‹ Comédies (volume 2)Chapitre 46 sur 182 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

COLOMBINE

Mais dis-moi...

LÉANDRE

Je ne puis.

COLOMBINE

Voyons I Ce frère...

LÉANDRE

O Dieux jaloux 1 Sans rien omettre, Un ami sûr m*apprend son sort dans cette lettre

Il feint de chercher, en retournant toutes ses poches, une lettre qu'il ne trouve pas.

Que mes pleurs ont mouillée I

COLOMBINE

Eh bien?

LÉANDRE

Le malheureux Habitait dans Messine. Il était amoureux.

Messine est une ville étrange et surannée Que baigne en son azur la Méditerranée, Un port de mer. Un jour que, loin de tous les siens, Dans un esquif suivi par des musiciens, Il allait promener sur la mer sa maîtresse, (La fraîcheur de la nuit enchantait leur paresse,) Au loin on voyait fuir dans les cieux étoiles Le rivage, et tous deux, par un rideau voilés, Comme ils en admiraient les contours pittoresques. Des corsaires venus des États barbaresques...

COLOMBINE

On l'a fait prisonnier?

LÉANDRE

Justement.

A part.

Le moyen Est adroit et surtout nouveau, mais est-il rien A quoi d'abord un cœur aveuglé ne consente?

Haut et déclamant.

Mon pauvre neveu pleure, et sa patrie absente L'appelle en vain 1 hélas I cher neveu I

COLOMBINE

Qjael neveu?

Je croyais que c'était votre frère.

LÉANDRE

Parbleu Non 1 c'est mon neveu.

Bon.

LÉANDRE

Ah 1 les forbans I quel crime I Le malheur, c'est qu'ils ont emmené leur victime A Tunis, j'imagine, ou dans un port voisin; Or, ils ne veulent pas relâcher mon cousin, Qui perdit, par surcroit, un œil dans la bagarre...

COLOMBINE

Vous disiez un neveu.

LÉANDRE

Moi? la douleur m'égare A ce point que j'oublie, en mon trouble apparent,

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