‹ Comme on servait autrefois [microforme]Chapitre 14 sur 74 · DIFFICULTÉS DE LA SITUATION. — PREMIŸRES DISPOSITIONS · texte numérisé non relu

DIFFICULTÉS DE LA SITUATION. — PREMIŸRES DISPOSITIONS

Le nouveau commandant des forces militaires de la France en Canada arriva à Québec le 13 mai. « J'ai envoyé un courrier à M. de Vaudreuil, qui est à Montréal... Je pars samedi pour Montréal. Je prévois que je n’y serai pas sans besogns. Notre campagne ne tardera pas à commencer. Tout esten mouvement et nous sommes assurés, ce qui n’est pas malheureux, de l’arrivée de nos deux vaisseaux et de nos deux frégates, qui sont mouillés dans la rivière à une dizaine de lieues d’ici. N'attendez pas des nouvelles ni des détails sur les opérations de la

campagne. Les généraux d’armées n’informent

jamais des mouvements ni des événements que

quand ils sont arrivés. »

Montcalm, en débarquant, dut être bientôt désabusé, s’il avait compté trouver une armée

dans la colonie. Avec le renfort qu’amenaient ses vaisseaux, les forces francaises s'élevaient à 3,702 soldats réguliers, divisés en huit bataillons, 1,800 hommes de milice canadienne et quelques centaines de sauvages de fidélité fort douteuse. C'était une dérision de prétendre défendre, avec cette poignée de soldats, un territoire aussi vaste contre les attaques des Anglais supérieurs en nombre et contre les trahisons des peuplades indigènes, au milieu d’embarras continuels produits par des rivalités intestines, entretenus par une administration peu consciencieuse, et surtout par l’insuffisance des secours venant d'Europe. Il faut se placer devant cette situation pour comprendre les difficultés que Montcalm allait rencontrer à chaque instant sous ses pas.

Bien que la guerre ne fut pas encore déclarée entre la France et l'Angleterre (1), la paix ne régnait pas dans le Canada: des escarmouches

. 1. La guerre ne fut déclarée par Louis XV que le 16 juin.

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souvent renouvelées entretenaient de part et d'autre la vigilance et l’activité. « L'hiver a été assez tranquille, écrivait Montcalm; les sauvages ont fait de grands ravages dans la Pensylvanie et la Virginie, où ils ont enlevé, suivant leur usage, hommes, femmes et enfants.

Ils ont mème trop de prisonniers dans leurs villages. Nous n'avons eu d'expédition qui ait roulé sur notre compte qu'un détachement de Canadiens et sauvages, avec 60 hommes de volontaires de nos bataillons, aux ordres de M. de Léris (1, officier de la colonie, qui s’est emparé d'un petit fort aux Anglais sur la route de Chouegen. La petite garnison a été passée au fil de l'épée. Nous n'avons perdu que deux hommes, Nos volontaires s’y sont très-distingués et ont supporté les fatigues comme les naturels du pays. Il y avait à ce détachement quelques guerriers des cinq nations; ce qui fait espérer qu'elles se déclareront ; jusqu'à présent elles

1. Joseph Chaussegros de Léry. Cette expédition eut lieu le 27 mars.

n'ont promis que la neutralité. Les sauvages, ont fait ces jours-ci deux jeunes officiers prison-

niers. »

Montcalm se rendit à Montréal ; il y trouva le

marquis de Vaudreuil et dressa de concert avec lui le plan de la nouvelle campagne. « M. le chevalier de Lévis ne m'a joint qu'hier, écrivaitil le 16 juin; il est en fort bonne santé. Je vais le faire partir d'ici à quelques jours pour un camp, et M. de Bourlamaque, colonel, pour l'autre; car nous avons trois camps:un à Ca.

