‹ ComédiesChapitre 207 sur 271 · ACTE TV, 9GÈNË III · texte numérisé non relu

ACTE TV, 9GÈNË III

Oui, nous sommes ainsi* Quelquefois, ô Nature ! Nous rêvons dun s ton sein L'ombre, la vie obscure, Lfig devoirs accomplis auprès d'un gai fuyer; tinta que notre astre errant se mette à Ihiiiihoyer, Que g&s ubts&gg au vol élincclant, les Umie*!

igsçai Mi diaiitrniL parmi les vers sublimes, Que le Draine se levé o*. nous àlH : C'est moi 1 Nous Je suivons, ce Dieu, notre amant, notre roi ! Le reste, — le foyer, les baisers d'une mère, Les enfants, — tout cela, pour nous c'est la chimère!

S'exaltant.

L'art est une patrie aux grands cieux éclatants Où vivent, en dehors des pays et des temps, Les élus qu'il choisit pour ses vivantes proies; Et ceux-là, donnez-leur vos demeures, vos joies, Tous les honneurs, toujours leurs cœurs inconsolés Pleureront, car ils sont chez vous des exilés !

OLIVIER

Florise ! quel démon vous aveugle? — Oh ! je pleure, Tenez! Vous'me disiez vous-même, tout à l'heure, Ici, que vous m'aimiez! — Non, vous ne pouvez pas Me quitter, quand mon âme est clouée à vos pas. Florise, votre amour est à moi I — Je l'exige. Il me le faut.

FLORISE

Enfant ! Vous le voulez ! Que puis-je Pour vous, moi vagabonde? Et qu'est-îl de commun Entre vous et moi? llien. Le sauvage parfum Qui vient des bois m'enivre, et je suis de la race De ces bohémiens qu'une chaîne embarrasse ! Être semblables, vous et moi ! Nous l'essaierions Vainement. Vous disiez : Fuyez ces histrions ! Eh bien ! je ne peux pas les quitter, je suis faite Comme eux pour obéir au souille du poëte.

370 FLOÏUSE.

Ils sont mon sang, ils sont ma chair même. Je veux Comme eux que l'Aquilon souffle dans mes cheveux; J'ai besoin d'écouter l'éloquence magique De la Muse parlant avec sa voix tragique; Je le suivrai toujours, ce clairon belliqueux Dont le cri les transporte} — et je pars avec eux !

OLIVIER

Non, Florise ! Mon front se brise. — Oh! la folie 1 Ne m'abandonnez pas ainsi, je vous supplie, Ou laissez-moi d'abord mourir à vos genoux !

FLORISE, avec attendrissement, mais d'une voix ferma Tous ces lâches regrets sont indignes de nous. Ne nous obstinons pas, d'une âme si frivole, A vouloir retenir un rêve qui s'envole; Mais plutôt laissons voir,, par nos efforts sacrés, Que cet instant d'amour nous a transfigurés ! On fait la guerre : allez combattre ! — Soyez brave Comme il sied à celui qui s'est dit mon esclave Pendant un jour; et si l'Art, mon maître et mon Dieu, Veut embraser ma lèvre à son charbon de feu Par la mâle splendeur de quelque renommée Je serai digne aussi que vous m'ayez aimée. A vos premiers accents mon être a tressailli, "Et je les savourais d'un cœur enorgueilli, Si, vouée à ce Dieu des paroles vivantes Qui m'a choisie et mise au rang de ses servantes, Je n'eusse appartenu, porte-flambeau du jour, A quelque chose encor de plus grand que l'amour ! Vivez. Moi je retourne à mes courses errantes; Et quand, tenant des lys dans ses mains transparentes, Loin du seuil de la vie où je vous ai laissé Le fantôme charmant qu'on nomme le Passé M'apparaîtra, gardant vos traits que rien ne change, Il aura la jeunesse et la fierté d'un ange !

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