ANTOINE, CLÉOPATRE
CLÉOPATRE
Tu ne m'as jamais quittée encor Sans vider jusqu'au fond cette coupe aux flancs d'or
458 LA PKALE,
En invoquant pour moi, devant ton sort courbée, Tes Dieux latins !
ANTOINE
Ma reine...
CLÉOPATHE, laissant tomber la perle dans la coupe pleine de vin
Ah ! la perle est tombée Dans la coupe! Elle en fait jaillir des diamants.
v ' ANTOINE.
Eh bien ! il faut la prendre avec, tes doigts charmants»
* CLÉOPATRE
Oui.
ANTOINE
Prends la perle !
CLÉOPATRE
Son reflet qui tremble, attire La clarté. M'aimes-tu?
ANTOINE
Sans doute. Mais retire La perle !
CLÉOPATRE
Oui. Béni soit l'instant cher qui mêla Nos destins !
ANTOINE
Mais la perle enfin, retire-la!
CLÉOPATRE, avec un feu sombre dans les yeux. Il n'est plus temps. Ce vin pourpré comme l'aurore Qui vient de la Libye, est de flamme ; il dévore. Brûle tout, et dissout les perles, où le jour A mis ses purs rayons. Tel l'implacable amour, Lorsqu'il s'y précipite avec son flot farouche, Anéantit et brûle en nous tout ce qu'il touche.