‹ Comédies (volume 2)Chapitre 59 sur 182 · ACTE I, SCÈNE III II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III II

HARDY, s' inclinant dti'ant Olivier, Monsieur...

OLIVIER, à ses hâtes.

D'abord, soyez les bienvenus I

A Amarante et d Lucinde,

Mesdames, les plaisirs sont, hélas I inconnus

Dans ce pauvre château ; mais il est à vous, comme

Son maître.

AMARANTE

Grand merci, monseigneur.

On me nomme Alexandre Hardy, Parisien. Je suis Poëte, car, délice et tourment de mes lAits, La muse, que Garnier et le savant Jodelle Adoraient, m'a, comme eux, frappé d'un grand coup d'aile. Je fais parler les fils des Dieux, les artisans De travaux dont l'effort a défié les ans.

Et les princesses dont les yeux furent magiques. Bref, je rime et polis des poëmes tragiques

Montrant ses compagnons.

Pour les gens que voici, qui sont comédiens.

Nous allons devant nous, libres de tous liens, Et chantant pour l'honneur de la nymphe Thalic.

OLIVIER

Jeu sublime, par qui l'homme avec sa folie Apparaît, reflété dans un miroir ardent!

Nous vivons ici loin des hommes : cependant Votre nom est venu jusqu'à nous. Dès ce monde,

Votre art, qui du passé perce la nuit profonde, Nous fait voir, triomphants, évoqués des enfers Et retrouvant leur âme auguste en vos beaux vers. Ces reines, ces héros, ces vainqueurs dont la cendre Contient tant de lumière et de gloire 1 Alexandre Faisant fouler la vieille Asie à son cheval.

César pensif avec son laurier sans rival, Cléopâtre embaumant les airs de son haleine.

Et l'immortel amour des hommes, cette Hélène Dont cent rois adoraient les cheveux radieux I Oui, vous ressuscitez ces combattants, ces Dieux, Et par leurs voix d'airain vous nous dites : Élève Ton âme ; tâche d'être aussi grand que mon rêve ; Voici le glorieux passé, fais le présent!

HARDY

C'est pourquoi nous marchons toujours, nous reposant

Tantôt dans le palais et tantôt dans l'auberge;

Montrant la Vérité, cette adorable vierge,

Sous un masque, buvant avec avidité

L'air pur des grands chemins avec la liberté.

Et toujours vers les cieux élevant notre coupe.

OLIVIER

C'est un heureux sort.

HARDT.

La moitié de notre troupe Est depuis avant-hier à Blois, chez notre ami L'hôte du Soleil d'or. Là, jamais endormi, Flamboie un feu riant, et le vin est sans lie Et la nappe est très blanche et l'hôtesse est jolie. Puis les logis ont l'œil ouvert sur une cour Dont une galerie en bois fait tout le tour.

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