SA NAISSANCE. SON ÉDUCATION
Louis-Joseph de Montcalm-Gozon, seigneur de Saint-Veran, Candiac, Tornemire, Vestric, Saint-Julien d'Arpam, baron de Gabriac, naquit au château deCandiac, près de Nîmes, le 29 février 1712 (1).Sa famille était originaire du Rouergue, Le mariage d'un de ses ancêtres avec Marthe de Gozon, le 15 mai 1582, avait réuni les noms et les blasons des deux races (2). Le père de Louis
se nommait Louis-Daniel ; sa mère, Marie-Thé-
l. Les biographes disent le 28 février : je donne la date que me fournissent des mémoires autobiographiques, trop courts malheureusement, écrits par M. de Montcalm lui-même,
2. Déjà le 6 octobre 1438 ces deux familles avaient été unies par le mariage de Jean de Montcalm avec Jeanne de Gozon, petite-nièce du grand-maitre Déodat de Gozon, le célèbre vainqueur du dragon ; mais ce ne fut qu'en 1582 que les Montcalm ajouterent à leur nom celui de Gozon. (Voir Moréri )
rèse-Charlotte de Lauris de Castellane-Dampus.
Le jeune enfant fut tenu sur les fonts baptis-
maux de la paroisse de Vauvert par son aïeul
| | maternel, le marquis de Castellane-Dampus, et par sa bisaïeule maternelle, madame de Vaux. > ] LE Ses pre mières années s'écoulèrent à Roque- F” f | maure auprès de sa marraine, « ce qui, dit-il, 4 ] Fil joint à ma santé délicate, fit qu'en 1718 jene M fl savais pas lire. » Si à six ans Louis de Mont- . calm n'était pas plus avancé, il faut avouer |} g qu'il sut bientôt réparer le temps perdu. Ses I
qualités naturelles ne demandaient qu'une
| | main habile et une direction intelligente pour | se développer. ï | En 1718, il fut envoyé à Grenoble et confié % 1 aux soins de Louis Dumas. Ce précepteur était
né à Nimes en 1676. Homme d'un esprit inventif É et méthodique, d’une imagination vive et féconde, il avait été frappé des imperfections des systèmes ordinaires d'enseignement et s'était
QE | mis à en imaginer un nouveau qu'il avait
décoré du nom de « bureau typographique. »
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C'était, dit la Biographie universelle, « une ingénieuse imitation des procédés de l'imprimerie pour la composition, appliqués à l'art de familiariser les enfants de l'âge le plus tendre avec les signes du langage et de l'écriture, de les accoutumer à en former des mots, à en décomposer l'assemblage, et de leur apprendre, avant même qu’ils puissent manier une plume et en se jouant, l'orthographe et les principes de la grammaire. » Plus tard Dumas exposa amplement son système dans un ouvrage intitulé :
« Bibliothèque des enfants » (Paris, 1733.) Malgré quelques résultats plus heureux en apparence qu'en réalité, l'invention de Dumas n'eut pas grande vogue et valut à son auteur de violentes critiques. Feller les résume ainsi : « La machine du Bureau typographique n'eut jamais l'approbation des gens sensés; elle est regardée aujourd'hui comme une pure charlatanerie, malgré les efforts que quelques famé-
liques instituteurs ont faits pour l’accréditer
par un pomjeux prospectus, publié en 1780. On
tit
voit au premier coup d'œil que c’estune invention exactement romanesque etempirique, fruit d’une tête oisive et exaltée, propre seulement à réprimer l'essor de l'être spirituel qui nous anime, en l’attachant à des opérations mécaniques et stériles (1). »
Le jeune Montcalm fut donc soumis à ce nouveau genre d'éducation, et peut-être l’expérimenta-t-il le premier (2). On dit qu'il avait l’esprit doué d’une grande facilité et‘une mémoire heureuse; en peu d'années il sut le latin, le grec et beaucoup d'histoire. Cependant, par sa correspondance avec sa famille, on découvre sans peine dans le jeune homme certaines résistances naturelles aux efforts de Dumas. Les lui reprochera-t-on ? Ou plutôt ne doit-on pas l'en féliciter? car ce fut peut-être à cela qu’il dut de ne pas terminer sa carrière avant d'être
1. Dictionnuire historique. 2 édit., t. VI, p. 228. Liége, 1797.
2. Dans son journal Montcalm dit que l'abbé Etienne, de Marseille, ex-oratorien, partagea les soins de son éducation avec Dumas, plus spécialement chargé de celle de son plus jeune frère,
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\ven- . parvenu à l’âge d'homme. Les plantes précoces fruit M et hâtées pir des moyens artificiels ne sont pas ent à #7 faites pour vivre. Dumas en eut une preuve bien nous 4 frappante.
1éca- a Le 7 novembre 1719, un nouvel héritier naïisdé sait à la famille de Montcalm: c'était Jean-Louisnou- À | Pierre-Elisabeth de Montcalm de Candiac. Il fut péri- ; en quelque sorte, dès sa naissance, jeté dans les l'es- . bras de Dumas. Prendre l'enfant au sortir du : 1oire À berceau était un point de la plus haute conségrec î quence aux yeux du précepteur; car il regretcor- : , tait qu'on mît si tard les enfants à l’a, b, c, et sans à qu'on ne profitât point des premières lueurs de ésis- 4 leur raison, pour leur faire contracter à jamais s lui 4 ÿ le goût de l'étude. Les résultats des soins de l'en Ê Dumas furent prodigieux. « A trente mois, dut k Jean connaissait toutes les lettres ; à trois ans, être 4 il lisait le latin et le français imprimé et ma- 228. n. nuscrit. À quatre ans, il possédait l'orthographe nne, : de l'oreille par rapport à la valeur réelle des Pa 4 lettres et aux sons de la langue, et à peu près
aussi bien l'orthographe des yeux et de l'usage. .
Au commencement de sa quatrième année, on lui apprit le latin par le même système, et dès cing ans il faisait des versions en cette langue, quoiqu'il ne sût point encore écrire. Dans sa sixième année, il lisait le grec et l'hébreu et commençait à expliquer ces deux langues. Il savait alors non-seulement les principes de l’arithmétique, mais il nombrait toute sorte d’arithmétique. Il possédait les éléments de l’histoire de France, la géographie et le blason, et avait une teinture de la connaissance des médailles. Il parlait si bien le gascon qu'il semblait qu'il n’eût parlé que cette langue.
Destiné à l’état ecclésiastique, il en prit l’habit en quittant la robe. Il savait alors écrire, et il l’apprit en quatre semaines (1). » C'était beaucoup et beaucoup trop; aussi le pauvre enfant mourait à sept ans. Dumas l'avait conduit avec son frère à Paris, pour faire admirer peut-être les résultats de son invention. Tout le long du
chemin, à Montpellier, à Nîmes, à Grenoble, à