MAGOTS DE PARIS
Depuis que les Coréens se sont mesurés, non sans gloire, aux armées d'Europe, leurs cliargés d'affaires ont été élevés à la dignité d'ambassadeurs. C'était bien le moins que ces diplomates profitassent d'un sang qu'ils n'avaient pas versé ; et, pour un peu, la Cour de Séoul en eût fait des proconsuls. En outre, voulant bien reconnaître à Paris quelque éminence intellectuelle, elle V créa le poste, inconnu jusqu'ici, d'attaché littéraire.
A quoi, s'informera-t-on peut-être, un attaché littéraire peut-il servir ? A quoi ?
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Belle demande. Mais àrieii, non plus que les autres attachés. — Dans res[)èce, ce prébende fut le marquis Gong, figure bien parisienne, qui, depuis l'Exposition de 1900, où il était commissaire,, a positivement refusé d'aller revoir Séoul et ses toits à la poulaine.
Tout porte àcroirirque ce fut lui-même qui inventa le poste, en même temps qu'il sollicitait — et obtenait — de le remplir. Il en profita pour faire sonner de son nom, ur.c fois de plus, les échos de la presse. Ce nom est Go-Ong, en réalité ; et ce lui est un crève-cœur que les Parisiens s'obstinent à l'appeler d'une lat;on à la fois plus brève et plus sonore : Gong î
— Go-Ong, Go-Ong, avait dit Cyprien, le changeur du Cercle du Centre; Monsieur le Marquis, ça serait beaucoup trop lo-ong
Il ne faudrait pas croire que le nouvel attaché ï\\\ un puits de lillérature. Il n'avnil
pas sur la conscience d'avoir lu peut-être une page signée Barres ou Régnier ; et, quant aux vers, c'était du chinois pour lui. Si ça lui arrivait de lire, il rappelait de loin ce personnage de Shœkspire qui, aux livres, exigeait de l'amour et une belle reliure. Entendez que, de la reliure, Gong se moquait comme un barbeau d'une pièce en nickel ; et que l'amour, quant à lui, il l'habillait à toutes robes.
Celles de son épouse ne l'avaient jamais beaucoup ému. Aussi fut-ce sans joie qu'il la vit, inopinément, arriver en même temps que son brevet — aimable attention de l'Empereur, dont cette mégère, qui avait l'air faite en colle de parchemin, était un ])eu la cousine. Elle était flanquée par surcroît de toute une tnMée de petits Gongs, dont le marquis était fou, (le sentiment paternel est très développé chez les Coréens).
Mais il eut aimé tout autant n'exercer le
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sien qu'à distance. Depuis que les Anglais ont inventé la télépathie, rien n'est si aisé que de s'aimer de loin ; et cela évite bien de la dépense.
Cependant cette nomination de Gong avait eu son contre-cou[) jusques à la Chine, qui, pour ne point demeurer en arrière des Coréens, voulut avoir aussi son attaché littéraire. Le choix en tomba par hasard sur un lettré non des plus obscurs du pays de la porcelaine. Ce n'était j>as moins que le mandarin Fô, poète dont l'éloge n'est plus à faire, au moins en Chine — où il a remis en honneur la versification à rime croissante, sorte quelque peu négligée depuis la dynastie des Han (3oo ans avant et après J.-C.)
Fn avait reçu de plus Tordre d'imiter ses collègues extrême-orientaux, qui ont accoutumé, comme on sait, de porter le titre de comte, en Europe. (]ette obligation nr laissait pas d'être importune à notre
})oète — qui avait le sens du ridicule.
— Comte Fô, se disait-il, mais je vais avoir l'air d'un comte du Pape.
11 s'en ouvrit à l'une des premières connaissances qu'il avait faites à Paris — par l'entremise de Gong, son ancien condiciple à l'Université de Canton. Adalbert du Maâz d'Azur est le mari de cette charmante vicomtesse Iris, au cœur léger, si léger qu'à tout instant il l'enlève, comme ferait un aérostat. Le vicomte, lui, a. s'occupe de littérature », et cultive la maxime, où il rappelle Vauvenargues, en plus plat. Il a une espèce de génie pour trouver de ces choses qui ont l'air de vouloir dire quelque chose, et n'hésitera pas à écrire, par exemple, sur les albums :
(( Un sourire de femme suffit à renverser des murailles ; mais pour les relever, il faut une main d'homme. »
Ou bien :
<( Ce qui nous déroute chez la femme,
i't'l COMMF, I m; I \ \ I \ I SI i:
c'est (jnelle pense avec son cœni. <> Va ainsi de suite.
