Mémoires de D. Huet, trad. par Nisard, p
tifierson choix. C'est Monsieur de Brébeuf, si fameux par ses ouvrages d'esprit, et encore plus recommandable par la droiture de son âme, par la sagesse de sa conduits et par la pureté de ses mœurs. Cet excellent maître prit soin du jeune marquis de Bellefont, avec d'autant plus d’affection qu'il remarqua en lui de très-bonnes qualités, et une facilité admirable pour les belles sciences. »
Lorsque son neveu eut terminé le cours de ses études, la pieuse religieuse ne cessa pas de veiller sur sa jeunesse et de remplacer auprès de lui son père qu'il perdit de bonneñheure. Son beau-frère, le baron de Saint-Pierre, tuteur du jeune marquis, la, secondait avec intelligence et dévouement. Ces soins ne furent pas stériles et Bernardin de Bellefonds ne tarda pas à promettre ce qu'il devait tenir ur jour. « L’attention continuelle qu'avait la mère Agnès sur les mœurs et sur les études de son neveu, servit peut-être plus que tout le reste à lui former le cœur et l'esprit, Comme elle aimait
ex
naien
avec toute la tendresse d’une tante, ou plutôt d’une mère vraiment chrétienne, elle eut soin qu'après ses études, l'Académie (1) et le monde ne lui fissent point perdre les sentiments qu'elle lui avait inspirés ; et elle mit pour cela auprès de lui des gens fidèles et vertueux qui observassent sa conduite, et qui ne pussent lui donner que de bons conseilset de bons exemples (2). »
Le jeune marquis de Bellefonds sut reconnaître la tendresse que la mère Agnès lui témoignait, Quand elle bâtit la chapelle de son monastère de Rouen, il voulut contribuer de son bien à cette bonne œuvre, « dans un âge où les jeunes gens de qualité sçavent à peine qu’ils sont chrétiens, et estant devenu majeur, il consentit à l’aliénation d'une partie de son patrimoine pour la fondation du monastère, »
De race militaire, le jeune Bernardin entra
de bonne heure dans la voie que lui avaient
1. L'Académie était le lieu où les jeunes gens apprenaient l'équitation et les autres exercices du corps. 2. Bouhours, p. 37.
tracée ses ancêtres. Dès qu'il fut en âge de porter les armes, il se rangea du côté de la cour, pendant les troubles de la Fronde. Il commençait ainsi de bonneheure cette carrière d’inflexible fidélité au roi, dont il ne devait jamais sortir.
En 1649, le comte d'Harcourt fut envoyé par la régente en Normandie pour s'opposer aux entreprises du duc de Longueville et du comte de Matignon ; il parvint ainsi à maintenir la Haute-Normandie dans le devoir. Dans la Basse- Normandie, le jeune marquis de Bellefonds se hâta d'offrir ses services à la cour et l'assura de la fidélité d’une partie de la noblesse. Il reçut, à cette occasion, une réponse aussi flatteuse que méritée :
« Monsieur de Bellefonds, bien que je me tinsse très-assuré que vous n'aviez pas moins d'affection à mon service que votre père et ayeul, et tous caux de votre nom en ont toujours témoigné à cette couronne, et que j’aye tout sujet d'espérer que dans la cause présente,
les Gentilshommes feront principalement tout devoir de fidelles sujets, pour m'aider à ranger dans l’obéissance ceux qui se sont échappez de leur devoir, jusques à avoir pris les armes contre moy : néanmoins j’ay été fort aise de recevoir les assurances que vous avez données de votre fidélité et affection à mon service ; et du désir que vous avez d'y contribuer encore par vos amis : ce que j'ay bien voulu vous faire connoître par cette lettre, et vous dire par l'avis de la Reine Régente Madame ma Mère, queje trouve bon et désire que vous mettiez ensemble le plus grand nombre que vous pourrez de Gentilshhommes, pour aller joindre mon cousin le comte d'Harcourt, au lieu où il sera en ma provinse de Normandie, où je l’ay envoyé pour
y commander depuis la défection du duc de
Longueville ; que vous lui fassiez savoir l’état où vous serez, et le lieu où vous attendrez ses ordres pour les suivre ; et selon les occurences venir jusques par deca, s’il en est besoin : vous
assurant que les services que vous et vos amis
me rendrez près de moy, ou près de mondit cousin en ces occasions, me seront en toute la bonne considération possible ; et de vous en reconnoître, et eux aussi, en tout ce qui s'offrira pour votre avantage et pour le leur. Et sur ce, je prie Dieu qu'il vous aye, Monsieur de Bellefonds, en sa sainte garde.
