Scène IV
Traître! — Tu vois qu'avec sa justice ordinaire Le maître t'y contraint. Ne fais pas l'étonné.
MERCURE
Tu te trompes. Là haut Jupiter a tonné Pour réclamer sa pomme. En cette conjecture, Je pouvais, en offrant à Junon ta ceinture, Désarmer sa. colère avec ce riche don, Mais il ne me plaît pas d'obtenir mon pardon !
VÉNUS
Quoi !
MERCURE
Règne. Sois heureuse en ce riant asile. Moi, je cherche la brume et l'oubli. Je m'exile.
V KNUS.
Pourquoi donc?
M ERCU RE.
Mon malheur n'est rien, mais tu l'accrois En ne voulant pas croire à mon amour !
VÉNUS, tendant ses mains à Mercure.
J'y crois !
MERCURE
Vrai?
VÉNUS
Vrai, Mercure.
MERCURE
Eh bien ! non ! Ce trait me désarme.
262 La Pomme.
Entends-moi. J'aurais tout donné pour une larme "*
D'Hcbé. Mes vœux, mes pleurs, mes récits, mes tourments,
Rien n'était vrai. Depuis ce matin, je te mens
Comme un soleil d'avril ! je te volais, parjure.
Ta pitié douce, après t'avoir pris ta ceinture.
C'est assez de mensonge et de vol en un jour,
Cypris,
Avec l'accent de l'amour vrai.
Je ne veux pas te voler ton amour !
Allons, tu mens encor !
MERCURE
Moi?
VÉNUS
Dans ce moment même.
Tu mentais ce matin en me disant : «Je t'aime, » Mais l'amour invisible est toujours sur tes pas, Et tu mens en disant que tu ne m'aimes pas !
Elle donne à Mercure un soufflet amical. Innocent ! — Mieux que toi j'ai vu sous tes paroles Tout ce que tu pensais. Qui te dit que tu voles Ce que je donne ? Vois t
MERCURE, tombant agenouillé aux pieds de Vénus. Ta lèvre me sourit !
Tu pardonnes!
VÉNUS
Vénus aime les gens d'esprit.