‹ Comédies (volume 2)Chapitre 161 sur 182 · ACTE III, SCÈNE II 32I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II 32I

ULYSSE

O Roi, toujours l'instant de partir est amer. Il nous eût été doux de demeurer tes hôtes Et de rester longtemps dans tes demeures hautes I Mais, outre que les chefs Achéens chaque jour S'irritent, demandant aux Dieux notre retour, La prudence aujourd'hui rend nos âmes ingrates. Les Phrygiens, ô Roi, sont de hardis pirates; Peut-être qu'un vaisseau nous a suivis de loin. Et, qui sait? — la nuit sombre est un muet témoin I — Peut-être qu'il nous guette aux abords de cette lie. Ces Phrygiens ont l'âme impie et mercantile ; Jadis ils attaquaient, en voleurs arrogants, Les vaisseaux dispersés, jouet des ouragans; Mais à présent, glissant ainsi que des reptiles Sur la mer, on les voit débarquer dans les îles. Ils prennent pour butin ce qu'ils peuvent trouver. Mais surtout, leur plus grand bonheur est d'enlever Des vierges au beau front, dont ils font leurs captives. Or, dès que ces bandits abordent sur nos rives, Par bravade et fureur, déchirant l'air serein. Ils embouchent sans peur leurs trompettes d'airain. Dont le tumulte éclate avec un bruit sauvage.

ACHILLE, en proie à une vive émotion.

Ils oseraient, dis-tu, venir sur ce rivage.

Ces Phrygiens !

ULYSSE, à Achille,

Non. Car par des périls nouveaux Nous leur imposerons d'assez rudes travaux Pour qu'ils aient à veiller, laissant dormir les rames,

DEIDAMIA

Sur leurs propres maisons et sur leurs propres femmes. Cest pourquoi nous partons.

THOÉ.

Qji'un vent propice et doux

Guide vos nefs!

ZEUXO.

Que nul pressentiment jaloux Ne trouble vos chers cœurs 1

PERSÉIS.

Et qu'un Dieu même allège Le vol éblouissant de vos voiles de neige 1

DIOMÈDE

Sans doute de tels vœux doivent nous protéger.

Mais l'ennui du départ nous sera plus léger,

O vierges, en quittant ce Roi qui nous honore.

Si l'une de vous prend la cithare sonore

Et nous dit quelque chant ailé, dont la douceur

Nous charme, et soit pour nous ce qu'est pour le chasseur

Fatigué, le ruisseau qui murmure et soupire I

LTCOMÈDE, à AchilU,

Chante, mon Iphis, toi qu'Apollon même inspire!

ACHILLE

Moi!

LTCOMÈDE.

Ta voix rafraîchit mon vieux cœur altéré.

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