SCÈNE II
Où sourit cette mer, dont j'ai souvent, jadis,
Pareil à Cléopâtre, admiré les colères
Et les réveils charmants... du haut de mes galères!
Bondissant avec une excessive agilité vers un autre point de la scène.
Chut! On a fait du bruit là-bas, près du volet. Revenant.
Non, ce n'est rien. Pourtant, si quelqu'un me volait I Naples, ce pays plein de filous et de ruses, A certains carrefours moins sûrs que les Abruzzes, Et les honnêtes gens sont fort volés. Mais on Ne m'y prend pasl
Montrant le sac.
Cachons cela dans la maison.
Comme assailli par une idée importune.
Nérinel... — Il serait fou que je la rencontrasse! Pourtant, si la pauvrette avait suivi ma trace? Baste 1 il est trop matin. Elle dort sur les deux Oreilles.
// entre dans une petite maison de vilaine apparence, après avoir soigneusement regardé autour de lui. Nérine paraît, attentive, inquiète, avec l'allure d'un chien de chasse quijlaire le gibier.
SCÈ'H.E II
NÉRINE
Les archers, quand j'ai passé près d'eux. Parlaient de vol commis, de nippes dérobées.
Ils avaient vu courir à grandes enjambées Un larron, qui fuyait avec un sac aux dents.
Rêvant.
Avec un sac 1 — Je sens du Scapin là dedans.
Que fait mon traître? Il m'a quittée avec la joie Et l'œil brillant d'un fourbe heureux qui tient sa proie. Il regardait toujours la mer et l'horizon I Je suis sûre qu'il songe à quelque trahison.
Q.u'ai-je fait au destin, — moi douce comme un cygne 1 Pour aimer ce hardi menteur, ce fourbe insigne? Il est plus inconstant que le vent, plus trompeur Qjae ces beaux feux follets dont les enfants ont peur. Et que l'Adriatique où le couchant se dorel C'est un prodigue, un monstre, un fou, mais je l'adore.
Avec admiration.
Qu'il est rusé 1 J'ai beau faire, mon cœur en tient Pour ce héros.
Elle veut aller à la recherche de Scapin.
Allons.
Apercevant Scapin qui sort de la maison.
Mais le voici qui vient.
C'est le moment d'ouvrir les yeux et la narine I Il parle. Que dit-il? Attention, Nérine.
Elle se retire d f écart au fond du théâtre. En même temps Scapin s'élance sur le devant de la scène, portant vide le sac qu'on a vu plein d la seine précédente.