C EL ID EE
Oui, parfois On le dit encor. Mais cachée au fond des bois, Timide pour vous seul, j'employai mon étude Constante à faire autour de nous la solitude. Enfermée avec vous en ce château d'Atys, Je vous y vis grandir et croître, comme un lys Dont on garde la fleur délicate et charmante. Sans avoir le temps d'être épouse et d'être amante, Je vécus; ma jeunesse a fui comme un flot d'or: Que m'importait ! j'avais conservé mon trésor !
OLIVIER, baisant la main de Célidée.
Chère âme, vous avez, plus tendre qu'une mère, Sacrifié pour moi la jeunesse éphémère, La liberté, l'amour, tous les biens enviés !
CÉLIDÉE.
Que me fait tout cela, pourvu que vous viviez ! Pourvu que vous soyez heureux!
OLIVIER
Oui, je veux vivre!
Dans le tumulte et dans le bruit qui nous enivre. Je veux près de mon front sentir le vent du fer !
CÉLIDÉE.
Hélas !
OLI VIER
Je veux avec le frissonnant éclair Courir où le drapeau flotte, où le clairon sonne.
(1(5 Florise.
Le roi Henri, dit-on, va combattre en personne; Il est tout près de nous, à Tours. Or, j'ai souci D'aller, sans perdre temps, lui dire: Me voici, Te me nomme Olivier d'Atys.
CÉXIDÉE.
La belle flamme!
Allez donc^ et soyez brave.
OLI VI ER
Mais quoi ! chère âme, Vous pleurez !
Oh! le sang d'Atys est bien vermeil, i>îous le savons, et veut paraître au grand soleil Quand la guerre en hurlant déchaîne sa fanfare ! Je ne vous dirai pas, ami, d'en être avare; Mais moi ! je resterais seule, n'ayant rien eu En partage, en ce vieux château désert et nu Regardant l'avenir vide et le passé vide. Et sans cesse cherchant à voir d'un œil avide Où seraient dispersés les débris de mon cœur!
Non pas, je reviendrai brillant, heureux, vainqueur. Célèbre, et celle à qui je dirai : Je vous aime, Sera fière. Oh! l'Amour! je crois le voir lui-même, Ce tyran de nos cœurs, triste et délicieux, A cette neure deux tois charmante au front des cieux Où le brillant matin dans la pourpre se lève!