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les Anglais débarquèrent à la pointe de Lévis, située en face de Québec et s'y établirent solidement, Une batterie de gros canons et de gros mortiers fut installée et ouvrit son feu le 12 juillet, pour ne pas l’interrompre jusqu’au 18 septembre. Le général Wolfe, afin de se concilier l'esprit de la population au milieu de laquelle était campée son armée, fit afficher un manifeste : il promettait toute protection aux colons qui se soumettraient et toute liberté de pratiquer leur religion, son but n’étant que de venger les insultes faites par la France aux possessions anglaises; mais il menaçait de toutes les horreurs de la guerre ceux qui recourraient aux armes. L'effet produit par cette proclamation ne répondit pas aux espérances de Wolfe. En même temps il se rapprochait du camp français établi sur l’autre rive du Saint-Laurent. A la tête de 3,000 hommes il débarqua près de Montmorency; un profond ravin le séparait seulement de l'ennemi, mais Montcalm l'avait solidement fortifié,
Pendant que cesévénements se passaient aux environs de Québec, deux autres généraux anglais avaient envahi le Canada sur d'autres points. Amherst s'était dirigé sur Carillon où commandait Bourlamaque. La résistance étant impossible, les Français firent sauter ce fort, ainsi que celui de Saint-Frédéric. Prideaux de son côté marchait sur Niagara, baîtait un corps de sauvages et de Canadiens, mais perdait la viè dans cette action. Johnson le remplaça, mit le siége devan, Niagara et s’en empara après 18
jours de tranchée. Le brave capitaine Pouchot,
avec ses 500 hommes de garnison, avait fait des prodiges de valeur. Les derniers obstacles tombaient les uns après les autres.
À la fin de juillet, Wolfe sortit de son camp, et, comlin'ui son mouvement avec un nouveau débsrquement d'Anglais, sous les ordres de Monckton, marcha sur les retranchements des l'rançais. Lévis y commandait ; les difficultés naturelles de la position, jointes aux décharges
de ses troupes, rendirent inutiles les efforts de
l'ennemi. Wolfe se retira avec une perte de 600 hommes; quelques jours après il repassa le Saint-Laurent, rentra au camp de la pointe Lévis d’où il était parti, et pressa avec vigueur ses préparatifs d'attaque contre Québec, La saison s’avançait ; il n’y avait pas de temps à perdre.
Les batter | cessaient depuis plus d’un mois de vomi: ur la ville une grêle de projectiles et d'y répandre la dévastation et l’incendie ; l'artillerie de la place était incapable de riposter. Québec ne fut plus bientôt qu’un monceau de ruines : la cathédrale, 240 maisons avaient disparu dans les flammes. Le 12 septembre Wolfe tenta un nouveau débarquement.
Au moyen d’une ruse de guerre, il trompa les postes français et aborda à l’Anse au Foulon, à une petite demi-lieue de Québec. Des renforts successifs portaient sa petite armée à près de 5,000 hommes ; il la rangea en bataiile dans les plaines d'Abraham, à trois quarts de lieuede la ville.
Prévenu trop tard des mouvements de l’en-
nemi, Montcalm sortit de Québec à la tête de 4,500 soldats, en partie miliciens et sauvages.
Des ordres envoyés sur divers points devaient amener d’autres troupes sur le lieu de l’action;
mais en cette occasion encore on eut à déplorer les funestes dissentiments qui divisaient les chefs. Vaudreuil ne donna aucune réponse aux demandes du général, et M. de Ramezay, lieutenant du roi à Québec, ne consentit à lui envoyer que trois pièces de campagne. Wolfe laissa Montcalm engager le combat (1). L’attaque impétueuse des Français vint se briser
contre l’impassibilité des Anglais ; fusillés à
bout portant, ils furent contraints de se retirer
en désordre, avec une perte considérable: deux brigadiers, MM. de Sénezergues et de Fontbrun, étaient parmi les morts. Wolfe, profitant
de ce premier succès, part à la tête de ses gre-
1. Quelques auteurs peu favorables à Montcalm n’ont pas manqué de le blâmer en cette occasion : les unslui ont reproché de n’avoir pas attaqué assez promptement, les autres d’avoir été trop téméraire en n attendant pas les renforts de Lévis, d’autres enfin de n’avoir pas reculé jusque dans les murs de Québec.
