‹ Comédies (volume 3)Chapitre 113 sur 229 · Acte II, scène VII. i6g · texte numérisé non relu

Acte II, scène VII. i6g

Dédaignez-vous la Muse et son rhythme éloquent, Vous qui jusqu'à ce jour, buvant la poésie, N'avez trouvé qu'en elle un flot qui rassasie Votre âme ? Pourquoi donc vos yeux sont-ils si froids ? Qui vous transforme ainsi?

FLORISE

Vous demandez, je crois, Depuis quand l'artifice élégant d'un poëme Ne fait plus délirer mes yeux? Depuis que j'aime. J'aime Olivier d'Atys, ne vous étonnez pas ! Ah! rien que son murmure ou le bruit de son pas Mieux que vos vers émus réjouit mon oreille. Et sa voix est le chant dont mon cœur s'émerveille ! Vous dites: C'est étrange! elle aime, elle n'est plus Cette comédienne aux vœux irrésolus, Comme un oiseau railleur chantant la folle gamme De cent amours divers. — Non, je suis une femme ! En moi, mille pensers nouveaux, comme un essaim Voltigent. Mon cœur bat et soulève mon sein. Je comprends la forêt charmante qui soupire. Je suis femme. Je vis ! Je souffre! Je respire ! Il s'éveille à la fin, ce cœur déshérité, Et sent qu'il vient de naître.

HARDY

Hélas !

FLORISE

En vérité, Vous me plaignez, ami, d^une voix douloureuse

Florise.

Gardez votre pitié. Merci. Je suis heureuse.

HARDYj avec tristesse.

Hélas! combien de fois, pauvre âme, avez-vous fait De tels rêves trompeurs !

FLORISE

Oui, jadis, en effet, Je crus aimer. Je fus deux jours préoccupée D'une rime galante, ou bien d'un nœud d'épée. Mais, comprenez-moi donc! cette fois, je vous dis Qu'ils sont passés, les jours vides, les jours maudits, Et qu'en y resongeant enfin je puis sourire, Tant leur voile devant mes regards se déchire! Poëte, je connais la vraie émotion !

Que me fait à présent ta vaine fiction ! Et que m'importe, avec sa bravoure ou ses crimes, Ta guerrière chantant sa peine en belles rimes. Quand mon être, inondé de lumière et de jour, Briile de tous les feux d'un véritable amour! Oui, ce timide enfant, si pur, si fier, si brave. Je ' aime, et je te dis que je suis son esclave. Qu'il est beau ! Quelquefois, lorsqu'il devient songeur, A son front pâle monte une vive rougeur, Et l'enfance, en fuyant, le conseille à voix basse. Car il en a gardé la pudeur et la grâce! Tout à l'heure il était ici, tremblant d'émoi. Il me parlait avec des mots divins. Et moi, J'affectais à plaisir un orgueil qui le tue. Je lui disais : Je suis une froide statue.

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