‹ Comme on servait autrefois [microforme]Chapitre 44 sur 74 · Hist, de Louvois, t, I, p · texte numérisé non relu

Hist, de Louvois, t, I, p

point de leur enlever toute initiative, Louvois était-il dans les mêmes sentiments ? La dépèche suivante de Bellefonds le donne à penser: ‘« Je ne me lasserai point de vous dire qu'il faut, sur ces frontières, donner de l'autorité à ceux qui doivent commander; il leur faut dela confiance. Faites-vous informer de ce qu'étaient les officiers-généraux ; remettez-les dans les mêmes fonctions, et ne les laissez pas dans l’anéantissement où les défiances de M. le Cardinal les avaient réduits. Peut-être que ce règne n’est pas si malheureux qu'il ne se trouve des sujets qui puissent remplir ces postes avec la satisfaction du roi et l’avantage de ses affaires. J'oserai même vous dire une chose, qu’une petite faute d’un homme qui en sera chargé, préjudiciera moins au service que la langueur de ceux qui ne répondent de rien, et qui ont toujours sur qui se décharger des accidents qui arrivent, ou des mesures qui n’ont pasété bien prises. Le gouvernement du roi réveille assez les gens de

notre métier, l’on a assez d'expérience des

grâces qu'il répand, pour songer à les mériter,

et si jamais l'on a dû espérer que les sujets se

conformassent aveuglément aux volontés de leur maître, ce doit être aux volontés d’un maître fait comme celui-ci. » L’habileté de la

forme, ajoute l'historien de Louvois, n’enlève

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rien à l'énergie de la protestation ; mais il ne faut pas se faire, sur la valeur de cette protestation, plus d'illusions que ne s’en faisait sans doute M. de Bellefonds lui-même, Pressé par cette franchise indomptable et souvent indiscrète qui fait de lui un personnage original, il obéissait à sa conscience, bien plutôt qu'à l'espoir du succès, sachant très-bien qu’il prêchait des incorrigibles, mais se donnant la satisfaction morale de leur infliger un sermon. » (1) Enfin la France put se reposer de ces luttes glorieuses, et Louis XIV ne tarda pas à récompenser ceux qui l'avaient si vaillamment secon-

dé ; au mois de juillet, Charles-Bernardin Gi-

1, list. de Lourois, t. 1,p. 171-175.

gault, marquis de Bellefonds, recevait le bâton de mar“chal en même temps que François de Créqui, marquis de Marines, et Louis de Crevant, marquis d'Humières. Cette promotion, d'après Lefèvre d'Ormesson, fut un acte spontané du roi, dans ce sens du moins qu’il le fit en Cehors des ministres. « J'ai oublié, dit-il d’escrire la promotion des trois maréchaux de France, MM. de Créquy, d'Humières et de Bellefonds, et que M. de Créquy m'avait dit leur conduite auprès du roi, et qu’en plusieurs entretiens que M. de Bellefonds et lui avaient eus avec le roi, ils lui avaient dit qu'ils n'avaient pris autre mesure pour obtenir cette dignité que celle de lui plaire en bien faisant, qu’ils n’avaient aucune liaison avec les ministres, et que si S. M. les consultait sur cela, ils n'avaient rien à prétendre ; qu’elle leur faisait assez de grâces pour les satisfaire; qu'elle avait donné à M! Le Tellier l'archevêché de Reims, qui était la pre-

mière dignité de France ; que si eux, en bien

faisant, et par leurs services seuls, ils ne pou-

vaient obtenir les récompenses de leur profession, leroi ferait connaître qu'il ne les accordait qu'à la recommandation de ses ministres, et ainsi qu'après plusieurs conférences particulières qu’ils avaient eues avec le roi, et dont le roi n'avait pas parlé aux ministres, il les avait faits maréchaux de France, 1l est vrai que cette promotion avait surpris tout le monde, et que les ministres n'y avaient point de part. » (1)

Louis XIV cachait peut-être son jeu à ses ministres. Letellier écrivait à Louvois le 14 juin : « Le roi nous a ditque M. de Bellefonds a encore pressé sa promotion, essayant de lui faire marquer le jour qu’elle se ferait ; mais le roi dit qu’il n’a pas voulu entendre. » (?)

Quoiqu'il en soit les jaloux ne manquèrent pas aux nouveaux maréchaux.

Le marquis de la Fare, qu'on avait eu propablement le tort d'oublier, trouvait que Belle-

fonds « n'avait rien fait à la guerre qui méri-

1. Journal de Lefèvre d'Ormesson, t. II, p. 554, 9, Hist. de Louvois, t. I, p. 148.

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