ACTE II, SCÈNE I I
ROSIDOR
Je ne vous comprends pas, madame.
CÉLIDÉE, à part.
Un baladin Vulgaire !
Haut.
Je disais que ce transport soudain, Présenté de la sorte au public idolâtre.
Vous fera grand honneur, monsieur, sur le théâtre. Vous jouez à ravir le tragique.
ROSIDOR
En efFet, Vous avez pensé...
CÉLIDÉE.
Rien. Vous êtes un parfait Comédien.
ROSIDOR
Qui? moil
Se battant les flancs pour paraître ému.
Terre et cieuxl que dit-elle?
C'est mon réel tourment, c'est ma peine mortelle Que ma bouche tremblante exprimait en ce lieu, Bt je ne jouais pas la comédie 1
CÉLIDÉE, avec un froid déilatn.
Adieu.
Elle sort.
SCÈ'N.E II
ROSIDOR
Moi, Rosidorl berné, jouél Plus de ressource 1
Et ma gloire d'amant toujours vainqueur, ma bourse,
La porte d'or par où tous mes destins mauvais
S'enfuyaient en riant; tout ce que je rêvais.
Diamants, galions, pistoles, renommée,
Tout à la fois me quitte et s'envole en fumée 1
Mon pourpoint se découd, j'y songe avec effroi.
Oh 1 comme tout à l'heure ils vont rire de moi I
— Oui, si je laisse voir mon malheur, si j'avoue
Ma défaite. Mais si, la rougeur sur la joue,
La moustache sublime et l'air étincelant.
Je sais prendre le front d'Achille ou de Roland,
Quel railleur osera sur moi jeter le blâme?
due de fois un poltron, que de fois, 9 mon âme !
Le courtisan abject et traînant son lien.
Que le maître a chassé durement comme un chien.
Vous font sonner encor leurs éperons dans l'herbe,
Et se tirent de peine avec un air superbe 1
Toujours on trompera les hommes, — ces enfants, —
Si l'on feit résonner les clairons triomphants
Au front tumultueux d'une armée en déroute I
Apercevant les comédiens.
Mais qui vient par ici? Mes compagnons, sans doute, Qjii s'avancent, troupeau misérable et rêvant.