‹ Comédies (volume 3)Chapitre 132 sur 229 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

FLORISE

Qui le saura, mon cœur, si tu ne le sais pas? Soupires-tu déjà pour tes anciennes chaînes. Ou bien est-ce la vie heureuse sous les chênes Oli, lassé désormais, tu trouves des appas?

Hardy ! — Comme en sa voix la tempête murmure ! Tandis qu'il me parlait, je tressaillais, brûlant De ressaisir la torche et le couteau sanglant, Comme un guerrier pensif qu'éveille un bruit d'armure

Celui-là, c'est un homme ! — Il porte dans ses yeux L'appétit du triomphe et de la lutte amère. Il t'a domptée, ô Muse ! ô fuyante Chimère, Tu cèdes sous l'effort de son poing furieux.

Florise.

Il est mon maître! Et moi, je ne sais si je l'aime

Et si je pleurerai sur ma témérité,

Mais, en fuyant d'ici comme un aigle irrité,

Je sens bien qu'il emporte une part de moi-même!

Et cependant, ruisseaux, bosquets silencieux, Je ne saurais vous fuir, abris oîi croît la mousse. Ni toi, cher Olivier, jeune homme à la voix douce. Près de qui je m'oublie à regarder les cieux.

Florise, de ton sort admire l'ironie Et ne demande pas conseil aux antres sourds ! Il te semble, incertaine entre ces deux amours, Que l'un est ton bonheur et l'autre ton génie.

Comment déciderai-je où s'en iront mes pas! Est-ce vers cet enfant, ou dans le bruit sonore, Vers le théâtre et vers ses combats que j'adore? — Qui le saura, mon cœur, si tu ne le sais pas?

Lis en toi-même, ou crains que l'on ne te méprise, Et choisis ton destin !

Olivier entre avec Hardy cl Cèliilc'e.

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