SCÈNE Vil
Pouvant si je suis sûr qu'une telle merveille Restera sans rivaje et nTa pas sa pareille, Et qu'avec son ériat frissonnant et riant On pourrait acheter les trônes d'Orient, Ce n'est pas pour si peu de chose que j'attache Un prix inestimable à sa splendeur sans tache*
CLEO PATRE, avec curiosité.
Quel est donc ce joyau divin?
ANTOINE
Quand mon aïeul Bacchus alla jadis conquérir l'Inde, seul Guerrier, mais au "bruit des cymbales effrénées Emmenant un troupeau de femmes forcenées Qui, chantant les raisins, livraient aux vents plaintif* Leurs chevelures d'or ceintes de serpents vifs, La déesse du Gange aux flots bleus, amoureuse Du dieu, lui fit présent de cette perle heureuse, Talisman qui soumet les flots mélodieux, Et qui fait obéir la Victoire et les Dieux Et la tempête, en vain dans les cieux révoltée.
CLÉOPATRE, à part.
Qu'entends-je !
ANTOINE
Depuis lors elle est toujours restée Dans la famille des Antoine. Mes aïeux Par elle ont toujours vu leurs bras victorieux, Et son charme inconnu, sur tout ce qui respire Nous a fait obtenir la victoire et l'empire. Si quelqu'un me la peut dérober, le destin Lui promet l'Italie et le monde latin.
Bien plus, je serais son esclave. Il serait maître De ma volonté, de mon cœur, de tout mon être.
£56 LA PERLE
CLÉOPATRE
En vérité! De tout ton être !
ANTOINE
Oui, reine.
CLÉOPATRE
Mais Qui le peut?
ANTOINE
Qui prendra, si je ne le permets, Cette perle qui vaut l'empire de la terre?
CLÉOPATRE
Un homme peut aller dans les bois de Cythère; Là, surprendre Vénus près d'un ruisseau dormant, Et dérober à sa ceinture un diamant De flamme, ou le rubis sanglant, ou la sardoine, —
ANTOINE
Mais qui peut arracher sur l'armure d'Antoine, Cette perle qui semble un astre du ciel bleu?
CLÉOPATRE
Certes. Pour te la prendre il faut, que sais-je? un dieu!
ANTOINE
Si donc un dieu prétend l'avoir, qu'il me la vole ! Des hommes ont parfois tenté ce coup frivole ; Mais moi, jusqu'à présent, j'ai tué les voleurs.
CLÉOPATRE, à part.
0 Reine secourable, Hâthor, qui vois mes pleurs, Viens, Déesse, il est temps que ton œil me regarde !
Haut à Antoine.
C'est bien, cher seigneur. Puisqu'il en est ainsi, garde Ta perle, Je ne la veux plus.
sck.ve vin. ÎÎS7
ANTOINE, surpris.
Tu la voulais ?
CLÉOPATRE
Njn pas. Que sais-je? Elle eût dans un de mes palais
Brillé comme un soleil, qui de la nuit fatale
Sort, en baignant les cieux d'une clarté d'opale,
Ou peut-être l'aurais-je attachée à mon doigt!
Mais je ne la veux plus, à présent qu'elle doit
Soumettre l'Italie et le Parthe barbare.
Car plus que toi je suis de ton bonheur avare.
Mais seulement, soumise, et mes ye*ix sur les tiens,
Laisse-mof la tenir et la caresser.
ANTOINE, détachant la perle de son armure et la donnant à Cléopâtre.
Tiens.
CLÉOPATRE , admirant la perle, qu'elle tient dans sa main.
Qu'elle est belle ! De sa blancheur suave éprise, Une lueur frémit dans sa neige et l'irise, Et, tremblante, se mêle à des reflets d'azur." Perle céleste ! Elle a raison de briller sur L'armure d'un héros qui jamais ne recule !
A Charmion. .
Toi, verse à l'empereur dans la coupe d'Hercule Un vin clair ! x
Charmion remplit la coupe et la donne a Cléopâtre, puis elle soi**