Dussieux, p
être meilleure. » Montcalm fut condamné à exercer cette patience : à toutes ses sollicitations on répondit par l’envoi du grade de lieutenantgénéral et de la décoration de grand’croix de Saint-Louis. Mieux eussent valu de puissants renforts, quelques bataillons de bonnes troupes; car les Anglais, retardés un instant dans leur invasion par la défaite de Carillon, n’avaient pas déposé les armes. Leur succès définitif n’était plus qu'une affaire de temps.
Un mois et demi après la victoire des Français,
le fort de Frontenac ou de Catarakoui, malgré
la belle défense de son vieux commandant, M.
de Noyan, ouvrait ses portes au colonel Bradstreet. Le 27 juillet précédent, Louisbourg, bloqué depuis six semaines, avait été forcé de se rendre. C'était pour les Anglais une éclatante revanche, Le lac Ontario était enlevé à la France. Montcalm retrouva toute son énergie en présence de ces deux événements. « J'avais demandé mon rappel après la glorieuse journée du 8
juillet, écrit-il au ministre; mais puisque les
affaires de la colonie vont mal, c’est à moi à tâcher de les réparer et d'en retarder la perte le plus qu’il me sera possible. Je souhaite que mes intentions soient secondées: je n'ose en ré-
pondre. » Le marquis de Vaudreuil, effrayé
par la prise de Frontenac qu’il aurait pu empè-
cher par l’envoi de renforts suffisants, se décida à appeler Montcalm à Montréal: mesure sage, mais bien tardive. « Notre situation est critique, et plus nous irons, plus elle le doit devenir, mais nulle inquiétude. Dieu surtout et l'honneur .seront en tout événement toujours conservés de ma part... J’ai toujours cru que l'ennemi viendrait m'attaquer une seconde fois ; mais je commence à croire, vu la saison avancée, qu’il n'en fera rien. Après la prise de Frontenac que j’avais prévue, annoncée et facile à éviter, on m’a appelé à Montréal : le médecin après la mort(1). » Montcalm ne se trompait pas: la colonie était
perdue.