rillon, du côté où M. de Dieskau eut une affaire l’année dernière; c’est à quatre-vingts lieues d'ici; l’autre à Frontenac, à soixante lieues d'ici; et le troisième à Niagara, à cent quarante Je ne sais ni où ni quand je marcherai; cela dépend des mouvements des ennemis, et nous en sommes assez mal instruits. Il me paraît que tout se fait lentement dans ce nouveau monde; mon activité a bien à s'y tempérer ; en tout, il n’y a que le service du roi et l'envie d’avoir fait

la fortune de mon fils qui puissent m'empêcher

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de trop songer à mon expatriement..… Les sauvages paraissent assez bien disposés pour nous; ce sont de vilains messieurs, même en sortant de leur toilette où ils passent leur vie. Vous ne le croirez pas, mais les hommes portent toujours avec le casse-tête et le fusil un miroir à la guerre, pour se faire barbouiller de diverses: couleurs, arranger leurs plumes sur la tête, leurs pendeloques aux oreilles et aux narines, Une grande beauté chez eux c'est de s’être fait déchiqueter de bonne heure l’orbe des oreilles, l'avoir bien allongé pour le faire tomber sur les épaules ; souvent ils n'ont point de chemises, mais un habit galonné par dessus. »

D'après le plan convenu, M. de Lévis fut envoyé au fort Carillonm avec 2200 hommes dont 1500 réguliers. Montcalm alla visiter lui-même ce poste situé près du lac Champlain, à l’extrémité du corps d’eau, nommé Rivière de la chute. Il y trouva les travaux des fortifications peu avancés, ïes approvisionnements en mauvais état. Ce n'était qu'un fort en bois, pièces sur

pièces, liées avec des traverses, dont les inter-

valles étaient remplis de terre, et capable de

contenir au plus 300 hommes. Le reste des troupes s'établit dans un camp à l’entour.

« J'ai commencé ma campagne le 27 du mois dernier, écrit Montcalm le 20 juillet de Montréal, en partant d'ici avec M.le chevalier de Lévis pour me rendre au camp de Carillon, où nous sommes arrivés le 3. Je n’ai pas été sans occupation et sans une fatigue extrême par les divers ordres à y donner pour tâcher d'y remettre dans l’ordre toutes les parties: hôpitaux, vivres, diligence dans les travaux, pour achever un fort commenté l'année dernière et qui ne peut être en état d’y hasarder une garnison que dans six semaines; reconnaissance du pays, établissement des postes pour la.sûüreté du camp, conciliation avec les sauvages, sûreté pour notre communication par le lac Champlain où l'encemi a pris deux petites barques. J'ai reçu un courrier de M. de Vaudreuil le 13, au

soir, Je suis parti le 16, et, venant jour et nuit,

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je suis arrivé hier... Je laisse M. de Lévis dans une position épineuse, mais dont il se tirera mieux qu'un autre, étant rempli de zèle, d’intelligence et de courage. Je lui ai laissé 2200 hommes, dont le régiment de la Reine, Royal- Roussillon et Languedoc, ce qui, avec les troupes de la colonie, ne fait qu'environ 1500 hommes de troupes réglées ; la Reine et Languedoc n'étant que de neuf compagnies chacun, le reste est milice. Je crois avoir déterminé M. le marquis de Vaudreuil à augmenter ce corps d'armée jusqu’à 3000 hommes, et il n’y aura rien de trop. Dans cette partie nous avons

toujours eu des détachements qui ont fait quel-

ques prisonniers et quelques tonsures. On croit

que l'ennémi veut porter toutes ses forces vers cette partie. »

Le second camp, dont on avait décidé l'établissement, était à Frontenac, sur le Saint-Laurent et à la tête du lac Ontario. « Je pars demain au soir, continue Montcalm, pour me rendre en

toute la diligence possible à Frontenac où je

dois trouver nos bataillons de la Sarre. Guienne et Béarn, avec M. de Bourlamaque, M. de Ri-

gaud de Vaudreuil, frère du gouverneur géné-

ral, avec un corps de troupes de la colonie, mi-

lices, Canadiens et sauvages, d'environ 1500 hommes, des ingénieurs et de l'artillerie pour tenter un débarquement auprès de Chouegen (1), qui puisse mettre à même d'en faire le siége, ou au moins une diversion pour rappeler une partie des forces anglaises qui semblent menacer M. le chevalier de Lévis. Ma commission est si hérissée de difficultés et dépend du concours de tant de choses que je ne puis répondre que de beaucoup de zèle pour la bien remplir. Nous avons eu novissimè, deux avantages dans cette partie. M. de Viliers, s'étant embusqué, a fort incommodé de sa mousqueterie quelques barques anglaises ; il s'est emparé d'une, où il a fait 7 prisonniers et tué 6 hommes. Notre petite escadre du lac Ontario a

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