‹ Comédies (volume 2)Chapitre 83 sur 182 · ACTE II, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VII

Ses bras fiers en leurs rébellions Ainsi que les héros ont vaincu les lions ; Elle est rude et superbe, et la bataille obscure A peur du vent de feu qui tord sa chevelure; Mais tout à coup celui qui meurtrit le vautour Et le tigre, le seul victorieux, l'Amour La prend, et fait trembler sa main encore humide. La guerrière devient une femme timide; Ses yeux cruels et froids comme des oiseleurs, Apaisés maintenant, se remplissent de pleurs 1 Dites, ce triomphant passé qu'un souffle emporte. C'est beau, n'est-ce pas ?

FLORISE, d'un ton glacé.

Oui, c'est très beau.

Avec itnpalience.

Que m'importe I

HARDY, stupéfait.

Qpe vous importe 1 Allons, je suis fou. Depuis quand Dédaignez-vous la Muse et son rhythme éloquent. Vous qui jusqu'à ce jour, buvant la poésie.

N'avez trouvé qu'en elle un flot qui rassasie Votre âme ? Pourquoi donc vos yeux sont-ils si froids ? Qpi vous transforme ainsi ?

Vous demandez, je crois.

Depuis quand l'artifice élégant d'un poëme Ne fait plus délirer mes yeux ? Depuis que j'aime. J'aime Olivier d'Atys, ne vous étonnez pas 1 Ahl rien que son murmure ou le bruit de son pas

l66 FLORISE

Mieux que vos vers émus réjouit mon oreille, Et sa voix est le chant dont mon coeur s'émerveille I Vous dites : C'est étrange I elle aime, elle n'est plus Cette comédienne aux vœux irrésolus.

Comme un oiseau railleur chantant la folle gamme De cent amours divers. — Non, je suis une femme I En moi mille pensers nouveaux, comme un essaim, Voltigent. Mon coeur bat et soulève mon sein. Je comprends la forêt charmante qui soupire.

Je suis femme. Je visl Je souâFrel Je respire I Il s'éveille à la fin, ce cœur déshérité, Et sent qu'il vient de naître.

HARDY

Hélas I

En vérité.

Vous me plaignez, ami, d'une voix douloureuse 1 Gardez votre pitié. Merci. Je suis heureuse.

HARDT, avec tristesse^

Hélas! combien de fois, pauvre âme, avez-vous £ùt De tels rêves trompeurs I

Oui, jadis, en effet.

Je crus aimer. Je fus deux jours préoccupée D'une rime galante, ou bien d'un nœud d'épée. Mais, comprenez-moi donc 1 cette fois, je vous dis Qu'ils sont passés, les jours vides, les jours maudits. Et qu'en y resongeant enfin je puis sourire.

Tant leur voile devant mes regards se déchire 1 Poëte, je connais la vraie émotion !

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