Mimoures de Luynes, t. V, p
mais rien d'achevé... 11 avait été en Angleterre et avait des liaisons en Hollande; on suspecta sa religion, mais il mourut dans le sein de l'Église catholique avec de grands sentiments de piété, chez madame de Nantia, au château de Veaujour, le 19 juillet, à soixante-huitans. » Le médecin Boindin lui fit l’épitaphe suivante : Hic jacet Luduvicus Dumas, in utroque jure licentiatus, scientiaet virtute æque memorandus; methodi typographicæ inventor ac institutor; in castello Vallis-Jocosæ vita functus die XIX Julii, anno Domini 1744, ælalis 68. Heu ! lugete, pueri puellæque et quibus vos liberavit methodus, debitas auctori fundite lacrymas (1).
Le 2 mai de l’année suivante, le colonel d’Auxerrois arriva à Gap, et, sous les ordres du maréchal de Maillebois, fit la campagne d'Italie. a Je fus chargétout le temps du commandement
d’une partie de la communication , depuis
1. Voir Moréri. — L'abé Lebeuf cite la mème épique en français dans l’istoire du diocèse de Paris (1755), t. VI, p. 182. l'ile était « au-dessus de l'endroit de sa sépulture proche le banc du seigneur, »
eterre specta in de ments hâteau ans. » vante :
jure liandus; utor; in X Julii, lugete,
thodus,
colonel dres du d'Italie.
Bayardo jusqu’à Andagna, paysdu Génois, avec mon régiment , 100 hommes de Blaisois, 100 hommes de Périgord, 30 fusiliers des montagnes et l’autorité pour armer les paysans. Je me suis maintenu malgré les attaques de l’ennemi. » La république de Gênes venait de conclure un traité avec les rois de France, d'Espagne et des Deux-Siciles contre la Sardaigne. Après avoir passé l'hiver à faire la guerre aux Barbets et avy Vaudois, Montcalm fut appelé de Menton, où iltenait garnison, pour renforcer l’armée d'ftalie, affaiblie par la défaite du marquis de Montalte à Asti, où le général piémontais, comte de Leutrum, le battit complétement le 6 mars : 5 officiers généraux, 360 officiers et 5,000 hommes, par une , honteuse ca pitulation, étaient tombés entre les mains de l'ennemi. Le 9 avril, Auxerrois arrivait sur le théâtre des opérations, et pendant la campagne, dit Montcalm, « j'ai eu des com-
mandements honorables au-dessus du grade
de colonel. » Ainsi, dans la nuit du 10 mai, il
était « détaché par M. de Chevert pour donner une correction aux milices ou Barbets du roi de Sardaigne ».
Mais les affaires des armées alliées, compromises par le manque d’entente, devaient recevoir un nouvel et grave échec (1). Le 16 juin, sous les murs de Plaisance, les Autrichiens remportèrent une victoire complète : 6,000 hommes furent tués ou pris du côté des alliés; 40 officiers restèrent sur le champ de bataille, et 225 furent blessés. Parmi ces derniers se trouvait Montcalm. Il avait recu cinq coups de sabre, dont deux à la tête et un à l’épaule. Un de ses neveux, le jeune de Lunas de Sourlan, enseigne au régiment d’Auxerrois, périt dans l'action. Le lendemain, Montcalm écrivait à sa mère, madame la marquise de Saint-Veran,
par le canal de négociants de Genève : « Nous
1. A qui revient la responsabilité de la défaite ? « J'ai été pris assez tard pour avoir quasi tout vu, écrivait Montcalm le 26 juin. On va crier contre le maréchal ; je démontrerai … que nous remplissons les fautes de nos alliés, les Espagnols, qui sont nos maîtres, »
lonner
roi de
Mpro- receÿ juin, chiens
6,000 alliés; faille,
ers se
avons eu hier une affaire des plus fâcheuses. Nous avons nombre d'officiers généraux et colonels tués ou blessés; je suis des derniers avec cinq coups de sabre (1); heureusement aucun n’est dangereux à ce que l’on m'assure, et je le juge par les forces qui me restent, quoique j'aie perdu de mon sang en abondance, ayant
une artère coupée. Mon régiment, que j'avais
rallié deux fois, est anéanti...» Et plus tard il
écrivait encore: « Si je suis prisonnier et sabré, c'est pour avoir voulu tenir ferme, rallier deux fois le régiment qui a mal fait, mais moins mal que les autres, s'étant débandé le dernier. Mon fils, à Paris, aura été bien touché. La religion nous sert, »
Montcalm était sincèrement chrétien, et souvent, dans sa correspondance, j’en ai rencontré des preuves touchantes. Ainsi, le 10 juin 1744,il
1. «M. de Montcalm a un grand coup par accopée qui offense la première table et qui est à l'os coronal, un second par diacopee, qui est à l'os occipital offensant les deux tabics, allant jusqu’à la dure-mère. un
troisième à l’omopiate entre le cranion et l'os de l'humérus, » (Rapport des médecins.)
