‹ Comédies (volume 2)Chapitre 84 sur 182 · ACTE II, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VII

due me fait à présent ta vaine fiction !

Et que m'importe, avec sa bravoure ou ses crimes,

Ta guerrière chantant sa peine en belles rimes,

Qpand mon être, inondé de lumière et de jour,

Brûle de tous les feux d'un véritable amour!

Oui, ce timide enfant, si pur, si fier, si brave.

Je l'aime, et je te dis que je suis son esclave.

du'il est beau 1 Quelquefois, lorsqu'il devient songeur,

A son front pâle monte une vive rougeur,

Et l'enfance, en fuyant, le conseille à voix basse,

Car il en a gardé la pudeur et la grâce 1

Tout à l'heure il était ici, tremblant d'émoi.

Il me parlait avec des mots divins. Et moi.

J'affectais à plaisir un orgueil qui le tue.

Je lui disais : Je suis une froide statue,

Une idole, — et tout bas, je lui criais : Merci,

Merci, je t'aime I

HARDT.

Hélas I Florise, vous aussi, Vous n'étiez qu'une enfant, lorsque j'eus cette fête De vous voir. C'est pour vous que je devins poëte. Je vous aimai, Florise, et vous avez pu voir Alors ma lâcheté, mes pleurs, mon désespoir!

J'ai savouré ce vin amer jusqu'à la lie, Et, quand je vous criais : Je sens que ma folie Misérable n'attend plus rien que du trépas, Qji'avez-vous répondu?

Je ne m'en souviens pas.

HARDY

Vous l'avez oublié? J'ai meilleure mémoire.

l68 FLORISE

Vous m'avez dit : Poëte, allons, songe à ta gloire.

Entre dans la mêlée affreuse d'Ilionl

Chante I Laisse ton vers bondir comme un lion

Ou planer comme un aigle 1 Évoque des ténèbres

Les crimes, dans les plis de leurs linceuls funèbres !

Quoi! chercheur de trésors, que guide un talisman,

Vas-tu te travestir en héros de roman

Courant après l'oiseau Caprice qui s'envole.

Ou te traîner aux pieds d'une femme frivole

Et perdre ton génie auguste à la prier,

Toi qui peux conquérir le rameau de laurier?

Je blasphémais!

HARDY

Non pas. Alors, nymphe sacrée. Vous parliez sagement, et comme une inspirée 1 Et vous disiez encore : Est-ce que nous aimons, Nous autres ? Comme un vol effrayant de démons. Les Inspirations, les Chimères, les Rimes Nous emportent vivants par delà les abîmes Des grands cieux inconnus. Là, nous entrevoyons. Dans un mouvant chaos d'astres et de rayons.

Les Dieux, le grand secret fatal. De sa brûlure La bouche des soleils mord notre chevelure.

Et pleins de l'Infini, palpitants, effarés.

Quand nous redescendons de ces sommets sacrés, Disiez-vous, nous pourrions écouter sans sourire. Nous que vient de bercer là-haut la grande Lyre, Un pauvre amour boiteux, qui, blessé par hasard. Soupire à la façon du Pierrot de Ronsard, Et pour qui le doux Loir garde tout le prestige De ses bergers galants I

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