CRÉATION DU BOARD OF LADY MANAGERS
Déjà les Comités féminins avaient fait leur apparition aux expositions du Centenaire de l’Indépendance à Philadelphie et du Centenaire du coton à la Nouvelle-Orléans, où ils avaient obtenu un succès incontestable, en créant le Département de la Femme et en y organisant une exposition de travaux remarquables.
Ce Département avait présenté un tel intérêt, que le Congrès des Etats- Unis, en sanctionnant le projet de l’Exposition Colombienne, décida qu’il y avait lieu de créer officiellement un comité de Dames directrices : Board of Lady Managers. Par son Act en date du 2 5 avril 1890, le Congrès, en constituant la Commission nationale, lui confia la mission de former ce comité, chargé de défendre au cours de l’Exposition les intérêts féminins.
La Commission nomma immédiatement le Board of Lady Managers , composé de 1 1 5 membres : 2 membres de chacun des Etats ou territoires de l’Union et du district de Colombie, 8 membres adjoints et 9 dames de Chicago, nommées membres suppléants.
Le Board élut pour présidente Mrae Bertha Honoré Pottep. Palmer, de Chicago; pour secrétaire, Mme Susan G. Cooke.
Ses attributions . — Les pouvoirs conférés à l’origine au Board of Lady Managers furent :
i° La nomination de un ou plusieurs membres, dans tous les jurys des récompenses ayant à juger des expositions dans lesquelles le travail féminin entrerait pour tout ou partie. Le nombre de ces jurés féminins serait proportionné à la part de travail fourni par les femmes dans les produits d’un même Département.
20 L’organisation et la direction du Woman’s Building (Palais de la Femme).
3° La charge officielle et la responsabilité de tous les intérêts des femmes, à l’Exposition, savoir : l’attribution des emplacements réservés aux expositions féminines dans les divers palais, l’acceptation des demandes d’admission et le règlement des réclamations.
4° La haute direction pour la présidente du Board of Lady Managers de
L’EXPOSITION FÉMININE FRANÇAISE
toutes les mesures à prendre, de concert avec le Comité exécutif du Board, l’approbation de la Commission nationale et du Directeur général, ainsi que l’ordonnancement de toutes les dépenses à soumettre ensuite à la vérification du Bureau du contrôle.
5° L’attribution pour le Comité exécutif du Board of Lady Managers des mêmes pouvoirs que ceux énoncés ci-dessus.
Proportion des femmes dans le jury. — Le nombre des femmes devait donc, à l’origine, être proportionnel à l’importance du travail féminin, mais, le 29 juin 1893, M. W. F. King, vice-président du Comité des récompenses, fît savoir au Board of Lady Managers que le Congrès ayant fixé à 570,800 dollars (2,968,000 francs) l’indemnité à accorder aux jurés, dont 100,000 dollars aux femmes, avait établi par là une proportion supérieure à un cinquième pour les femmes dans le nombre total des jurés. En conséquence, on nomma i3i femmes membres du jury, réparties de la façon suivante dans les divers Départements de l’Exposition :
Agriculture, produits alimentaires et accessoires . 10 femmes.
Horticulture . 10
Animaux sauvages et domestiques . h
Poissons , pêcheries . 2
Mines, métallurgie . 2
Machines . 2
Chemins de fer, véhicules . 2
Manufactures . 35
Electricité . 2
Beaux-arts . i5
Arts libéraux . 35
Ethnographie , archéologie . 10
Forêts . 2
Total . i3i
Bat poursuivi par le Board. — Pour établir la première participation officielle de la Femme à une entreprise nationale aussi importante, le Board of Lady Managers résolut de montrer les progrès réalisés par elle sur tous les points du globe, au cours de ce siècle pendant lequel des moyens d’instruction plus nombreux ont été mis à sa portée. Il invita donc les femmes de tous les pays du monde à prendre part à cette manifestation.
