ACTE II, SCÈNE III
Par le vent qui dénoue en pleurant tes cheveux ! Fleur du cruel hiver, Nymphe auguste, je veux Qu'à ton tour, sur les monts éblouissants de neige Tu frissonnes, en proie au tourment qui t'assiège, Et que dans les déserts tu pleures à ton tour, Chasseresse éperdue et tremblante d'amour!
On voit la nuit tomber à demi, et le paysage s'effacer peu à peu.
Mais la nuit vient. Au fond de la voûte azurée
L'aile sombre du soir s'étend démesurée,
L'ombre cache en croissant les pieds des arbrisseaux,
Et je vois à la fois au ciel et sur les eaux
Où son brillant reflet d'argent tressaille et passe ;
L'arc de ma bien-aimée étendu sur l'espace I
Je t'en conjure, 6 Nuit suave, qui descends
Sur les coteaux parmi les feux incandescents I
Vous, lacs transis, moirés de sinistres lumières,
Je vous conjure, et toi qui ris dans les clairières,
Grande Nature, abri du chasseur indompté,
Obéis-moi! Qu'un air chargé de volupté
Vole, et répande avec de magiques paroles
Le même embrasement, des ailes aux corolles !
Que tout aime !
Détachant la flûte pendue à son cou.
Silène, heureux magicien, Assembla ces roseaux selon son art ancien. La Nymphe que les bois nomment avec mystère Accourra par reflet d'un charme involontaire Au son de cette flûte. Éveillons ses accords. •
Éros s'assied sur un banc de pierre, et joue sur la flûte de Silène un chant rêveur et passionné, auquel répond un bruit lointain de cors, presque étouffé. Puis il prête l'oreille et écoute attentivement.
Rien. Là-bas c'est le bruit faible et mourant des cors. Éros reprend sa flûte et continue le chant commencé.
tROS.
Je puis te consoler.
GN1PHON, avec amertume.
Merci!
Désarme ta Diane, objet de ton souci.
Laisse-moi.
Si pourtant je cède à tes reproches?
GNIPHON. '
Point d'affaire. Je crains les présents de tes proches*. J'ai voulu voir de près les Dieux, je m'en repens, Et je retourne avec les loups et les serpents. Pourquoi me voudrais-tu du bien? Quel est mon crime? Celle qui t'a chassé du grand festin sublime, C'est Diane. Ce bois farouche est ma prison. Donc, *e me verse pas ton miel et ton poison. ' Lâche Amour, si tu veux, chérir ce qui t'abhorre, Retourne au bois, leurs cris y résonnent encore, Et suis parmi l'horreur du meurtre et du trépas Celle qui pour te fuir précipite ses pas. Ta Déesse a la haine au cœur bien affermie : Va la fléchir I Ilsort.