‹ ComédiesChapitre 234 sur 271 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

LYCOMÈDE, ULYSSE, DIOMÈDE, ACHILLE, DEÏDAMIA, THOÉ, ZEUXO, PERSÉIS, puis des Compagnons d'Ulysse.

DIOMÈDE, aperoevant les Princesses et Achille! A Lycomède.

Clairs regards! cheveux d'or! fronts de neige!

ULYSSE, bas à Dioraède.

Allons, c'est à présent qu'il faut tendre le piège. Je veux que cet Achille introuvable, s'il est Parmi les vierges, reste aux mailles du filet. Mais, ami, parle-leur d'abord, je tends mes toiles.

DIOMÈDE, aux Princesses et à Achille, qui se sont approchés.

Comme on voit dans les cieux un groupe clair d'étoiles Illuminant le front sinistre de la Nuit, De même une lueur vous précède et vous suit, Princesses, et vos fronts ont des clartés d'aurore.

DEÏDAMIA.

0 Rois, vos noms partout fameux, qui les ignore? Ulysse et Diomède, illustres, sans rivaux, Encor pleins de jeunesse, ont fait mille travaux Dont Hellas est l'ardente et flère spectatrice. La Déesse aux yeux clairs, Pallas dévastatrice Dans les combats sanglants vous mène par la main, Paisse-t-elle bientôt, vous ouvrant un chemin Vers les murs d'Ilios, en faire votre proie l

ULYSSE, d'un ton affligé.

Vœux stériles ! .

Comment?

DEM) A }.UÀ.

x ■ ULYSSE.

Dompter la grande Troie, Nourrice de chevaux ! Fou qui l'espère encor !

LYCOMÈDE, de plus en plus surpris.

Pourquoi donc?

ULYSSE

Les Troïens ont pour leur chef Hector.

Eh iilQD?

ULYSSE

Qui veut combattre Hector court à sa perte.

LYCOMÈDE, indigné.

L'ai-je bien entendu ! C'est le fils de Laërte Qui nous parle ainsi !

ULYSSE

Roi, comment le vaincre, lui Cet invincible? Ainsi dans le ciel ébloui La foudre éclate, et sur les collines prochaines L'ouragan furieux déracine les chênes, Tel le farouche Hector envoie au fleuve noir Les guerriers et les chefs.

ACHILLE, dont la colère a grandi pendant le discours d'Ulysse, et qui, ne pouvant plus se contenir, éclate enfin.

C'est ce qu'il faudra voir!

DEÏDAM1A, prenant Achille à part.

Souviens-toi de ce que tu m'as promis.

ACHILLE, bas à Deïdamia.

Chère âme, Je m'en souviens! Trembler comme la Peur infâme, C'est facile, et j'y puis réussir aussi bien Que cet Ulysse au cœur de lièvre.

ACTG H, *t:&NB JII. ,» 413

DEÏuAlILA, avec tn mire a se,

Ne dis rienl

ULYSSE, continuant la conversation précédente.

Qui peut dompter l'éclair et défier l'orage ?

ACHILLE, avec une ironie méprisante.

Ce n'est pas la colombe,/à coup sûr !

ULYSSE^' bas à Diomède.— Lui montrant Achille.

Vois sa rage, Cher Diomède. Achille est dans ma main. Je l'ai.

DEÏDAMIA, bas à Achille.

Contiens-toi.

ACHILLE, sans l'entendre.— A Ulysse.

Pour un roi, tu n'as pas bien parlé.

Que cet Hector, suivi de tous les Priamides, Effraie au bois les cerfs et les lièvres timides, Et les rois trop prudents aussi, je le veux bien l Mais qui sait ? on peut voir un héros argien Qui, pour forcer Hector à garder le silence, Saura dans le combat le frapper de sa lance, Ou qui le percera de son dur javelot, Si bien qu'alors peut-être, avec un long sanglot, Attirant les hiboux et les oorbeaux funèbres, Son. âme de héros fuira vers les ténèbres, Et que dans son sang noir de nos cœurs exécré Le sol rouge et fumant sera désaltéré î

Achille, dans son transport, saisit une coupe plein*, et avidement ia vide d'un trait.

ULYSSE, bas à Diomède.

Vois comme cette vierge, en sa fureur virile, À vidé cette coupe énorme. C'est Achille !

418 DimiAurA,

DEÏDAMIA, à ses sœurs, leur montrant Achille.

Attention, mes sœurs, il se trahit.

Haut, et reprenant le mouvement même des paroles d'Achille.

Alors On verra ce vainqueur dans la foule des morts Traîné par des chevaux I Elle prend une coupe et la vide d'un trait, comme a fait Achille. THOÉ, de même.]

Et dans Ja fange impure Ses armes traîneront avec sa chevelure 1

Elle prend une coupe et la vide d'un trait. DIOMÈDE, bas à Ulysse.

v :i donc ! Mais c'est un autre Achille 1

ZKUXO, de môme.

Et sous les murs Ses jours seront fauchés comme des épis mûrs !

DIOMÈDE, bas à Ulysse.

Elle aussi ! comme l'autre, elle a vidé la coupe ! PERSÉIS, de même.

Alors les chiens hideux et les corbeaux par troupe Viendront, et le héros, sur les cailloux grossiers, Servira de pâture aux oiseaux carnassiers ï

Elle prend une coupe, la vide d'un trait et la remet sur la table. Les Servantes de Lycomède entrent et emportent le cratère et les coupes, en même temps que les compagnons d'Ulysse et de D <•mède paraissent au fond de la scène, portant un grand coure pcia; de couleurs brillantes.

DIOMÈDE, bas à Ulysse.

Eh bien, quel est le sort de tes ruses subtiles?

ULYSSE, à Diomède.

Je m'y perds! Nous n'avons ici que des Achilles,

Page 1