COMMENCEMENT DES HOSTILITÉS, — PRISE DE CHOUEGEN
Montcalm voulut alors frapper un grand coup.
« Vers le milieu du mois de juin, écrit-il à sa
mère, le 30 août, de Montréal, les ennemis pa-
raissant porter toutes leurs forces du côté du lac Saint-Sacrement, il y a deux mois que je proposai (1) à M. le marquis de Vaudreuil de donner à notre défensive un air d'offensive en fai-
sant une diversion vers Chouegen, qui pût
de la marine, comme plein de dureté envers les Canadiens et les sauvages. « Il est d’un tempérament si vif qu'il se porte à l'extrémité de frapper les Canadiens, » Cette lettre, je me hâte de le dire, est postérieure de trois mois à celle de Montcalm ; mais il est difficile, sinon impossible, d'admettre la réalité des accusations de Vaudreuil, quand on a examiné le caractère du général.
1. Les historiens canadiens, par exemple M. Garneau (t. Il, p. 252), font honneur au marquis de Vaudreuil de «toutes les entreprises glorieuses qui ont signalé les armes françaises et en particulier de celleci ». Pour lui Montcalm était découragé, timide,
dégage: la frontière du lac Saint-Sacrement, sur
laquelle M. le chevalier de Lévis commandait,
et en même temps faire le siége de cette place, si la lenteur ou les fautes des ennemis le permettaient, Ce projet a été exécuté avec tant de célérité et de bonheur de notre part que, parti de Montréal le 21 juillet, j’arrivai à Frontenac, où commandait M. de Bourlamaque, le 29. Cet officier avait déjà eu ordre de faire les préparatifs du siége. J'en partis avec Guienne, la Sarre et les milices, le 4 au soir, Je me rendis le 6 à la baie de Niaouré, et de là, M. de Rigaud de Vaudreuil faisant mon avant-garde avec des milices et des sauvages, nous arrivämes le 10, à minuit, à une demi-heure de Chouegen sans être découverts. Je fis mon débarquement et établir une baterie de quatre pièces de douze sur la grève dans la unit, qui, le lendemain, canonnèrent les barques anglaises. Le 11 et le 12 furent employés à faire une demi-lieue de chemin dans les bois que les ennemis croyaient im-
praticables, des fascines, gabions et saucissons.
nt, sur andait, » place, le pertant de e, parti ntenac, 29. Cet ; prépaenne, la e rendis Rigaud
Dans la nuit du {1 au 12, Béarn arriva avec 80 bateaux chargés d’artillerieet de munitions. Le soir même j'ouvris la tranchée à 80 toises du fort Ontario (1). Le feu des ennemisfut vif le 13 jusque vers les 4 heures. L'on s'aperçut à 5 que les ennemis avaient abandonné ce fort, qui pouvait tenir plusieurs jours. La timidité de cette manœuvre m'euhardit à faire travailler toute la nuit ma petite armée, à ‘aire une batterie, une communication, à amener du canon à bras pour établir 20 pièces en batterie, dont 9 seulement fureut en état de tirer. Le 14 au matin je fis passer, à la pointe du jour, la rivière au gué au-dessous de Chouegen à M. de Rigaud avec les Canadiens et les sauvages. J'avais en-
voyé reconnaître le mouillage pour débarquer
la nuit suivante au-dessus du fort Georges (2?)
lé régiment de Béarn avec 3 pièces de carom
pour en imposer à l'ennemi, manœuvre facile
1. Le fort Ontario était situé sur les bords du lac Ontario, vis-à-vis du fort Chouegen ou Oswega dont il était séparé par la petite riviere de Chouegen,
2, Ce fort etait à 600 mètres E, du fort Chouegen,
dans un pays de bois. Mais cette peine me fut épargnée, les ennemis ayant capitulé le même jour 14, sur le midi. Ils se sont rendus prisonniers de guerre au nombre de 1,700, dont 80 officiers, 2? régiments de la vieille Angleterre,
Je leur ai pris 5 drapeaux, 3 caisses militaires
d'argent, 121 bouches à feu, y compris 45 pier-
riers, un amas de provisions pour 3,000 hommes pour un an, 6 barques armées et percées depuis 4 jusqu'à 20 canons ; elles m'ont bien servi pour mon déblaiement, Et comme il fallait dans cette expédition user de la plus grande diligence pour envoyer des Canadiens faire les récoltes et ramener les troupes sur une autre frontière, du 15 au 21 j'ai démoli ou brülé leurs trois forts, leurs hangars et amené leur artillerie, leurs barques, leurs vivres et leurs prisonniers, Cette prise est une affaire d'environ 1,500,000 hv. pour l'Angleterre et la plus importante qu'on puisse faire dans cette colonie. Depuis le 26 juin j'ai prodigieusement été occupé, et j'ai fait
300 lieues, m'étant porté successivement sur les
me fut même )risonlont 80 eterre.
litaires > pierommes ses den servi
it dans
deux principales frontières du Canada. Les ennemis ont eu 150 hommes tués ou blessés, y compris ceux qui en voulant se sauver pendant la capitulation ont été massacrés par nos sauvages. Il nous en a coûté 30 hommes tués ou blessés, Notre premier ingénieur (1) a été tué par un de nos propres sauvages, qui le prit pour un Anglais en venant de le reconnaître. M. de Bourlamaque, colonel, a été blessé légèrement. Voilà une assez jolie aventure; je vous prie d’en remercier Dieu dans ma chapelle. J’ai encore un bon bout de campagne à faire. Je pars, pour aller joindre avec un renfort de troupes le chevalier de Lévis au lac Saint-Sacrement. »
Tel fut le premier exploit de Montcalm au Canada. La prise de Chouegen dérangeait le plan des Anglais. Effrayés de ce revers, ils se tinrent sur la défensive au lieu de poursuivre
leurs attaques. Après sa victoire, Montcalm se
vit obligé d'arracher, en quelques sorte, les pri-
sonniers anglais des mains de ses sauvages alliés,