ACTE III, SCÈNE II
JODELET
Se peut-il?
HARDY
Je médite une chose Favorable au dessein qu'ici je me propose.
Qui sait ? Mon projet doit réussir. Oui, pardieu I Nous n'arracherons pas Florise de ce lieu Où son amour la tient si follement captive; Mais, comme un trait demeure en la blessure vive, Nous pouvons dans son âme, insensible à présent, Lui laisser un regret amer et si cuisant Qu'il la ramènera suivre notre fortune 1 Au moment de partir, je veux ménager une Représentation improvisée ici Devant nos hôtes, sous ces arbres que voici, Mais — sans Florise 1
P Y M A N T E , suivant la pensée de Hardy.
Bien!
HARDY
A cette heure elle oublie Le théâtre et tous les prestiges de Thalie ; Mais quand elle entendra, sous ces feuillages verts, Autour d'elle, éclater la tempête des vers Tragiques, excitant, comme une douce pluie.
Les larmes qu'un instant après le rire essuie Follement, alors comme en écoutant le val Plein du bruit des clairons furieux, un cheval De guerre tout à coup tressaille ; comme Achille Frémit sous des habits de vierge, en son asile, Pour avoir entendu sonner les javelots ;
Ainsi Florise, amis, sentira ses yeux clos S'ouvrir I Vous la verrez, ainsi qu'une pythie, S'éveiller, Pâme en feu, de sa douce apathie Sous l'inspiration qui la ressaisira.
JODELET
Superbe I
ROSIDOR
Parfait 1
HARDY
Oui, ce plan réussira.
Car l'étincelle même allume un incendie 1 Allons, vite, songeons à notre comédie. Mais qui pourra me faire Hippolyte ? Voyons, Lucinde, avec ce front de lys plein de rayons. Sauras-tu me servir, nymphe à la blanche épaule. Es-tu capable, enfin, de bien jouer un rôle ?
LUCINDE
Insolent I
HARDY
Pas trop mal. Cet œil de pleurs baigné 1 Le front hautl Garde-moi ce grand air indigné Et ce cri triomphant de chasseresse auguste.
Sois terrible 1 mais tâche aussi de parler juste, Car c'est pitié de voir tant de comédiens Enfler leurs poumons, faire un grand bruit — pour des riens ! Et pour nous assourdir se mettre à la torture. Sois poétique, avec l'accent de la nature !