— Monsieur, disait à Fù cet lioininc majestueux, en relevant contre la cheminer les basques de son habit, Monsieur, ce (|ui rend d'ordinaire peu seyantes aux gentilshommes d'Extrême-Orient ces... aj)j>ellations, c'est une espèce de disparate entre le titre et le nom — oui, une espèce de disparate.
Et il répétait avec complaisance ( e vocable Louis-Quatorzien.
— En un mot comme en cent, reprit-il, ce qui manque à ces couronnes exotiques, c'est la particule. Appelez-vous comte de Fô, comme tout le monde, et personne ne vous remarquera, je vous assure.
— Je vous remercie, dit le poète.
— Moi-même, on îuinoncerait à la porte « Monsieur le vicomte Azur ! », cela feiait tourner les tètes.
— Je suis sur, répondit le diplomate avec une politesse toute chinoise, qu'elles n'ont pas besoin de, cela.
Sur quoi il se fît faire un blason qui portait d'azur à deux faux en sautoir d'argent, des cartes au nom du comte de Fô et déposa les deux premières chez la femme de son conseiller. Celle-ci ne fut pas insensible à la politesse.
Iris, vicomtesse d'Azur, — d'Azur-en- (^halosse, — "méritait ce prénom mythololilque par la bigarrure de ses caprices. L'amour était autour de son cœur comme une écharpe versicolore ; et certes, s'il - était pu, elle aur-ait mis l'arc-en ciel dans ^nn lit. II y a des gens pour qui tout est bon a jj^arder. Sans aller aussi loin, Iris pensait seulement qu'ici-bas tout est bon à prendre. Tziganes, gens de lettres, nègres, ducs, ( ubistes, aviateurs, terreurs, elle ne dédai-
nait rien, s'il en faut croire les « l)o-
i)ï coMMi: i m: iantaisik
bars », et la légende affirmait même qu'elle avait couché avec un chef de gare — entre deux trains, sans doute.
Mais faut-il croire aux légendes ? La sienne que certaines douairières — douairières de bénédiction, comme dirait le d"^ Mardrus, — et quelques vieilles filles entretenaient, en déplorant les siècles et les charbons éteints, ajoutait que, toute jeune. Iris avait fui une mère pleine de veuvage et d'ennui pour courir la prétentaine : quehjues-unes disaient « les fortifs », pensant, peut-être, que le mystère de ce terme si«>niriât des espèces d'Eldorados aux mille délices de boue et -de flamme.
Revenue chez elle au bout de deux mois — un peu décoiffée — on la maria tout de suite à ce co(|ucbin de du Maâz, frais débar- <|ué des Landes, et qui se trouva père, phis vite (ju'il n'eût osé croire, d'un fils où il se plut bientôt à reconnaître, dans l'œuf, ce dédain des préjugés bourgeois, cett<
souplesse morale, mêlés d'on ne sait quoi de nonchalant, d'aigu, de salé, qui fait les vrais aristocrates. Cet enfant était comme le gazon ras et pâle des abords de Paris, qui se redresse sous le pied, et jette une odeur f)oissonneuse. Aussi bien son père, en le voyant grandir, disait de cette voix en fer de lance, qui étonne dans son grand corps :
— Mauvaise herbe croît toujours. Et comme, depuis Bièvre l'on croit au Faubourg que le calembour soitaristocratique aussi, un ami (( plaisant » lui reprochait d'être comme cette herbe, lui-même, — d'accepter d'un invariable front tout ce que sa femme disait, quoi qu'elle pût dire — fût-ce qu'une robe d'Irlande coûte trente-cinq francs aux Grands Magasins du Pince-Gagne ; et cinquante louis chez Vandel Pier une tabatière de Blarenberi;he — signée.