nadiers, attaque les Français déjà rompus, et, malgré une blessure au poignet, recue dès le commencement de l’action, achève deles mettre en fuite. Mais dans la mêlée une balle le frappe à la poitrine. Malgré la gravité de ce coup, il dissimule ses douleurs pour ne pas effrayer ses troupes, et laisse le commandement à Monckton, qui, blessé à son tour, est remplacé par Towsend. Les Anglais continuaient à se battre, ignorant le malheur quiles attendait. Car Wolfe,
semblable à Esaminondas aux plaines de Man-
tinée, ne tardait pas à expirer dans son triomphe
en prononçant ces mots : « Je meurs content, »
Montcalm cependant ralliait ses soldats dis-
persés, quand une balle l’atteignit dans les
reins (1). Plus fort que son mal, il resta à che-
val, et soutenu par deux grenadiers, il rentra à
Québec. « Combien de temps puis-je encore
1. Sismondi se trompe quand il dit que Montcalm fut tué dès le commencement de l’action, et que son remplaçant futmortellement blessé et mourut le lendemain. Cela s’appliquerait plutôt à Wolfe et à Monckton. (Histoire aes Frunçais, t. XXIX, p. 183).
vivre, demanda-t-il au chirurgien ? — Dix à douze heures au plus. —Le plus tôt sera le mieux ; au moins je ne verrai pas les Anglais à Québec. » Cette faveur ne lui fut pas refusée. Après avoir fait ses dernières recommandations relatives au salut de ses troupes, et un magnanime appel aux généreux sentiments du général Towsend envers son armée et les Canadiens, Montcalm ne songea plus qu’à son âme, dont il n'avait jamais pendant sa vie oublié les intérêts. « Je n’ai plus d'ordres à donner, ni à me mêler de rien, disait-il à M. de Ramezay. J'ai trop à faire en ce grand moment, mes heures sont très-courtes. » Le lendemain, 14 septembre, à quatre heures du matin, fortifié par les suprêmes secours de cette divine religion dont il avait été un héros, Montcalm rendait le dernier soupir, et le soir même sa glorieuse dépouille était déposée dans l’église des Ursulines. Quatre jours après Québec se rendait.
Bancroft trace ainsi le portrait de Montcalm.
« Infatigable au travail, juste, APASIr,
toujours rempli d'espérances et quelquefois jusqu’à la témérité, sage dans les conseils, actif dans l'action, c'était une source continuellement jaillissante de bardis projets; sa carrière en Canada fut une admirable lutte contre une inexorable destinée. Il suppor!ait avec une égale patience la faim et le froid, les veilles et les fatigues ; plein de sollicitude pour ses soldats, il ne pensait pas à lui ; souvent il apprit aux sauvages de l'Amérique à s’oublier et à tout souffrir ; et au milieu d’une corruption générale, le bien public fut son seul but (1). » Les dernières espérances de la France sur le Cauada disparurent avec le brave et chrétien guerrier, Un an après la mort de Montcalm, presque jour pour jour, le 8 septembre, malgré les efforts du chevalier de Lévis, digne successeur du vaincu de Québec, Louis XV perdait cette colonie. Ge désastre fut à peine res-
senti sur le contient: depuis trop longtemps
3. History of the United States. (London, 1861), t. Il, p. 238.
on s'était accoutumé à regarder la partie comme perdue. Choiseul allait prendre sa revanche sur les Jésuites, en chassant de leur patrie des religieux dont il n'avait su ni défendre ni garder les pacifiques conquêtes.
Que devinrent les restes de Montcalm ? Oubliés par la France, pendant que le corps de Wolfe était ramené triomphalement en Angleterre, ils demeurèrent ensevelis dans la
chapelle des Ursulines de Québec ; mais rien
ne signalait leur présence au visiteur. Bou-
gainville avait composé au nom de l’Académie des Inscriptions un éloge funèbre destiné à orner le tombeau du Montcalm ; toutefois rien ne fait supposer qu'il parvint en Canada. En 1827, le comte de Dalhousie fit élever dans le jardin public de Québec un monument portant sur ses deux faces latérales les noms de Wolfe et de Montcalm. Quelques années plus tard, en 1831, un autre gouverneur anglais, lord Aylmer fit placer dans la chapelle des Ursulines une plaque en marbre blanc avec cette inscription ;
« Honneur — à — Montcalm — le destin en le
privant — de la victoire — l'a récompensé par |
— une mort glorieuse. » Enfin, le 14 septembre |
| 1859, cette même chapelle fut le théâtre d’une f
| démonstration éminemment patriotique. Le
Di « souvenir de Montcalm était toujours vivant dans :
ii le cœur des Canadiens : et, le jour du centième : ï anniversaire de sa mort, un monument de
| marbre noir, portant l'inscription jadis com- ,
posée par Bougainville , fut scellé dans le .
mur à côté de la grille du chœur. En France, Montcalm a son buste à Versailles. et c’est tout ! Avons-nous cependant beaucoup de
gloires aussi pures ?