Ecrist à Saint-Germain en Laye, le trente
unième de Janvier mil six cent quarante neuf, Signé : Louis Et plus bas : Le Tellier, »
Cependant Matignon faisait avancer ses troupes dans le Cotentin, pour se rendre maître de Valognes, dont M. de Bellefonds était gouverneur, Cette ville n’avait pas de défenses, et le château pouvait seul résister quelque temps. Le marquis s'y jeta avec cent hommes et quelques seigneurs du pays, résolu às’y défendre le plus longtemps possible. Le 20 mars, Matignon, à la tête de 7 à 8000 hommes le somma
de se rendre ; sur son refus, il mit en batteries
l'artillerie qu’il avait fait venir de Cherbourg et canonna le château pendant quinze jours. A bout de munitions, Bellefonds fut forcé, le 5 avril, de capituler, mais aux plus honorables conditions (1).
Quand la paix fut rétablie en France, le marquis de Bellefonds entra au service et prit part à toutes les campagnes qui illustrèrent les premières années de Louis XIV. En 1651, il suivait en Poitou le comte d'Harcourt et le marquis de Saint-Luc, détachés contre le prince de Condé; deux ans plus tard il faisait la guerre en Guyenne.
En 1654, il était à l'armée de Flandre. Le prince de Condé, alors révolté contre son roi, ou plutôt contre un ministre impopulaire, bloquait Arras avec les troupes espagnoles ; Turenne
était accouru; son attaque soudaine et impé-
1. Histoire sommaïre de Normandie, par de Masceville, Rouen, 1701, t. VI, p. 100, 165, 167-170. — « Les premières actions du marquis de Bellefont luy aquirent tant de gloire, que le Roy dit un jour qu’il ne céderoit en rien à la valeur de ses pères, et qu’il porteroit son ambition plus haut qu'eux. » (Bouhours, p. 31.)
tueuse avait suppléé à l'infériorité numérique de son armée ; l’ennemi avait dù se replier en désordre. Le jeune de Bellefonds, qui commandait les enfants perdus, cédant à l'impétuosité de son âge, s'était mis à la poursuite de l'arrière-garde du prince au passage de la Scarpe ; une faible troupe de cavaliers le suivait ; « mais il fut reçu si vertement qu'il fut obligé de se
retirer avec perte (1). » Lacampagne de Flandre
se continua les années suivantes, En 1655,
Bellefonds était nommé gouverneur de Castillon.
En 1656, Turenne assiégeait: Valenciennes, età son tour Condé arrivait au secours de la place. Une partie de l’armée française obéissait au maréchal de la Ferté, placé lui-même sous les ordres de Turenne ; entourée par une rivière et par des prairies inondées, elle se reposait dans une entière sécurité. Condé survint à l’improviste, culbuta le maréchal de La Ferté,
1. Mém. du chevalier d'York, édition Michaud et Poujoulat, p. 583.
et quatre mille hommes périrent dans cette horrible confusion. « Bellefonds se sauva à la « nage, écrivait le comte de Bussy à la mar- « quise de Sévigné, le 20 juillet 1656 ;.. toute « l’armée de La Ferté a perdu son bagage, hor- « mis Bellefonds, qui a sauvé sa vaisselle « d'argent. »
Nous retrouvons le jeune Bernardin, en 1658, à l’armée de Turenne, sousles murs de Dunkerque; il était alors lieutenant général. M. de Turenne l'avait détaché pour occuper le fort de Berghes. «Bellefonds, qui était brave homme et qui croyait en savoir autant que le marquis d'Humières, y fut sans rien dire pour obéir; » mais on le rappela et il commanda la seconde ligne de l'infanterie à la bataille des Dunes (1). Le ?7 juillet, il allait investir Gravelines avec 800 chevaux, « Dans la nuit du 15 au 16 août, il se logea sur la pointe d’un ouvrage à corne, « après avoir passé le fossé avec toutes les
bi de d'Artagnan, Amsterdam, 1715, t, I, pur,
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« formes ordinaires (1). » L'armée se dirigea ensuite sur Ypres, set les lieutenants géné- « raux y firent très-bien leur devoir (2) » Ges glorieuses campagnes de Flandre , attristées à peine par quelques revers sans conséquence; recurent leur couronnement en 1559, par le traité de la Bidassoa.
Rendu pour un instant à une vie plus calme, le marquis de Bellefonds épousa Madeleine Foucquet, fille du seigneur de Chaslain et du Boullai (3). L'union fut heureuse entre ces deux cœurs éminemment chrétiens : deux fils et sept filles en furent les fruits. Des deux premiers l’un mourut, encore enfant, en 1663 ; le second, Louis-Christophe, en 1692, à la bataille de Steinkerque où il commandait le régiment du Royal-Comtois (4). Parmi les filles,