Acte II, scène VII
Une idole, — et tout bas, je lui criais : Merci, Merci, je t'aime !
Hélas! Florise, vous aussi, Vous n'étiez qu'une enfant, lorsque j'eus cette fête De vous voir. C'est pour vous que je devins poëte Je vous aimai, Florise, et vous avez pu voir Alors ma lâcheté, mes pleurs, mon désespoir ! J'ai savouré ce vin amer jusqu'à la lie Et, quand je vous criais : Je sens que ma folie Misérable n'attend plus rien que du trépas, Qu'avez-vous répondu?
FtORISE.
Je ne m'en souviens pas.
HARDY
Vous l'avez oublié? J'ai meilleure mémoire. Vous m'avez dit : Poëte, allons, songe à ta gloire. Entre dans la mêlée affreuse d'Ilion !
Chante ! laisse ton vers bondir comme un lion Ou planer comme un aigle! Évoque des ténèbres Les crimes, dans les plis de leurs linceuls funèbres! Quoi ! chercheur de trésors, que guide un talisman. Vas-tu te travestir en héros de roman Courant aprcs l'oiseau Caprice qui s'envole, Ou te traîner aux pieds d'une femme frivole Et perdre ton génie auguste à la prier. Toi qui peux conquérir le rameau de laurier ?
Flo7-isc.
FIO RI s E.
Je blasphémais!
H ARD y.
Non pas. Alors, nymphe sacrée, Vous parliez sagement, et comme une inspirée! Et vous disiez encore : Est-ce que nous aimons, Nous autres? Comme un vol effrayant de démons. Les Inspirations, les Chimères, les Rimes Nous emportent vivants par delà les abîmes Des grands cieux inconnus. Là, nous entrevoyons, Dans un mouvant chaos d'astres et de rayons, Les Dieux, le grand secret fatal. De sa brûlure La bouche des soleils mord notre chevelure. Et pleins de l'Infini, palpitants, effarés. Quand nous redescendons de ces sommets sacrés, Disiez-vous, nous pourrions écouter sans sourire. Nous que vient de bercer là-haut la grande Lyre, Un pauvre amour boiteux, qui, blessé par hasard, Soupire à la façon du Pierrot de Ronsard, Et pour qui le doux Loir garde tout le prestige De ses bergers galants !
FLORISE
Je basphémais, te dis-je.
Et quant à ces mots-là, s'ils t'ont persuadé. C'est que u n'étais pas, comme moi, possédé, Et que tu n'avais pas en toi senti descendre Le feu victorieux qui réduit tout en cendre.
HARDY
Florise, il faut partir. Ce désir qui vous mord,