Acte II, scène III
UlYSSEj continuant la conversation précèJente. Qui peut dompter l'éclair et défier l'orage? ACHILLE, avec une ironie méprisante.
Ce n'est pas la colombe, à coup sûr !
ULYSSE, las à Diomède. — Lui montrant Achille.
Vois sa rage, Cher Diomède. Achille est dans ma main. Je l'ai.
D EÏ D A M I A, las à Achille.
Contiens-toi.
ACHILLE, sans l'entendre. A Ulysse.
Pour un roi, tu n'as pas bien parlé.
Que cet Hector, suivi de tous les Priamides, Effraie au bois les cerfs et les lièvres timides, Et les rois trop prudents aussi, je le veux bien ! Mais, qui sait? on peut voir un héros Argien Qui, pour forcer Hector à garder le silence, Saura dans le combat le frapper de sa lance. Ou qui le percera de son dur javelot.
Si bien qu'alors peut-être, avec un long sanglot, Attirant les hiboux et les corbeaux funèbres, Son âme de héros fuira vers les ténèbres, Et que dans son sang noir de nos cœurs exécré Le sol rouge et fumant sera désaltéré !
Achille, dans son transport, saisit une coupe pleine, et avidement la vide d'un trait.
ULYSSE, bas à Diomède.
Vois comme cette vierge, en sa fureur virile,
jo(î Deïdamia,
A vidé cette coupe énorme. C'est Achille I
DEÏDAMIA, à ses sœurs, leur montrant Achille,
Attention, mes soeurs, il se trahit.
Haut, et reprenant le mouvement même des paroles d'Achille.
Alors On verra ce vainqueur dans la foule des morts Traîné par des chevaux !
Elle prend une coupe et la vide d'un'^trait, comme a fait Achille.
THO É, de même.
Et dans la fange impure Ses armes traîneront avec sa chevelure!
Elle prend une coupe et la vide d'un trait.
D I o M È D E, bas à Ulysse.
Vois donc! Mais c'est un autre Achille!
2 F. u X o, de même.
Et sous les murs
Ses jours seront fauchés comme des épis miirs !
DIOMÈDE, bas à Ulysse.
Elle aussi ! comme l'autre, elle a vidé la coupe!
PERSÉIS, de même.
Alors les chiens hideux et les corbeaux par troupe Viendront, et le héros, sur les cailloux grossiers, Servira de pâture aux oiseaux carnassiers!
Elle prend une coupe, la vide d'un trait et la remet sur la table. Les Servantes de Lycomède entremit et emportent le cratère et les coupes, en même temps que les Compagnons d'Ulysse et de Diomède paraissent au, fond de la scène, portant un grand coffre peint de couleurs brillantes.