ACTE II, SCÈNE III
Mais, par ma mère blonde à la ceinture d'or Qui fait grandir le myrte et qui tresse les âmes 1 Par ces abris de mousse où nous nous reposâmes! Par le vent qui dénoue en pleurant tes cheveux I Fleur du cruel hiver, Nymphe auguste, je veux Q.u*à ton tour, sur les monts éblouissants de neige Tu frissonnes, en proie au tourment qui t'assiège. Et que dans les déserts tu pleures à ton tour, Chasseresse éperdue et tremblante d'amour I
On voit la nuit tomber d demi, et le paysage s'effacer peu dpeu.
Mais la nuit vient. Au fond de la voûte azurée
L'aile sombre du soir s'étend démesurée.
L'ombre cache en croissant les pieds des arbrisseaux,
Et je vois à la fois au ciel et sur les eaux.
Où son brillant reflet d'argent tressaille et passe,
L'arc de ma bien-aimée étendu sur l'espace!
Je t'en conjure, ô Nuit suave, qui descends
Sur les coteaux parmi les feux incandescents !
Vous, lacs transis, moirés de sinistres lumières,
Je vous conjure, et toi qui ris dans les clairières.
Grande Nature, abri du chasseur indompté.
Obéis-moi! Qu'un air chargé de volupté
Vole, et répande avec de magiques paroles
Le même embrasement, des ailes aux corolles!
Q,ue tout aime!
Détachant la flûte pendue d son cou.
Silène, heureux magicien.
Assembla ces roseaux selon son art ancien.
La Nymphe que les bois nomment avec mystère Accourra par l'effet d'un charme involontaire Au son de cette flûte. Éveillons ses accords.
Éros s'assied sur un banc de pierre, et joue sur la flûte de Silène un chant rêveur et passionné, auquel répond un
hruit lointain de cors, presque étouffé. Puis il prête Voreille et écoute attentivement.
Rien. Là-bas c'est le bruit faible et mourant des cors.
Éros reprend sa flûte et continue le chant commencé. Je l'entendrai venir dans la nuit calme et douce,
Montrant un tertre revêtu de mousse.
Et je me coucherai là sur ce tas de mousse, Car elle ne doit voir qu'un enfant endormi Sur ces gazons jonchés de roses, et parmi L'agreste paysage au reflet poétique.
Éros se couche sur U tertre. La nuit tombe tout à fait. La liine se lève.
L'astre pâle apparaît; sa lueur magnétique Scintille, et, comme l'aube au mur d'une prison. Blanchit ce cachot noir qu'ils nomment l'horizon. Un parfum d'ambroisie inonde la ravine.
C'est elle. Contiens-toi, mon âme 1
Éros ferme les yeux et feint de dormir. Le paysage tout entier est dans l'ombre» Le visage seul d'Éros brille^ éclairé par la lune d'une lueur argentée. Diane entre, accourant, comme par une attraction magnétique, au son de laflûU d'Éros.