Lettre de Montcalm du 16 octobre
Les froids de l'hiver interrompirent la campagne: les Anglais se retirèrent. « Les ennemis commencent a abandonner leur camp de la tête du lac Saint-Sacrement et défilent pour leurs quartiers, suivant quelques déserteurs. J'ai actuellement quatre partis dehors qui m'en don-
neront des nouvelles... Je me dispose à com-
mencer de faire défiler nos bataillons, troupes
de la colonie du ΰr au 8 que je ferai l’arrièregarde, et je laisserai mes deux forts de Carillon et Saint-Frédéric que j'ai couverts toute la campagne avec des forces bien inégales, avec leurs garnisons bien approvisionnées et de bons blindages. En voilà, Dieu merci, jusqu'aux premiers jours de mai; car, si Dieu n’y met la main, il faudra se battre courageusement la campagne prochaine. Je ne serai à Montréal que du 12 au 15. Temps bien rigoureux dans le climat... Nous avons, le 13 septembre, battu une avant- garde de 900 hommes à la Belle-Rivière; c'est à 300 lieues d’ici. Mais nous sommes inquiets que les
6,000 n’aient pris revanche. Les Anglais ont eu
cette année à Louisbourg, ici ou à la Belle-Rivière, de 50 à 60 mille hommes en campagne, et nous je n'ose l'écrire (1). » La supériorité numérique de l’ennemi était écrasante: le Canada ne pouvait mettre sur pied que 10,000 hommes au plus, et pour arriver à ce chiffre, « il faudrait abandonner les travaux, déserter les postes où se fait la traite, négliger la culture de la terre et par conséquent renoncer aux récoltes, »
Montcalm ne faiblissait pas devant l'horreur de cette situation. Au mois de novembre, il renvoyaiten France Bougainville, auquel l’état de sa santé rendait impossible un plus long séjour en Amérique. Il pouvait se fier à lui. Tous les rapports précédents n’arrivaient à la cour que par des agents de Bigot, aussi intéressés que leur patron à tout dissimuler, M. Doreil, commissaire des guerres, juste appréciateur
du mérite de Montcalm, s'emparqua en même