Iris pourtant en savait assez long là-dessus pour n'y point faire erreur, passant, comme « Ile avait coutume, le plus clair de son
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temps à faire dans les bazars de luxe cette chose que les Anglaises appellent ahopiny ; et les Parisiennes... du nom d'un musicien passionné.
Le plus obscur s'en écoulait dans ces salons cosmopolites, où des gens, de sexes divers et de quête commune, s'échangent sans résultats. Elle en gardait quelque sansfaçon dans l'intimité, et même s'était fait remercier par son dernier amant, pour la manie qu'elle avait de se promener, nue et menue, à travers ses chambres, ce qui scandalisait tout le domestique.
Il se faut réjouir qu'il demeure, en ce siècle, quelque vergogne aux valets. Kt peut-être c'est-il qu'ils en ont dérobé leurs maîtres, tant ceux-ci en semblent parfois appauvris, ce Le mon<ie n'est |>Ius grue » aflirmait un vieux proverbe. Hélas, jyjrno d'Azur, et tout un vol de ses amies : c'était pourtant du monde, et du meilleur ; celui-là seul <pii compte, aux yeux des
Alleiiiands ou pour les gens de Buenos- Ayres : autrement dit l'aristocratie de France avec ses grand-bourgeois, la petite noblesse et les dames de Messieurs les hauts fonctionnaires. — Sans oublier, parlois, les femmes de classe moyenne, j)auvres petites Françaises qui donnent iiouze heures à leur ménage, quatre a leur mari... Et avec ça, — vous voulez bien qu'elles dorment, n'est-ce pas ?
11 y avait bien deux ou trois salons qui ensuite de trop fortes incartades, avaient voulu mettre Iris en observation. Mais que ce lût chance ou génie, à chaque fois elle >'était fait de l'opinion un tremplin qui ne la ( iiassait que plus haut :. si bien que de Lih'ssade en chute, et d'exclusion en quarantaine, on la voyait aujourd'hui fréquenter jusque chez nos Princes.
Elle n'en gardait pas moins ses petites iiabitudes, et cela, tout au plus, les ennoblissait-il. Il eût fallu l'entendre, les
jours OÙ, sortant de cliez la comtesse de Provence, elle avait fait touclier avenue Hoche, chez cette bonne M""^ Mac... Machin — qui a fait bouilHr dans sa vie tant de vieux Messieurs. . . et de jeunes marmites
— dire avec nonchalance :
— Son Altesse Royale, justement, me disait tout à l'heure...
Vous pensez bien (jue ce n'est pas cela <|ui tait baisser un tarif — mais il est triste que d'aussi augustes patronages aident, en (juelque sorte, à ces turpitudes.
— Mon Dieu, avoue-t-elle |)arfois, je ne sais pas trop ce que j'y f. ..ais, dans la Roijalty. C'est vrai (ju'on y rencontre M"*^ Dussautier, qui n'est même pas (( née » .
Qu*en sait-on ? S'il y a quehpie chose d'obscur — avecleiVay^/deM. d'Annunzio,
— c'est la naissance de M'"« Dussautier ; encore que ses débuts dans la vie aient été assez publics.
Hélas, tout cela ne date pas d'hier ; et voilà près d'un quart de siècle ([ue M"™® Dussautier s'elForce de faire oublier aux gens qu'elle a été mannequin. Et pourquoi n'y réussirait-elle point ? Ils ont bien oublié déjà qu'elle lut belle.
Quant à ses mœurs, on n'en sait pas i»rand'chose. M™® d'Azur croyait bien — sans le dire — l'avoir croisée un soir, sur l'escalier de M"'^ Mac... (Voir ci-dessus). Mais quoi, il y a d'autres locataires dans la maison (i). Et puis, d'accuser les gens (pi'ils fréquentent en mauvais lieu/ c'est avouer qu'on les y rencontra.
D'ailleurs, elle aime son mari, le philosophe cynique et catholique bien connu.
Elle l'aime d'une façon importune, et, ,à re qu'il pense, surannée. Lui-même la jiige moins habile à s'insj)irer de ses vices <jue de ses noirceurs :
(I) Il n'y en a pas. — L'auteur n'a tlonc jamais élé chez oetfe «lame pour ignorer que ses Services occupent tout l'hôtel.
