leurs mâchoires. Leurs flancs sont déchirés par des cavernes noires Où se plaint un écho répété mille fois, Retentissant, et si sonore que nos voix, Parmi ces rocs géants et convulsionnaires, Roulaient avec le bruit affreux de cent tonnerres. Certes, lorsqu'en ce lieu sinistre et souterrain Argyrte embouchera la trompette d'airain, On verra s'enfuir l'aigle ainsi que la colombe. Et les morts pourront bien s'éveiller dans leur tombe ! Un chant accompagné par la lyre sera Le signal; et sitôt qu' Argyrte l'entendra Résonner ici, car cette caverne est proche.
Vite, le bruit affreux courra de roche en roche. Mais, dis-moi, penses-tu qu'Achille, cette fois. Se prenne à notre ruse?
ULYSSE
Oui. Lorsque cette voix Horrible de l'airain, mille fois répétée.
Frappera de terreur son âme épouvantée, — Car alors il craindra pour Deïdamia Et pour ses jeunes sœurs, — lui que rien n'effraya, Tu le verras paraître avec le front d'Achille, Sous son déguisement à cette heure inutile.
Et nous écartant tous pour s'ouvrir un chemin. Chercher fiévreusement une arme sous sa main.
Montrant une e'pf'e placée sur la table.
Et c'est pourquoi, d'ailleurs, j'ai mis là cette épéc.
DIOMÉDE.
Puisse-t-il donc, laissant sa parure usurpée,
320 DEÏDAMIA
Se relever héros, pour briser les genoux Des Troïens abhorrés I
ULYSSE
Mais on vient. Taisons-nous.
SCÈ'N.E II
ULYSSE, DIOMÈDE, LYCOMÈDE, ACHILLE, DEÏDAMIA, THOÉ, ZEUXO,
PERSÉIS.
LYCOMÈDE, à Ulysse et à Diomède,
Rois, nous aurions voulu que, laissant fuir les heures. Il vous plût de rester en nos pauvres demeures ; Mais, puisque nos désirs de vous garder sont vains. Et puisque vous voulez nous quitter, ô divins I Jusqu'à la vaste mer, pour voler aux victoires. Vos hardis compagnons ont traîné les nefs noires; Et j'ai voulu moi-même embarquer sur ces nefs Cent guerriers commandés par d'invincibles chefs, Et, pour vous soutenir dans vos maux devant Troie, Les présents que mon cœur vous destine avec joie. On a dressé les mâts et placé les agrès :
Donc, vous pouvez, amis, nous quitter sans regrets, Et chercher vers des cieux lointains d'autres étoiles. Puisque le vent docile enfle vos blanches voiles. Et vous pousse déjà vers l'orageuse mer.