LA TRAHISON DE DOMBROWSKI
PROUVÉE PAR DES DOCUMENTS DONT QUELQUES-UNS SONT AUTHENTIQUES ET OFFICIELS
Le premier des documents dont nous parlons est une lettre fort importante, datée du 29 mai 1871, cinq jours seulement après la mort tragique de Veysset, adressée à M. Barthélemy Saint-Hilaire, secrétaire général de M.Thiers, chef du pouvoir exécutif, par les frères Guttin, dans laquelle ces derniers sollicitent de ce puissant personnage des saufs-conduits, qui leur permettent d’aller à Versailles avec Madame Veysset pour lui faire d’importantes révélations sur la mission qui avait été confiée au mari de cette dernière, dont ils étaient les confidents et les amis; c’est-à-dire sur la trahison de Dombrowski de complicité avec Veysset :
Voici cette lettre :
« A M. Barthélemy Saint-Hilaire, chef du Cabinet de M. Thiers.
« Monsieur le Ministre,
« Amis intimes de M. Veysset, ses confidents et intéressés dans la mission que vous lui aviez confiée, nous venons vous
prier instamment de nous accorder une audience pour entendre les révélations de haute importance que nous avons à vous faire.
« Nous savons que vous avez déjà appelé auprès de vous M. Hutzinger, ancien aide-de-camp de Dombrowski.
« Nous avons à vous donner sur la même affaire1 des détails que M. Hutzinger ignore et qu’il vous importe de connaître.
« Nous venons d’apprendre que notre malheureux ami Veysset est mort victime de son dévouement à la cause de l’ordre et de la légalité.
« Les plans de notre ami avaient trop bien réussi pour que les hommes de la Commune consentissent à lui pardonner. Il a été fusillé mardi matin, 23 courant, sur les ordres de Ferré.
« Sa femme atterrée par l’horrible nouvelle qu’il fallut lui apprendre, veut vous voir, monsieur le Ministre, pour vous faire certaines communications. Nous ne doutons pas que vous consentiez à la recevoir immédiatement.
« Nous vous supplions aussi de nous fournir les moyens de l'accompagner. Compromis nous-mêmes dans l’affaire dont il s'agit, nous y avons laissé plus que notre fortune, l’un de nous a été emprisonné et ce n’est que par un hasard providentiel, que tous deux nous avons échappé à la vindicte de la Commune.
« Veuillez agréer, etc.
« Signé: Ad. Guttin, Al. Guttin,
« 41, rue Boursault.
« M. B. — Madame veuve Veysset, demeure rue Caumartin, n° 62. » j
Voici maintenant la réponse de M. Saint-Hilaire à cette lettre; qui prouve le bien fondé des demandes qu’elle contient :
1 La trahison de Dombrowski.
« A MM. Guttin, rue Boursault, à Paris.
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
Pouvoir exécutif, Présidence du Conseil des ministres.
« Versailles, le 31 mai 1871.
« Messieurs,
« Si vous avez à m'entretenir de l’infortuné M. Veysset, vous pouvez me trouver tous les matins à la préfecture, d’où je vous écris et où je loge.
« Agréez, etc.
« Signé : B. Saint-Hilaire. »
Madame Veysset de son côté s’était directement adressée pour le même sujet à M. Thiers auquel elle demandait une audience, afin de lui réclamer l’exécution des engagements pris par le gouvernement envers son époux infortuné.
Voici aussi la lettre de cette dame :
< A monsieur le Chef du pouvoir exécutif,
« Monsieur le Président,
< Mon mari, M. Veysset, a été fusillé le 231 mai sur les ordres de la Commune, victime de son dévouement au gouvernement.
« La mort de M. Veysset, m'oblige à vous demander audience pour vous expliquer de vive voix ce qu’il a fait et les engagements qu’il y a lieu de remplir.
« En m’accordant cette audience, je vous serai reconnaissante, monsieur le Président, de me fournir les permis nécessaires pour me rendre à Versailles, accompagnée de MM. Adrien et Alphonse Guttin, amis et intéressés de mon mari.
« J'ai l'honneur d'être, etc.
<i Signé: Marguerite Veysset. >
1 Cette dame, encore mal renseignée, se trompe d'un jour, c’est le 24 que son mari a été exécuté,
M. Adrien Guttin et madame Forsans-Veysset ont obtenu, pour la journée du 2 juin, un laissez-passer personnel que nous reproduisons ici, et qui est une preuve officielle de la démarche que cette dame et ce monsieur ont faite auprès de MM. Thiers et Barthélemy Saint- Hilaire, au sujet de la trahison Dombrowski et Veysset.