écrivait à sa femme, à l’occasion de la mort d’un de ses fils : « Nous avons besoin, ma très-chère et bien-aimée, de nous résigner à la volonté de la Providence dans une aussi triste occasion que celle de Ja perte de mon fils, J'en suis vivement pénétré, et comme je connais toute votre tendresse pour nos enfants, je crains que cela ne prenne sur votre santé. Ménagez-la, et songez que vous portez pour remplacer celui que nous venons de perdre. Dieu n'a pas voulu que cette âme se souillât sur la terre; ce ser: un ange de plus devant lui ,qui priera pour les siens, »
Le brave colonel d'Auxerrois se remit bientôt de ses blessures et put rentrer en France. Au mois d'octobre, il arrivait à Paris et allait faire sa cour au roi. Louis XV se montra plein de bonté, et, le 20 mars 1747, il comprit Montcalm dans la promotion des brigadiers. Les négociations pour l'échange des prisonniers une fois terminées, Montcalm, libre de reprendre son
service, rejoignit l’armée à Sésane le 16 juillet.
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La guerre continuait toujours sur les frontières de France et de Sardaigne, et nos armes n'étaient pas heureuses. Le maréchal de Belle-fsle avait été nommé à la place de Maillebois. A peine de retour à son régiment, Montcalm assistait à une nouvelle action. Le 19 juillet, le chevalier de Belle-Isle, frère du maréchal, attaquait les retranchements du roi de Sardaigne, construits sur le plateau de l’Assiette dans les Alpes. Malgré la plus grande valeur, nos troupes, assaillies par un feu terrible et une grêle de pierres, furent obligées de se retirer. Le chevalier de Belle-[sle fut tué; la perte des Français fut considérable : elle se monta à près de 4,000 hommes, 20 colonels tués ou blessés , et, parmi ces derniers, Montcalm, qui reçut un coup de feu au front et plusieurs contusions. Il n'y eut, après un pareil revers , qu’à battre en :etrite, et M. de Villemur se replia sur le mont ‘anèvre, On renonca, pour cette année, à passer les A'es, et les troupes restèrent en Dauphiné
sur la défensive. Après quelques semaines de
repos, Montcalm se rendit au camp de Tournus, et, le 20 octobre, il contribuait à la levée du siége de Vintimille. Le comte de Leutrum , général du roi de Sardaigne , attaqué vigoureusement par le maréchal de Belle-Isle et M. de la Mina, se retirait. On passa Mhiver dans le comté de Nièe ; le maréchal quitta l'armée, «laissant le commandement à M. de Mirepoix et à plusieurs officiers généraux et brigadiers ». lo n fut de ce nombre.
Cependant les négociations de la paix d’Aixla-Chapelle étaient entamées depuis quelques
mois. Le 18 octobre 1748, les puissances bel-
ligérantes y apposèrent leur signature, Le roi
de Sardaigne fut un des derniers à envoyer son adhésion, ce qui obligea le maréchal de Belle- Isle à reprendre son poste. Montcalm fut détaché au val Joly, près de Brignoles, et y demeura jusqu'à la fin de la campagne. De là il conduüisit Auxerrois à Tonnerre et se rendit à Paris à la fin de décembre.
Le 10 février de l’année suivante 1749, le roi
oureu t M. de ans le armée, [irepoix
diers ».
lança une ordonnance qui introduisait certaines réformes dans les troupes. Les cent-soixantehuit bataillons d'infanterie française existant alors furent réduits chacun à treize compagnies, et formèrent quatre-vingts régiments. Dix-huit des anciens régiments étaient supprimés et incorporés dars d'autres: ainsi Auxerrois disparut et entra dans le régiment de Flandre. Le 15 du même mois, par une autre ordonnance, on créait le corps des grenadiers de France, divisé en quatre brigades et formé des quarante-huit anciennes compagnies de grenadiers. Montcalm refusa d'y entrer. Au mois d'avril, « le roi ayantjugé à propos de créer deux régiments decavalerie, de deux escadrons chacun, quiseront formés de compagnies détachées des régiments de la tête de la cavalerie, qui doivent être réduits au même nombre d’escadrons, il choisit pour être mestrede camp du premier de ces deux régiments, le marquis de Montcalni, brigadier, ci-devant colonel du régiment d'infanterie
d'Auxerrois, et pour être mestre de camp du
second, le marquis de Bezons, aussi brigadier, qui était colonel du régiment de Beaujolais (1).» Le nouveau régiment de cavalerie de Montcalm avait pour uniforme: habit et manteau grisblanc, doublure, parements et revers rouges, boutons jaunes, buffle à boutons aussi jaunes, bandoulière de peau jaune et chapeau bordé d'argent fin, L’équipage du cheval est de drap rouge bordé (2). M. de Redmont fut nommé lieutenant-colonel.
Pendant les six années suivantes, le marquis de Montcalm put goûter en paix les douces joies d° la famille. « J'ai eu dix enfants, écritil au commencement de 1752, il ne m'en reste
que six... Dieu veuille les conserver tous et les’
faire prospérer, et pour ce monde et pour
l'autre. Jn trouvera peut-être que c’est beaucoup, et surtout quatre filles pour une fortune
médiocre; mais Dieu laissa-t-il jamais ses en-
1. Journal de Verdun, mai 1749, p. 379. — Mémoires de Luynes, t. IX, p. 380.