‹ ComédiesChapitre 23 sur 271 · ARISTOPHANE, THALIE, XANTHIAS, ÉGLANTINE · texte numérisé non relu

ARISTOPHANE, THALIE, XANTHIAS, ÉGLANTINE

ÉGLANTINE, entrant, à Aristophane.

Monsieur....

ARISTOPHANE

Mademoiselle...

ÉGLANTINE

On me nomme Églantine.

J*ai la taille cambrée et l'allure mutine, Et les Parisiens ne sont pas encor las De me voir en été valser sous les lilas

28 LE FEUILLETON D 'àRI S T O PHAN E.

D'Asnières, de Mabille et de la Closerie. Or, je viens, réclamer de votre seigneurie Un service...

ARISTOPHANE

Un service?

ÉGLANTINE

Un but intéressé M'amène ; j'ai pour vous un goût presqu 'insensé, Et je viens sans pudeur quêter un grand article, De ceux que l'on traduit dans le Morning-Chroaicle Pour Tébahissement de Londres.

ARISTOPHANE, à part.

Il paraît Qu'on me traduit !

Haut.

Madame, à quelle affaire ont trait Vos réclamations?

ÉGLANTINE

11 s'agit d'industrie.

XANTHIAS, regardant Églantin*.

L'usine est attrayante !

ARISTOPHANE

Allons, paixl

ÉGLANTINE

Je vous prie De vanter notre plan. Pour quelques millions Dépensés à Paris en faveur des lions, Nous allons entourer d'un rail-way circulaire Les sites où l'amour dicte un vocabulaire ! Notre cbemin de fer que tout un peuple attend, Portera de Passy jusqu'à Ménilmontant Le public, et fuyant sous les collines bleues, Les nuits de bal, joindra la polka des banlieues 1

la îiKVtie, scèm: vu. ë$

Nous offrons aux martyrs de l'antique omnibus

Le Pégase effrayant lancé comme un obus,

Et notre cantonnier a proscrit la pataclie •

Des pays qu'a sacrés Troussard après Moustache !

Oasis où Boileau chanta dans son fauteuil,

Tivoli de Molière et de Musard, Auteuil,

Nous pourrons sous tes bois pénétrer les dimanches

Dans un large wagon propice aux robes blanches,

Nous suivrons plus gaiement l'éternel festival

Que la verdure et l'eau donnent à Bougival,

Et nous découvrirons plus vite à Batignolles

Les nymphes dont Paris fera des espagnoles.

C'est dit, vous m'assurez ma réclame?

ARISTOPHANE

Oui, vraiment 1 L'affiche est séduisante et le projet charmant! Ah! nos Athéniens auraient cru l'Empyrée Sur terre, si jadis pour descendre au Pirée, Pour aller du Pœcile aux fêtes d'Eleusis, • La vapeur eût aidé Périclès et Laïs, Et consolé l'ennui des stoïques moroses En les jetant soadain parmi les lauriers-roses!

• f XANTHIAS.

Mon maître eût plus souvent dîné sous le mûrier Qui protège au faubourg son père l'armurier, Et partant j'aurais pu, moi, sur tes nobles rives, Ilissos, plus souvent aller chasser les grives I

THALIE

N'aurez-vous pas fini bientôt de parler grec •

A cette enfant?

ÉGLANTINE, à Thalie.

Merci.

A Aristophane.

J'ai vingt ans. Née au Pecq, *** 3.

30 LE FEUILLETON D ' ARISTO l'fl AMÏ,

Je veux, quanti finira ma carrière bourgeoise, N'avoir jamais franchi les limites de l'Oise! Athènes! Vous l'aimez et je l'estime aussi : Seulement, cher monsieur, Athènes, c'est ici! Les souvenirs lointains où votre esprit s'égare, Vous les retrouverez en allant d'une gare Jusqu'à l'autre, en wagon ! Demandez au marin Qui puisa dans le Nil, qui fut le riverain Du Gange, et qui vécut parmi la grande horde : Son cœur préfère à tout le pont de la Concorde, Car, au-dessus des quais où le gaz met son feu, La lune dort plus blanche au fond du ciel plus bleu l

XANTHIAS, exalté et lutin ant Églantine.

Car ici, pour la soif des amoureux arides, Vous cultivez on cor les fruits des Hespérides!

ÉGLANTINE, le repoussant, à Aristophane.

Votre valet de chambre est femilier ! Je pars, Et je vais visiter vos confrères, épars Dans la ville. Excusez, monsieur, mon babillage, Et prenez ces billets pour le premier voyage!

Elle dépose sur la table un paquet de billets, et va pour sortir* Aristophane l'arrête.

ARISTOPHANE

L'accorte créature ! elle me fait rêver A la patrie 1

THALIE

Ami, crois-la ; tu dois trouver L'Hellade et ses splendeurs dans la ville où nous sommes, Fille du dieu Travail et mère des grands hommes l

LA Il EVITE. 3CKNE Vil. 31

Comme elle sourit la noble Cité !

Et comme avec foi, dans sa majesté

De mère féconde, Elle s'éblouit des fronts triomphants, Des esprits vainqueurs de ses beaux enfants,

Souverains du monde!

Elle réunit pour tous les combats L'escadron sacré des vaillants soldats

Et des doux poètes ; Car au son des luths, au son des tambours, Paris obstiné travaille toujours,

Même dans ses fêtes !

Dieu, pour accomplir les desseins secrets, Avec des jardins, avec des forêts

Lui fit sa ceinture, Et là, l'univers qui songe à demain, Voit comment l'effort du labeur humain

Finit la nature !

D'un élan sublime et religieux,

Dans ce temple où tout est prodigieux,

Mon Aristophane, Atteins l'idéal que n'ont eu jamais Les divins chanteurs que pourtant j'aimais

Dans l'âge profane!

ARISTOPHANE

Oui, tout me semble grand et merveilleux ici,

Montrant Églantine.

Et cette enchanteresse est une Muse aussi.

XANTHIAS, dévorant des yeux Églantine.

Je saurai sur quel mode elle accorde sa lyre !

32 LE FEUILLETON b* AIUàT (1 PH ANC.

ÉGLANTINE, à Aristophane.

Adieu, cher feuilleton !

ARISTOPHANE

Au revoir, cher sourire !

Églantine sort avec Thalie, suivie de Xanthias, qui raccompagne avec mille galanteries. Aristophane, qui a escorté Thalie et Églantine, revient vers son fauteuil. 11 est appréhendé par Tabarin, qui est entré à pas de loup par la gauche.

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