(Note (le l'Editeur).
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— C'est, dit-il entre intimes, la plus mauvaise langue de Paris.
— Vous parlez à double boutoir, maintenant, lui dit ([uelqu'un ■ — qui avait com|)ris. Ça va être drôle.
Aussi bien Dussautier, malgré le ténébreux démeublement de ses mâchoires, n'en a-t-il pas moins gardé la dent un peu dure. Avec les mots qu'il fait, on casserait des noisettes.
Il est peut-être plus décent, là-dessus, de ne pas chercher une transition à reparler d'Iris. M. Claretie, lui-même, n'eut osé. Que si on la blâme de sa vénalité, soit dit à sa décharge que les passades sentimentales ne lui avaient jamais beaucoup réussi. L'une des plus récentes avait été Dussautier, justement; et il faut avouer que le Socrate chrétien, un peu dérouté, mais flatté, de se voir poursuivi par une femme du monde, avait bien fait tout ce qu'il avait pu pour y répondre de son mieux.
Mais quoi, il vieillissait ; et cela ne lui était jamais si clairement apparu qu'en cet inutile après-midi, où M™® d'Azur, furieuse elle-même, et se rhabillant, lui disait en manière de consolation :
— Mon cher ami, pour la France, l'essentiel, c'est votre tête ; et qu'au moins, vous la gardiez tout entière.
— Salomé, va, grommela le pauvre grand homme.
Salomé s'en fut danser ailleurs — danser et plaire — et, entre autres parts, chez l'attaché Gong. Mais là aussi, elle trouva du déchet.
De toutes façons, le Coréen était nue f allure. A ne le juger que du point de vue des affaires, il laissait au baccara le plus clair de ses revenus^ qui étaient médiocres. Rien ne permettait de croire que son traitement dût suivre une autre voie.
Aussi M""® d'Azur projetait-elle de le rendre à sa femme, quand il lui fit faire la
connaissance de Fô, et ce poète Tintéressa. Lui-même ne demeura pas insensible au charme de cet oiseau pailleté, duveteux, sautillant, et, pour tout dire, de bon bec. Présentement, le Chinois avait accepté l'hospitalité de son ancien condisciple. En dehors de son domicile officiel, et désormais, hélas, conjugal, Gong louait une garçonnière, rue Greuze ; c'est là que se logea Fô, en attendant d'être dans ses propres meubles. Entre autres appartenances, on y trouvait une grande salle d'aspect exotique, dite : la Fumerie — et là-dedans, pêle-même, pipes, opium, nattes, lampe, etc ; toutes choses, au demeurant, qui ne servaient que de décor — le marquis étant si médiocre fumeur qu'il ne savait même pas faire une pipe. Son ignorance, en cela, désespérait Iris, à qui, rien de viril n'étant étranger, l'opium, pensait-elle, ne le devait point rester davantage. Mais, jusqu'ici ce vénéneux délice lui
demeurait lointain, pareil à ces visages éclos en rêve, et qui, si on les veut baiser, se dissipent en un mystérieux sourire.
Ce n'est pas qu'il n'en soit fait, à Paris, assez grand usage ; mais qui affecte, en général, les formes d'une initiation. Et Ton ne s'y vante guère plus de fumer que d'être spirite ou mazochiste — encore qu'une odeur étrange et délicieuse vienne trahir quelquefois, jusque sur l'escalier, la drogue (( rigoureuse, subtile et puissante. »
L'arrivée de Fô vint ranimer là-dessus les espérances de la vicomtesse. Mais le Chinois se fit d'abord prier, et commença par prendre l'air surpris d'un célibataire à qui l'on demanderait des nouvelles de sa fille.
— L'opium... oui, finit-il par dire; j'en ai beaucoup entendu parler... en France.
La vérité, c'est qu'il n'avait rien là-dessus à apprendre depuis longtemps — depuis le jour où son maître, le philosophe Lao-Tseu
lui avait appris, pour la première fois, tout le plaisir et tout le parfum que peut exhaler ce peu de pâte qui s'enfle et grésille à la flamme.
