‹ ComédiesChapitre 146 sur 271 · SCÈNE IY · texte numérisé non relu

SCÈNE IY

VÉNUS-

Tu sais, ami, le jour qu'où nous délaisse, (Test nous, nous qui pleurons un moment de faiblesse! Quitte-moi. J'ai besoin du calme hienfaisauL Un jour, — quand je serai plus forte qu'à présent, — Nous nous retrouverons tons deux îissis là!

MERCURE, s'aBsey&Bt sur le lit île repos et attirant Véaoi près de lui.

Gomme Nous y voici.

Tendant la main.

Rends-moi ma pomme*

VÉNUS, feignant l'étonnement.

Quelle pomme?

MERCURE

La pomme qu'admiraient tes regards curieui, Ce matin!

Tendant la main.

Rends-la-moi.

VÉNUS, feignant une extrême surprise.

Quoil C'est donc sérieux 1 Ce joujou, cette — pomme, oui, je l'ai souhaitée, Ayant cru que, par jeu, tu l'avais apportée Comme un amusement, pour divertir mon fils Aux cheveux d'or, qui rit là-bas parmi les lysl Puisque c'est sérieux...

MERCURE

Très-sérieux.

VÉNUS, à part.

Que dircf?:

Haut, d'une voix très-caressante. .

Puisque tes beaux serments, ton amour, ton délire,

Tout ce que tu voulais, tout ce que je rêvais Te laisse du loisir pour la pomme...

MERCURE, un peu honteux.

Oht

VÉNUS, voulant gagner du temps.

Je vais La chercher.

MERCURE, à part.

Tout de bon? Elle va me la rendre?

Mais ce n'est pas mon compte I

Haut.

Attends...

VÉNUS

Que sert d'attendre ?

Tu reprendras ce qui t'est dû, mais, en retour, Ne me viens plus après parler de ton amour.

MERCURE, confus.

Si je...

VÉNUS

Tout est fini. Tu quitteras Cythère.

MERCURE, à part.

Vaincu! •

Par hasard, U baisse les yeux vers la terre, et aperçoit tout à coup les pépins de la pomme que Vénus y a jetés. — Avec la joie du triomphe.

Dieu! ces pépins qu'elle a jetés à terre 1 Elle a croqué la pomme !

Haut, d'un ton patelin.

Oh ! Cypris, n'y va pas.

C'est inutile.

VÉNUS

Mais...

slkne iv. 273

Superflus,

MERCURE-

Épargne-toi des pas

YÉNU9.

Je veux voir où Ton aura pu mettre Cette pomme 1

MERCURE, ramassant par terre les pépins de la pomme et les montrant à Vénus.

Voilà qui pourra te permettre De ne pas la chercher dans l'herbe, — ou sous les pins!

VÉNUS, confondue.

Ah!

MERCURE

Vois-tu?

VÉNUS, faisant semblant de ne pas savoir ce dont il s'agit.

Qu'est cela?

Les pépins.

' VÉNUS

Les pépins I

MERCURE

Eux-mêmes. — Si la pomme à Junon adjugée Ne se trouve pas, c'est...

VÉNUS

C'est?...

MERCURE

Que tu l'as mangée !

VÉNUS, tranquillement.

Eh bien?

MERCURE

Comment? Eh bien ! — Sais-tu que pour avoir Devant tes yeux de flamme oublié mon devoir, /

ir't Là POMME.

Je puis être exilé dès demain, dans des sites Fort tristes, par-delà l'univers, chez les Scythes! Il se peut que, malgré mes soupirs éloquents, Je sois, comme Vulcain, jeté sous des volcans, Où que, m'assimilant à Phébus, on m'admette A garder les moutons comme lui, chez Admet el

VÉNUS

Oh ! pauvre Mercure !

Oui, pauvre Mercure I — Mais Aussi, pauvre Vénus ! Écoute, je t'aimais, C'est vrai; mais ne crois pas que, seul, sous des^ieux mornes Je m'exile. Après tout, là clémence- a des bornes»

VÉNUS

Comment?

MERCURE

C'est assez clair. Tu m'as fait nn serment Terrible, par le Styx, et nécessairement Tu prendras la moitié du châtiment 1 L'espace Devant nous est ouvert.

VÉNUS

Non, grâce!

MERCURE

Pas de grâce.

Ah! tu manges ainsi nos pommes! Tu me fais Exiler pour payer le prix de tes forfaits, Et tu crois que je vâi9 partir avec ma flûte, Calme et gai, sans vouloir t'entrainer clans ma chute 1 La Scythie, où les froids sont fort invétérés, Çst un pays aimable, et vous en tâterez.

VÉNUS

Grâce 1

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