ACTE II, SCÈNE IV
Malgré moi ce doux bruit m'attirait, et je viens 1 En proie d un trouble qu^eîle ne peut définir.
Personne. Ai-je rêvé ? Qjie la nuit est brûlante 1
Elle détache le cor pendu d sa ceinture et Upose sur un rocher.
D'où vient que, regardant la nue étincelante. Je soupire? D*où vient que mes yeux furieux S'épouvantent de voir les étoiles des cieux, Que je m'égare seule, ayant laissé mes armes. Et que, pâle d'horreur, je bois l'eau de mes larmes? Je pleure ton parjure, infidèle Glaucé I Le poison que je bois, c'est toi qui l'as versé. La haine est dans mon sein. Le feu qui me dévore, C'est le courroux. Hélas! pourquoi mentir encore? Avec égarement.
Non, ce n'est pas la haine 1 O toi, qui me poursuis, Quel es-tu? Connais-tu ma peine et mes ennuis 1 Celle dont le glacier vierge était le royaume Tremble, pâle victime éprise d'un fantôme.
Apercevant Éros endormi sous le rayon de lune. Avec effroi.
La vision, toujours I
S'approchani du banc de mousse et distinguant le visage d'Éros.
Un enfant I Qu'il est beau I Doux incarnat de rose I Oh I jamais le flambeau De la nuit n'éclaira des formes si divines 1 C'était lui, c'était lui, mon cœur, tu le devines, Q]ie me montrait toujours la blanche vision 1 Ce fantôme charmant de mon illusion Ëtait là, près de moi, dormant dans la ravine, £t c'est pourquoi tu bats si fort dans ma poitrine 1
Regardant Éros avec passion.
Il est là, radieux, apaisé, triomphant.
Oh! donner un baiser chaste à ce front d'enfant, Et mourir 1 Mon secret dans le bois qui frissonne Restera. Qpi jamais peut le savoir? Personne. Qjiant à lui, mon pouvoir empêche, si je veux, Qu'il ne s'éveille. O Dieux 1 sur l'or de ses cheveux Poser ma lèvre, et puis... Ahl qu'ai-je dit? ruisselle Encor, source des pleurs,
Avec accàhlement.
Je suis une immortelle 1 Entraînée malgré elle vers Èros.
Fuyons. Je n'irai pas. Je ne veux pas. Je suis
La divinité morne et farouche des nuits,
Qjai teint ses mains de sang en son mâle délire 1
Luttant en vain.
Fuyons. Je ne peux pas. Non, mon cœur se déchire !
Exaltée et transfigurée, les yeux au ciel.
Eh bien, voile-toi donc, lumière I Voilez-vous, Flammes, clartés, flambeaux, regards du ciel jaloux ! Astres qui de l'azur brûlant fixez en foule Sur moi vos yeux railleurs, éteignez-vous 1 je foule Aux pieds ma froideur sainte et ma divinité.
Et pour me repentir j'aurai l'éternité 1
Les yeux tendrement fixés sur Eros.
Sur son visage l'ombre errante du platane Rit. Ne t'éveille pas, divin enfant I
Elle s*approche d'Éros endormi et lui baise le front. Eros, cessant de feindre, se jette aux pieds de Diane.
ÉROS, à genoux,
Diane, Je t'adore I