Il finit par l'avouer, un soir qu'Iris « en peau )), avec ses seins droits et ses sourires obliques, lui était apparue vraiment irrésistible. Tout de suite, elle lui prit un rendez-vous, rue Greuze, pour le lendemain, où Gong avait une soirée diplomatique, et son mari, littéraire.
Ce jour-là, elle sortit à pied, sur les dix heures, en jupe et veste plates couleur de muraille, blouse à rayures, feutre rond. Mais pour la coupe — et cet air de nonchalance dont elle porte les choses, qui fait sentir ce qu'on oublie chez les autres, à savoir qu'elle est toute nue là-dessous — on l'aurait prise pour une institutrice. On ne sait quoi de romanesque qu'il y avait dans son cœur, et dans ce beau soir de mai, lui rappelait sa jeunesse, — l'herbe des fortifs,
peut-être, où, jadis étendue, elle frottait sa gorge aiguë et chatouilleuse en pleurant à petits coups, après quelqu'une de ces corrections dont son ami Courte Lingue avait le secret et qui ne vous laissent coucher que sur le ventre.
Sous les marronniers de l'avenue Henri- Martin, contre le cimetière, un vovou lui adressa une louange un peu vive qui la fît sourire — et elle souriait encore, au fond de ses yeux couleur café, cependant que Fô s'inclinait devant elle, un peu gauche et cérémonieux.
Aussi bien n'était-il pas fait encore aux Françaises. Mais doué de nature la glace fut vite rompue.
Cependant le marquis Gong, qui, en principe, ne devait quitter ses hôtes que pour rentrer chez sa femme, sautait dans un fiacre, et se faisait conduire au Cercle
du Centre^ ayant aujourd'hui touché le premier .quartier de wSon traitement. On devine ce qu'il en. advint en quelques tailles de baccara.,
Sur les deux heures donc, -et léger de bourse, sinon de cœur, le Marquis quittait le? habitants du Centre, en grommelant de coréens blasphèmes : à dit^e vrai, il était sans un louis. Sur le boulevard,- il respira pesamment, en évoquant Taigre réveil de M""® Gong, ses questions, .ses nasillements imprécatoires, — tandis que l'image d'Iris souriait à travers ses confuses pensées, comme unare^en-ciel dans le clait- de Imir. Et si, par 'hasard, elle était à la-garçonnière... N'avait-elle pas la clef» -r*- et surpris .Gong, deux ou trois fois, au début de leur liaison, alors qu'un peu d'amour l'abusait encore,? Peut-être, .songea le, crédule Coréen^ l'y- attendait-elle à cette heure même. '.Quant à- Fô,' ii>sigjiifiant «oomparse, il' lui était sorti de la têtec'
— Rue Greuze, 87 bis, dit-il au cocher.
En descendant de voiture, ilaperçut un peu de lumière qui filtrait derrière les volets de la fumerie ; et le cœur se mit à lui battre, car la déveine rend amoureux. Le voici déjà à la porte : il prend un bon sourire, il entre, et — Dieux de Corée !....
Iris, vous à qui l'on a dit que les Chinoises portent pantalon, au lieu de vous en tenir là, fallait-il aller plus avant dans les sacrifices ? Telle, pourtant; aux bras de Fô, qui versifiait d'extrêmement orientales choses, telle, et plus ivre d'opium qu'une grive de raisin, vous divaguiez d'amour et de bien aise, tandis que tout votre corps menu — hélas, et son étincelante nacre — vous semblait chose aussi légère, aussi dispersée, que le duvet arraché par la brise aux fleurs du chardon...
Soudain elle aperçut Gong, qui, debout sur le seuil, et immobile, s'était remis à émettre des jurons de chez lui. Il en tirait
tant aujourd'hui de son for, qu'on eût dit la planche aux assignats. Mais Iris, se levant alors — non sans faire un instant rire les roses de ses genoux — et posant ses bras nus, ses bras frais, sur les épaules du petit Jaune :
— Ah ! Gong, murmura-t-elle, que je vous remercie. Si vous saviez comme M. de Fô s'est montré aimable, aimable. C'est à croire, en vérité, que l'opium magnifie toute chose.
Mais Gong continuait à ne pas vouloir sourire. Il y a des gens comme cela, qui demeurent insensibles aux plus touchantes expressions de la gratitude.
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