‹ Comédies (volume 2)Chapitre 17 sur 182 · ACTE I, SCëNE VII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCëNE VII

Ami, tu veux savoir pourquoi j'ai des soucis? Pourquoi pendant des jours entiers je reste assis Sur des rocs hérissés de broussailles hautaines A regarder mes pleurs coukr dans les fontaines? Un mot te le dira : je ne suis pas aimé.

ÉROS

Peut-être que ton cœur était mal enflammé I

GNIPHON.

Lui, mal I II se consume, il se calcine, il brûle 1

Vénus en fusion dans mes veines circule.

L'orage m'a froissé comme un lys 1 Mon sang bout.'

ÉROS

Ce feu n'attendrit pas les Nymphes?

GNIPHON.

Pas du tout.

Mais moi je meurs, ami. Je sanglote et je brame, A travers la nature, où pour moi tout est femme I La source chante, et l'arbre, attendri par mes vœux. Sur mon front pâlissant fait traîner ses cheveux. Je vais, tantôt glacé, tantôt brûlant de fièvre. Et, tremblant, éperdu, je voudrais, sous ma lèvre Qui tourmente au hasard la flûte de roseau, Tenir l'azur, tenir la fleur, tenir l'oiseau, £t donner, quand la Nuit agite ses grands voiles, De longs baisers d'amour à toutes les étoiles 1

ÉROS

Et jamais une Nymphe émue, enfant encor.

Dont les cheveux flottants sont comme un brouillard d'or.

N'a penché vers ton front ses deux lèvres de rose.

Et, comme un jeune oiseau sur les branches se pose, N'a fait frémir le lit de mousse où tu dormais En effleurant tes yeux d'un souffle pur?

GNIPHON.

Jamais.

ÉROS, ironiquement.

Qfloi 1 se peut-il !

GNIPHON.

La chose est difficile à croire, Mais je suis véridique enfin, c*est de l'histoire I Malgré ce teint vermeil et ces blancheurs de lait, Fait bizarre I on me fuit comme si j'étais laid I Si je poursuis Phyllis, dont les rieuses lèvres Sont de pourpre, elle court à grands pas vers ses chèvres ; Les Naïades des eaux se cachent quand je sors, Bref, il est évident qu'on m'a jeté des sorts 1 Conseille-moi. Veux-tu me tracer une ligne De conduite?

ÉROS

lacchus aime la jeune vigne; Le coudrier est cher à la blanche Phyllis ; La Naïade à l'œil glauque aime à cueillir des lys ; Le laurier glorieux, que garde une Chimère, Plaît à Phébus ; le myrte en fleurs plaît à ma mère ; Le rouge automne plaît aux bouviers diligents ; Les belles aux bras nus plaisent aux jeunes gens, Et toi, tu ne plais pas aux belles, je m'en lave Les mains.

GNIPHON.

Conseille-moi; je bous comme une lavel

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