On put croire que le Board of Lady Managers, mis en possession d’un
EXPOSITION UNIVERSELLE DE CHICAGO
palais spécial, que venait de lui accorder la Commission nationale, y réunirait tous les éléments composant la généralité de l’Exposition féminine. Il n’en fut rien. Le Board pensa que les femmes ont tort de faire des expositions spéciales, que la compétition avec l’homme est nécessaire pour éliminer les non-valeurs, et mettre au point les aptitudes particulières des deux sexes, et que, de plus, les femmes n’attacheraient de prix qu’aux récompenses décernées dans un concours impartial, où il ne serait pas fait acception du sexe de l’exposant.
Une autre difficulté , et non la moindre, provenait de la division du travail, qui rendait matériellement impossible, dans un grand nombre de cas, l’exposition d’objets, à la fabrication desquels les hommes et les femmes travaillent concurremment; en éliminant cette part si considérable du travail des femmes, on ne serait arrivé qu’à en donner une faible et injuste représentation.
Or, le but que poursuivait surtout le Board of Lady Managers était de combattre l’opinion fausse, trop facilement admise, que les femmes sont peu aptes à un travail assidu et important, qu’il n’y a donc pas lieu d’en tenir compte pour la solution des problèmes industriels; que leur travail, dans la plupart des cas, est inférieur comme exécution à celui de l’homme; et que, par conséquent, le salaire inférieur qui leur est accordé est, en réalité, l’équivalence de services qui n’ont pas une valeur commerciale bien déterminée.
U s’agissait de démontrer, avec preuves à l’appui, que leur travail est, au contraire, un élément fixe et permanent, un facteur considérable, dont le rôle dans la production industrielle devait être sérieusement étudié, afin d’en établir la valeur réelle. Le Board désirait, par cette démonstration de la production de chacun, aider au relèvement du salaire de la femme, si notoirement inférieur à celui de l’homme : la justice d’une part, la moralité de l’autre exigeraient qu’à travail égal il fût donné salaire égal.
11 désirait encore faire ressortir la nécessité d’un enseignement technique plus développé, pénétrant profondément dans la masse du peuple et mettant les femmes à même de quitter les positions subalternes qu’elles occupent dans la plupart des industries, et d’arriver à de meilleures situations.
Il fut donc arrêté que la majorité des travaux serait exposée dans les différents palais (rentrant ainsi dans la classification générale par Départe-
L’EXPOSITION FÉMININE FRANÇAISE
mcnts), et que le Womans Building serait consacré à établir la synthèse du travail des femmes à notre époque; qu’il grouperait, mais en un petit nombre résultant d’une sélection sévèrement faite, les œuvres les plus remarquables dans chaque genre de travail, et qu’aucune considération personnelle ne ferait admettre les objets de second ordre.
Le Palais de la Femme servirait, en outre, à reconstituer l’histoire .du travail des femmes à travers les âges, par une exposition rétrospective et ethnographique, de nature à dissiper les erreurs courantes sur l’originalité et l’esprit inventif des femmes, exposition qui aurait pour résultat d’établir qu’elles ont été intimement associées au développement des arts et de l’industrie, bien qu’elles fussent placées généralement dans les conditions les plus désavantageuses.
En résumé, le but que se proposa le Board of Lady Managers, en organisant l’Exposition du Womans Building, fut de créer entre les femmes un lien de solidarité, établissant entre celles de la classe élevée et celles qui luttent pour l’existence, souvent sans aucun appui, des relations de protection et de sympathie; de faire voir aux femmes la part quelles ont dans le labeur universel, et les résultats satisfaisants auxquels elles arrivent dans le travail manuel, industriel, artistique, avec des moyens très insuffisants encore; de leur montrer ce dont elles sont capables comme organisatrices et comme travailleuses; de leur rendre par là cette confiance en elles-mêmes dont une longue habitude d’infériorité sociale les a privées; et enfin d’obtenir une plus juste répartition des salaires, en montrant que le travail de la femme est égal à celui de l’homme, ou peut le devenir.