SCENE VIII
DEÏDAMIA, ACHILLE.
DEÏDAMIA.
Et maintenant, veux-tu? pardonne-leur.
Iphis, mes jeunes sœurs ont des têtes frivoles, Mais ne te souviens pas de leurs vaines paroles. Sois bonne. Je sais bien qu'elles n'auraient pas dû Te quereller ainsi.
ACTK I, ^rÈNR VIIT, 399
ACHILLE
Je n'ai pus entendu Ce qu'elles disaient! car de leurs lèvres merveilles Tandis que s'enfuyaient ces murmures d'abeilles, Comme de gais oiseaux voltigent sans effroi, O Deïddmia, je ne voyais que toi I J'admirais tes yeui fiers et ta candeur insignej Ton col ilexible et pur comme celui d'un cygne, Et ces lèvres en tieur, douces quand tu le veu.\, Belle Nymphe, et le lourd trésor du tes clieveux Qu'éparpille le vent caressant et rebelle!
UEÏlJAlliA,
Quoi 1 chère âme, est-il vrai que tu me trouves belle?
ACHILLE
Plus qu'Aphrodite au sein mystérieux des flots, De la mer amoureuse apaisant les sanglots. Et brillant sous l'azur comme un astre sans voiles! Plus que la Nuit au front environne d'étoiles!
DEÏDAMIA, s" asseyait.
Et toi, n'es-tu pas belle aussi! Le sang divin Dans tes veines d'azur ne coule pafl en vain, Et, comme le rayon qui ride l'oïide obscure, La grâce de Thétis rit dans la cuevelure, Qui sur ton cou hnmi déroule ses tloU d'orl
ACHILLE, amoureusement.
Deïdamiai
DEÏDA111A.
Viens ici. Plus près en cor.
Je veux baiser ce front de guerrière indocile, Ipliis!
Achille s'agenouille devant Deïdanna, qui le baise a a front.
400 DJCÏîi.wtiA.
ACHILLE, se relevant. — Avec transport
Je ne suis pas Iphis! Je suis Achille 1
DEÏDAMIA.
Dieux !
ACHILLE
Oui, je suis ce chef choisi par le Destin Pour ahattre Ilios, et qui, dès le matin De ma vie, entouré de'mille funérailles, Dois tomher dans ses champs et devant ses muraille». Pour éloigner ce jour qui cause son souci, Ma mère près de toi vint me cacher ainsi, Et certes j'aurais fait des choses encor pires Pour vivre, fût-ce un jour, dans Pair que tu respires I Mais à présent que sous le ciel, pour m'embraser, Ta rouge lèvre a mis sur mon front ce baiser, Je courrai vers la Mort pourprée, altéré d'elle! Car quel rêve atteignant les astres d'un coup d'aile, Vaudrait pour moi l'instant céleste où, dans ce lieu, Ta bouche avec son souffle adoré m'a fait Dieu! Oh! que les Lyciens, que tous les Priamides Viennent, précipitant leurs pas de sang humides, Et que je voie autour de mon front souverain Le grand vol 'furieux des javelots, d'airain! Qu'un tas de guerriers morts devant moi s'épaisisse, Et tombant à mon tour, que la Moire obscurcisse Mes yeux, dans ce tumulte et parmi ces rumeurs !
DEÏDAMIA, défaillante. Avec amour.
Ne parle pas ainsi, car si tu meurs, je meurs.
t ACHILLE, transporté de joie.
Qu'entends-je?
DEÏDAMIA.
A l'heure même où nous nous rencontrâmes, Le même trait de flamme a brûlé nos deux âmes.